Analyse des règlements du Swimrun 2016

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Michael Lemmel et Mats Skotts, fondateurs de l’ÖtillÖ

Bien que le swimrun prône la liberté et le passage le plus naturellement possible dans la nature, tout sport doit avoir des règles pour encadrer l’activité, la rendre sure et responsable, et aussi garantir une compétition équitable et juste. Le swimrun n’échappe donc pas à cela. Historiquement Michael Lemmel et Mats Skott ont écrit la première version de ces règles pour la course ÖtillÖ en 2006. Ils ont légèrement modifié ces règles au cours des années et la dernière version 2016 apporte quelques modifications qui méritent d’être signalées. Comme tous pionniers, Michael et Mats ont été imités et copiés, ce qui peut être considéré comme un hommage à leur travail. Leurs règles ont été la plupart du temps simplement directement copiées et collées, le plus souvent sans même que l’origine du document soit cité, ce qui est dommage. Il découle de ces imitations une sorte d’homogénéité des règles dans la majorité des épreuves. Cependant, il existe des différences parfois subtiles, parfois fondamentales, entre les règlements des courses internationales. Dans le contexte Français, la récente implication de la Fédération Française de Triathlon qui a demandé la délégation du swimrun, rend une discussion sur les règles actuelles encore plus d’actualité. En effet des Règles Techniques de Sécurité (RTS) pour le swimrun sont en élaboration, mais à ce jour il ne semble pas que des acteurs du swimrun soient impliqués dans ce processus. C’est dans ce contexte national et international que nous allons analyser les règlements du swimrun tels qu’ils sont à ce jour.

Binôme vs solo

aku_5689-largeRègles fondamentale s’il en est, la grande majorité des courses se déroule exclusivement en binômes, deux hommes, deux femmes ou un homme et une femme. C’est le format originel et pour beaucoup c’est la pierre de voûte du sport. Courir en équipe confronte chacun et chacune non seulement avec ses propres limites, mais aussi celles du partenaire. Dans une course d’endurance en binôme les niveaux en natation et en course à pied ne sont jamais identiques, et tout le monde a des hauts et des bas. Il faut donc s’accommoder des différences de technique, condition physique et de moral. La notion d’entraide devient alors essentielle. Cet aspect est perdu dans les courses solo qui se multiplient dans le monde. Les courses solo sont souvent réservées aux distances les plus courtes et rarement offertes comme format unique, en dehors de l’Italie qui a un circuit des courses exclusivement solo. Le débat binôme – solo mérite d’être posé mais dépasse le cadre de cet article. Il faut aussi souligner qu’être en binôme augmente théoriquement la sécurité. C’est un argument pour certaines épreuves, moins pour d’autres. Signalons enfin qu’une seule course (Talloires ô Féminin) est exclusivement réservée aux femmes, une ségrégation qui est rarissime dans le monde du swimrun où l’égalité des sexes a toujours été promues depuis l’origine, par exemple au niveau des prix accordés aux vainqueurs. On peut donc se demander si ce format va être répété ailleurs.

Âge

Bien que la grande majorité des courses s’adresse aux adultes de plus de 18ans, il est logique et souhaitable que les plus jeunes puissent découvrir le sport. Quelques courses, en particulier en Suède, visent les plus jeunes, voire le format ‘famille’ où les membres d’une même famille courent ensemble. La FFTri propose un cadre de distances maximales pour les enfants. Si le principe est bon, nous n’avons pas assez de recul pour juger si les valeurs proposées sont adéquates ou si elles doivent être ajustées. Débat à suivre quand plus d’expérience sera accumulée. A noter aussi qu’il n’y jamais eu de classe d’âge en swimrun. l’esprit est d’abord centrée sur l’expérience et le partage, pas la place dans un groupe d’âge particulier. Certains venant d’autres sports où un saucissonnage est de norme commencent à s’en plaindre, mais jusqu’à présent on ne voit pas de changement sur ce point.

Distance entre partenaires

On trouve généralement une distance maximum imposée entre partenaires, souvent 10m en natation et 50m en course à pied. C’est la notion de sécurité qui guide cette règle car en effet si on se trouve à 50m de son binôme en natation on a peu de chance de pouvoir l’aider en cas d’urgence. On est aussi moins visible si on est séparés. Dans sa dernière version 2016 l’Ötillö a renforcé sa règle qui est maintenant de 10m entre partenaires quelle que soit la discipline. En lisant les comptes rendus et de nos observations en course, cette règle est parfois allégrement enfreinte. Attendez-vous donc à voir cette règle plus appliquée et peut-être à des disqualifications.

Combinaison

Comment bien choisir sa combi? Photo © Akunamatata / Swimrun France

Le port d’une combinaison de néoprène est obligatoire dans beaucoup d’épreuves, mais pas sur toutes. Cela dépend évidemment de la température de l’eau, et personne ne conteste la nécessité d’une protection thermique dans les eaux froides. En fait, les risques d’hypothermie sont beaucoup plus grands que ceux d’hyperthermie car si on a chaud, on peut ouvrir sa combi et ralentir ou même s’arrêter. Si on a froid, surtout dans l’eau et en cas de fatigue, il y a peu de choses à faire. Grâce à la faible densité du néoprène les combinaisons apportent aussi un élément de sécurité en cas de problème (crampe, malaise, etc) dans l’eau. En général le port ou l’interdiction des combinaisons n’est pas imposé en fonction d’un saucissonnage des températures de l’eau au degré près, comme on le voit en triathlon. Pourtant certaines épreuves ont commencé à imposer ce genre de règlement avec des limites  très précises, avec des interdictions par exemple quand la température de l’eau est au-dessus de à 24°. Pourtant en swimrun on passe par de multiples sections de natation avec des températures forcément variables en fonction des courants, du vent, de l’exposition au soleil et de l’heure de passage. Ceci rend ce niveau de précision complètement illusoire. Il faut espérer que le swimrun évite ce genre de sur-législation.

Jusqu’à présent personne n’a limité la taille des combinaisons ou l’épaisseur des panneaux. Les règles strictes comme en natation ou triathlon n’ont pas encore envahi le sport, et il faut souhaiter que cela reste le cas.

Premier secours

gravity-scan-30Beaucoup de courses imposent aux équipes de transporter un bandage. C’est un minimum, mais on voit cependant des équipes réduire ce bandage à quelques centimètres. Le gain en poids est minime, mais les conséquences peuvent être graves. La notion d’autonomie est importante en swimrun et par conséquent on doit être capable de porter un premier secours en urgence. On est parfois un peu isolé et les organisateurs ne peuvent pas avoir un poste de secours tous les 100m. Il faut choisir : courir en ville au milieu des pots d’échappement mais avoir un poste de secours tous les 100 mètres ou courir en pleine nature mais sans ambulance derrière chaque arbre. Donc ne lésinez pas sur le bandage dont la longueur minimale pourrait être prescrite. De même, les équipes sont obligées de porter secours à une autre équipe en réelle difficulté (pas juste une petite fringale). La notion de solidarité dépasse la petite notion d’équipe et transcende la notion de course. Il faut noter que la réglementation Française est extrêmement contraignante par rapport aux règles étrangères, et ceci est probablement un frein au développement du swimrun en France, ou tout au moins un élément qui risque de façonner le format des courses dans l’hexagone.

Détritus

Dans la plupart des règlements il est stipulé qu’il est interdit de jeter des détritus dans la nature sous peine de disqualification. Est-il besoin de discuter cette règle évidente ? Si oui, alors il faut peut-être faire un autre sport.

Chaussures

© OtillO
© OtillO

Les chaussures sont souvent absentes des règlements. Il semble évident que quasiment tout le monde va porter des chaussures, mais ce n’est pas aussi simple que cela. En effet, pour nager, certains préfèrent les enlever afin de pouvoir battre des pieds et avoir une traînée plus hydrodynamique. Cependant cela comporte des risques surtout lors des sorties d’eau où on ne maîtrise pas toujours la force avec laquelle on va atterrir sur un rocher qui peut être couvert de coquillages coupants. Certains ont fait l’expérience de ce genre de mésaventure, et on peut se demander si  un jour un organisateur ou une assurance ne va pas interdire cette pratique. C’est déjà le cas en Italie. Plus surprenant le poids maximum des chaussures y est aussi indiqué. Cela semble vraiment surprenant, mais en discutant avec les organisateurs on découvre que c’est leur assurance qui a imposé cette règle. Ils pensaient peut-être que les concurrents allaient arriver avec des chaussures de ski …

Boussoles / montre, carte

Dans l’esprit du raid d’aventure savoir lire une carte est un savoir-faire de base. Bien que certaines épreuves continuent à fournir une carte et demandent aux concurrents de porter un compas ou une montre avec compas électronique intégré, le niveau de navigation requis en swimrun est généralement minimal. Beaucoup d’épreuves se dispensent déjà de cette capacité à lire une carte et le terrain. Peut-être une opportunité pour une épreuve originale.

Sifflet

Un sifflet est généralement obligatoire pour pouvoir prévenir en cas de problème. C’est élémentaire et plusieurs marques de combinaison incluent maintenant cet accessoire dans leurs combinaisons. On voit pourtant encore des sifflets qui sont inutilisables une fois pleins d’eau, ou stockés dans des parties inaccessibles de la combinaison comme par exemple une poche intérieure. Bonne chance n cas d’urgence !

Bonnet,  chasuble

Les bonnets sont systématiquement fournis par les organisateurs, un bon moyen de reconnaître les compétiteurs et de faire un peu de marketing. Les chasubles sont présentes sur la majorité des courses et doivent être toujours portées par-dessus la combinaison. Une autre source de revenus pour placer les logos des sponsors.

Marquage

Le sport devenant de plus en plus compétitif, les concurrents sont tentés de customiser leur équipement en indiquant le nom de leurs sponsors. Dans la dernière version de leur règlement les organisateurs de l’ÖtillÖ ont inclus une clause interdisant le marquage des vêtements ou équipements avec des peintures susceptibles de se dissoudre dans l’eau. C’est logique et bienvenu pour la protection de l’environnement, et on peut parier que cette règle va apparaître dans de nombres courses.

Distances

Johanna et Anders Wallesnten, heureux de finir Photo © Loch gu loch
Rester ensemble, Johanna et Anders Wallesnten
Photo © Loch gu loch

Quelle doit être la longueur d’un swimrun ? Quelle doit être la proportion de natation ? Pour le moment, aucune règle ne spécifie cela. La nature, la logique et les contraintes de sécurité, d’écologie et de l’administration influencent les choix des organisateurs. Des tendances se dessinent quant au pourcentage de natation, aux distances les plus populaires, mais cette évolution n’est pas dictée par un règlement. Espérons que cela reste ainsi.

 

Plus loin …

Les points de règlement ci-dessus sont logiques et pour la plupart ne sont pas l’objet de grands débats (à part binôme – solo). En revanche tous les points ci-dessous ont directement trait à l’équipement. Certains suggèrent que si on veut traverser la nature de la manière la plus minimaliste possible, alors aucun des équipements suivants n’est  vraiment nécessaire. D’autres au contraire suggèrent que toute restriction du règlement va à l’encontre de l’esprit de liberté et d’invention qui est sous-jacent au swimrun. Débat intéressant qui va au-delà de cet article. Voyons quels sont les équipements ‘accessoires’.

Engins de flottaison et  Pull-buoy

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Au temps des pionniers © ÖtillÖ

Historiquement les engins de flottaison tels que les planches et pull-buoy ont été utilisés en natation. L’Ötillö limite la taille à 100 cm x 60 cm, et on retrouve cette règle à peu près partout. Si on ne rencontre plus de planches de natation ou bouées gonflables comme on a pu le voir lors des premières années du sport, les pull-buoy sont par contre quasiment omniprésents. Le pull-buoy, ce morceau de mousse flottant qu’on insère entre les jambes, est devenu un des symboles du swimrun. Le pull-buoy avantage les non-nageurs en maintenant une position plus horizontale, préserve les jambes pour la course à pied et apporte un élément de sécurité de par sa flottabilité. La plupart des courses laissent les concurrents libres de les utiliser. Mais il y a des exceptions. En effet la taille des pull-buoy a tendance à grandir au fil des années et certains accolent deux pull-buoy ou un et demi pour augmenter la flottabilité tout en restant dans la limite de taille. Les doubles pull-buoy sont déjà parfois interdits (Italie) et on peut se demander si une taille ou volume maximum ne va pas être imposé sous peu. De plus, la règle stipule une taille en deux dimensions, ce qui est facile à mesurer, mais les volumes et la densité sont des notions certes plus difficiles à contrôler, mais plus judicieuses pour la flottabilité. Allons-nous voir des gabarits style compagnies low-cost apparaître au départ des courses pour contrôler le volume des flotteurs ?

Les bouées sont un autre élément de sécurité parfois imposées ou tolérées par les organisations. Gonflables à la bouche ou automatiquement par une cartouche de CO2 en cas d’urgence, elles n’augmentent pas la performance des nageurs mais permettent de mieux les voir et peuvent fournir un support précieux lors d’un accident.  A signaler qu’en entrainement c’est un équipement potentiellement très important.

Longe

La longe est un filin souple liant les deux compétiteurs. Cela permet au plus fort  d’aider le plus faible en le tirant. Ça facilite la navigation car on ne peut pas vraiment se séparer. Toutes les courses autorisent les longes sans spécifier leur longueur maximale. Par contre, quand beaucoup de gens se trouvent dans l’eau en même temps les longes peuvent s’emmêler et créer des situations déplaisantes voire dangereuses. Le règlement de l’ÖtillÖ stipule maintenant que les longes ne sont plus autorisées pendant la première section de natation. Cela désavantagera un peu les binômes avec des différences notables de vitesse en natation, mais éliminera quelques problèmes au départ. Est-ce que cette nouvelle règle va se généraliser ?

Plaquettes

whatsapp-image-2016-12-15-at-6-54-36-amLes plaquettes qui sont depuis longtemps un outil d’entraînement en natation sont aussi devenues un accessoire indispensable du swimrunner. Elles sont cependant critiquées par certains qui trouvent qu’elles dénaturent la natation ‘libre’ et certaines courses les interdisent, comme en Italie. En effet, à l’instar du pull-buoy, elles aident les nageurs les plus faibles à compenser certaines fautes techniques. Mais attention, elles peuvent aussi favoriser l’apparition de blessures aux épaules. Pour le moment aucune limite sur leur taille n’existe, probablement parce que peu de personnes peuvent tirer avantages de plaquettes démesurées.

Tuba

Aide à la respiration, le tuba n’est pas très commun en swimrun. Il est généralement toléré, sauf sur quelques courses (e.g. Côte Vermeille).

Palmes

Autre outil qui peut vraiment augmenter la vitesse en natation, les palmes sont le plus souvent tolérées sans limite de taille. Leurs désavantages sont de ralentir les transitions et de solliciter les jambes qui risquent d’être fatiguées pour la course à pied. Pour augmenter la vitesse en transition des palmes spécifiques swimrun sont apparues qui permettent de les enfiler par-dessus les chaussures. Attention, le nouveau règlement de l’Ötillö 2016 spécifie que désormais la taille maximale est de 15cm. De quoi limiter leur efficacité et rendre obsolètes certaines palmes. Est-ce que cette limitation de taille va être suivie par d’autres organisateurs ? Verdict en 2017 !

 

Sean Durkin & Andy HewittEn résumé, les règles sont amenées à évoluer, surtout dans un sport jeune. L’influence de l’Ötillö est évidente et reconnue. On trouve pourtant des variantes dans les règles, ce qui  dénote une recherche de compromis optimaux et de choix des organisateurs. Si une certaine variété entre les courses est une étape saine d’un sport en développement, une homogénéité peut aussi simplifier la compréhension du sport pour les novices et favoriser son expansion. Mais il faut que ces règles restent fidèles à l’esprit du swimrun qui est de se déplacer de la manière la plus simple et autonome possible dans un environnement naturel, tout en le respectant. Il faut espérer que les règles restent aussi simples et minimales et ne deviennent pas aussi gros qu’un dictionnaire. En fait, les règlements doivent rester suffisamment simples pour que tout swimrunner puisse les transporter en permanence sur soi ! Affaire à suivre !

Natation : s’entrainer l’hiver

L’entrainement en natation en eau libre est impossible en hiver pour la plupart des swimrunners. Et pourtant la préparation en hiver est essentielle pour être prêt lors des premiere competitions au printemps. Comment peut-on se préparer en piscine pour un compétition en eau libre? Nous avons posé cette question à un des meilleurs spécialistes de nage en eau libre, Loïc Brenda

Bonjour Loïc, peux-tu nous dire en quelques mots ton passé sportif et ton implication dans le swimrun?

img_8440_31205592051_oBonjour,
J’ai 33 ans, je suis ingénieur en traitement des eaux, et titulaire d’un Brevet d’Etat en natation. J’ai aussi passé environ 25 ans dans la natation, dont 10 en tant qu’athlète de haut niveau en eau libre. J’ai 8 titres de Champion de France sur 5 et 10km, ancien détenteur du record de France sur 5km, et 5ème en 2009 aux championnats du monde sur 25km. Depuis ma retraite sportive je publie des DVD, organise des stages de natation et des courses en eau libre comme le PromSwim à Nice et le Swimrun The Riviera entre Nice et Monaco.

Beau palmarès ! La natation en swimrun se pratique la plupart du temps en combinaison et en chaussures. En quoi cela modifie la position dans l’eau, et doit-on adapter sa technique de nage ?

croatie-2009-118Si on considère le port de combinaison et chaussures, le plus gros changement se situe au niveau de l’équilibre horizontal qui est instable, avec des changements des points d’équilibre. Ceci est accentué par les chaussures, surtout en eau douce, avec une perte d’horizontalité. Les fabricants essaient d’y remédier avec les panneaux de néoprènes plus épais au niveau des cuisses, les jambières et les pull-buoy. Mais la perte d’horizontalité dépend surtout de deux facteurs. Premièrement la morphologie du nageur. Certains ont les jambes qui vont avoir tendance à flotter plus que d’autres. Deuxièmement la technique. Là encore certains vont pouvoir s’adapter, d’autres auront plus de problèmes pour garder leurs jambes à l’horizontale. Celles-ci vont alors trainer et créer une forte résistance à l’avancement. Pour ce qui est des battements, déjà en longue distances les jambes servent plus pour l’équilibre que pour la propulsion, mais en plus avec les chaussures on s’aperçoit que les battements ne sont pas propulseurs. Par contre on peut battre des jambes à l’approche d’une section de course à pied pour se réchauffer, faire circuler le sang et retrouver des sensations de terriens.

Qu’en est-il de la navigation ?

whatsapp-image-2016-12-14-at-6-34-44-pmC’est un autre point essentiel. Dans un milieu naturel on doit prendre des informations sur les côtés, devant et derrière. Pour la navigation la prise d’information frontale est cruciale pour naviguer en ligne droite. Quand on lève la tête on subit une perte d’horizontalité : par effet de levier les jambes coulent en même temps que la tête se lève. On a alors tendance à battre d’avantage des pieds pour compenser, et cela coûte plus d’énergie. Pour limiter cet effet il faut essayer de lever seulement un peu la tête, juste en ayant de l’eau au niveau du nez. La prise d’info sur son partenaire est un aspect unique du swimrun. Pour le nageur de tête je recommande de regarder son partenaire au moins tous les 10 mouvements de bras, idéalement en regardant sous l’épaule.

Que penses-tu de l’utilisation quasi systématique des plaquettes en swimrun ?

whatsapp-image-2016-12-15-at-6-54-36-amJ’ai un avis partagé. Elles sont utiles si on en fait un usage intelligent, mais peuvent aussi être néfastes. Les binômes sont souvent de niveau différents, et alors il est intéressant pour le/ la plus lente d’utiliser les plaquettes pour augmenter ses appuis et se rapprocher du niveau de son partenaire. Par contre tirer son partenaire toute une course avec des plaquettes me semble aberrant. Personne ne peut vraiment tenir 10km en tirant fort sur des plaquettes, donc on utilise beaucoup d’énergie, on risque des blessures et on a tendance à détériorer sa technique. La perte d’énergie est globale, pas seulement limitée à l’utilisation des bras. La fatigue accumulée en natation va impacter aussi la course à pied. Je vois les plaquettes plutôt comme un support en fin de course pour retrouver des sensations de glisse qui vont aussi aider au plan psychologique. En ce qui concerne la taille des plaquettes, il vaut mieux éviter les ‘planches’ qui vont entraîner une dégradation de la technique.

Les swimrunners ont des passés sportifs divers, et certains ont une expérience limitée en natation. Quel serait ton conseil pour ces derniers ?

Pour le débutant, le mieux est de passer par des cours avec un bon Moniteur de Natation. Une dizaine de séances va aider à éviter les plus grosses fautes techniques et faciliter la progression.

En eau libre il faut nager droit, sans l’aide des lignes d’eau, donc on doit pouvoir regarder à droite, à gauche, devant et derrière. Si la mer est agitée on veut pouvoir respirer du côté opposé aux vagues ; il faut donc  être capable de respirer bilatéralement. Il faut aussi lire le roadbook avant la course afin de savoir où on veut aller pour avoir une trajectoire la plus rectiligne possible.

whatsapp-image-2016-12-14-at-6-31-28-pmJe conseil de multiplier les courses, pas seulement de swimrun mais aussi de natation en eau libre. Les sports d’endurance favorisent l’expérience et donc il faut accumuler cette expérience en course.

Il ne faut pas oublier les enchaînements. Le passage de position horizontale à verticale va entraîner des changements de flux sanguins. Il  faut donc s’y habituer, mais aussi prendre le temps pour laisser au corps s’adapter. Inversement lors du début des sections de natation il faut partir doucement, ce n’est pas un sprint ! Je conseil de partir dans sa zone de confort aérobie, environ 50 à 70% de sa vitesse maximale.

La saison de swimrun commence au plus tôt en Mars-Avril. La plupart des coureurs ne peuvent pas nager en eau vive en hiver. Comment doit-on se préparer en piscine ?

whatsapp-image-2016-12-14-at-6-34-45-pm-1Disons que l’on est trois mois avant une course. Effectivement pour la plupart des gens cela veut dire nager en piscine. Il faut faire au minimum trois séances par semaine. Avant de commencer il faut souligner que ce ne sont que des séances types, il faut toujours adapter les séances à ses capacités. Il n’existe pas de programme tout fait qui convienne à tout le monde !

Séance longue : environ 3,5km, basée sur de longues séries. Après un échauffement, sans matériel, faire des séries de type 5x400m avec 30 secondes de récupération, dans la zone de confort qu’on va adopter en course.

Séance spécifique eau libre : on fait des éducatifs, prises de repères devant et derrière, respiration bilatérale, des changements de rythme avec par exemple de 5  à 10 fois 100m, 50m facile, 50m rapide. Cela peut se faire avec pull buoy et élastique aux chevilles.

Séance équipée : Le but est de nager dans des conditions les plus proches possible des conditions de course. Bien sûr on ne peut pas mettre les chaussures en piscine, mais on peut simuler leur port en mettant des poids de 100 – 200 grammes aux chevilles. Si possible utiliser sa combinaison qui provoque un changement d’équilibre horizontal. On fait varier les séries avec par exemple des séries courtes de 50m, des pyramides type 100, 150, 200, 150, 100, etc.

Y-a-t-il quelque chose que tu voudrais ajouter ?

lm3a4102_30498423994_oLe sport est jeune qui évolue vite, et il ne faut pas hésiter à échanger, comme par exemple sur votre forum. C’est aussi un sport d’expérience qui s’acquière de plusieurs manières. Les discussions et conseils, la multiplication des courses qu’on a évoqué auparavant, mais aussi des stages en se concentrant sur le point faible. Pour la natation par exemples des stages de 3 jours ou une semaine en eau libre peuvent complètement changer la perception qu’on a du milieu.  La mer en particulier peut provoquer des appréhensions, et on peut y travailler pour franchir des barrières. L’analyse de la technique sur vidéo est aussi un outil très utile : c’est important de se voir nager.

Merci Loïc pour tes conseils avisés. Il ne reste plus qu’à les appliquer  !

Crédit photos Alex Bermond, Laetitia Branda & Swimrun France

Aquaticrunner: un swimrun à la sauce italienne

François-Xavier Li nous fait partager sa course in Italie

Des eaux chaudes, du sable, du soleil, on en rêve quand on nage dans les eaux froides du nord de l’Europe. Alors quand l’opportunité de faire l’Aquaticrunner est apparue, j’ai sauté sur l’occasion, et je ne l’ai pas regretté.

aquatic-runner-map© AquaticrunnerL’Aquaticrunner est la finale du championnat Italien de swimrun. Le circuit est atypique car il se court en solo (un grand sujet de discussion en soi), et sans plaquettes, à la différence de la plupart des autres courses. Les pullbuoys sont autorisés ainsi que les combis, mais en fonction de la température ce n’est pas nécessairement une bonne option. Pour cette finale les étrangers peuvent s’inscrire sans avoir à se qualifier dans les courses du championnat mais ils sont classés séparément. Le parcours relie de façon extrêmement naturelle d’îles en îles les villes touristiques de Grado et Lignano au Nord de l’Italie, entre Trieste et Venise.

Bi-fonction pour cette course au chaud © Swimrun France
Bi-fonction pour cette course au chaud © Swimrun France

Nous arrivons l’avant-veille du départ à Lignano. Nous avons décidé de loger là car c’est plus prêt de l’aéroport de Venise où nous devons prendre l’avion le soir de la course. Le vendredi matin nous faisons un petit essai des jambes et d’équipement. Pour cette course au soleil on n’a pas besoin de combi néoprène et j’ai opté pour une tri-fonction Mako de triathlon qui permet de nager, pédaler et courir sans se changer. On devrait peut-être les rebaptiser « bi-fonction » pour le swimrun ! La combinaison est parfaite et je suis très confortable autant en courant qu’en nageant. Pour les chaussures je fais un essai des Salming Elements. Avec 4 mm de drop ces chaussures suédoises rentrent dans la catégorie des chaussures basses, ce que je préfère. Elles offrent beaucoup de grip, même si ce n’est pas indispensable ici, mais aussi avec une semelle suffisamment large pour éviter de s’enfoncer dans le sable, quelque chose d’important sur cette course. Premier galop d’essai sur la plage et je suis satisfait de mon choix (je vous rassure, j’ai couru avec ces chaussures avant la course, simplement pas sur du sable fin). Les plaquettes étant interdites dans cette course, on va voyager léger! Nous découvrons aussi que les plages dans cette partie nord de l’Adriatique descendent en pente très douce. Cela veut dire que nous aurons souvent l’occasion de marcher pour entrer et sortir de l’eau.

© Wikipedia
© Wikipedia

Le reste de la journée est consacré au tourisme : dégustation de produits locaux à Udine, visite de la ville fortifiée de Palmanova en forme d’étoile à 9 branches, ruines romaines de Aquileia, tout ça en route pour l’enregistrement et le briefing à Grado le soir. Nous ne restons pas longtemps car le bus qui va nous amener de Lignano à Grado demain part à 4:30 du matin…

Réveil au petit matin

L’heure du réveil arrive un peu trop vite, mais le bus est à l’heure et nous voyageons à moitié endormis mais sereins. Arrivés à Grado nos numéros sont marqués au feutre sur les bras et les jambes, à l’ancienne, et ça marche très bien. Pas de chasuble dans cette course (est-ce vraiment nécessaire ?), mais une puce électronique pour le timing. Les concurrents italiens qui entrent les premiers dans le sas de départ, un par un, sont présentés comme des stars de boxe par l’annonceur. C’est un spectacle à lui tout seul, et il va continuer comme cela non-stop jusqu’à l’arrivée le soir du dernier concurrent. Une performance ! Nous sommes situés en fin du sas, mais comme nous ne disputons pas le championnat italien, ce n‘est pas bien grave.

© Aquaticrunner
© Aquaticrunner

Le départ est donné à 7 heures précises. Nous courons le premier kilomètre dans les rues piétonnes de Grado, avant de tourner à gauche pour rejoindre la plage. Nous ne reverrons pas de bitume avant l’arrivée. Le rythme n’est pas rapide et en courant à 12km/h je remonte doucement le peloton pour me retrouver environ aux deux tiers. Il est temps de plonger pour la première natation. Ou plutôt, de ne pas plonger : la pente douce nous permet ou oblige à marcher pendant environ 100 mètres avant de pouvoir vraiment nager. Une grosse bouée orange à laisser à droite nous indique la direction, et ce sera le cas pour toute cette course où la navigation en natation comme à pied est facile. De toute façon sur terre c’est simple : garder la mer à gauche ;).

© Aquaticrunner
© Aquaticrunner

Sitôt la digue passée, nous sentons le courant qui nous pousse vers le large et nous freine aussi. Les bras de mers qui séparent les îles constituent souvent les estuaires de petites rivières. Il faudra compter avec cela. Je ne suis pas habitué à nager en swimrun sans plaquettes et je dois un peu m’adapter pour trouver mon rythme. Après 900m nous sortons pour commencer la seconde section de course à pied, et découvrir un île déserte comme toutes celles que nous allons traverser jusqu’à Lignano. Il faut courir au bord de l’eau pour trouver un sable pas trop mou. Nous écrasons d’innombrables coquilles qui jonchent le sol, et ce bruit bien particulier va nous accompagner toute la journée. On sait toujours si quelqu’un se rapproche derrière ou nous suit de près ! L’eau n’était pas froide mais il fait bon en courant. Un léger voile de nuages nous protège du soleil et nous évite d’avoir trop chaud. Tout va bien. La seconde section de natation arrive et nous voilà repartis. L’eau est un peu trouble à cause du limon typique de beaucoup d’estuaires. Quelque chose frôle mon visage, et en plongeant ma main droite j’attrape quelque chose. Pas le temps de trop réfléchir, je tire l’eau ce quelque chose et le pousse bien le long du corps jusqu’à la cuisse comme on me l’a appris. Soudain je sens une brûlure sur le visage et sur toute la cuisse et la jambe. Et oui, ce devait être une méduse, et je l’ai consciencieusement frottée sur tout mon côté droit. Dans l’eau ça brûle, mais que faire à part continuer ? En sortant de l’eau je regarde mais je ne vois rien de particulier, alors on court et on se tait ! Plus tard je vais sentir que mon quadriceps est contracté et douloureux mais sans vraiment m’empêcher de courir. C’est ça aussi les courses en pleine nature.

Les plages de sable fin se succèdent, serpentant au gré des courants.

© Aquaticrunner
© Aquaticrunner

Les plages de sable fin se succèdent, serpentant au gré des courants. On voit de très loin les concurrents, et lorsqu’il y a une courbe à droite, il est très tentant de couper à travers la plage, mais là on rencontre du sable fin et sec, dans lequel on s’enfonce à souhait. C’est un compromis, et la plupart du temps il vaut mieux longer la mer quitte à allonger un peu le trajet. On court beaucoup dans cette course. Dans certains bras de mer on a pied d’une rive à l’autre. Il faut alors faire des choix : nager, marcher ou courir ? Si l’eau est à mi-mollets, on peut courir en levant bien les jambes comme un sauteur de haies. Si l’eau est au niveau du genou, il vaut mieux marcher en essayant de laisser la jambe au raz de l’eau. Mais attention aux fléchisseurs des hanches qui travaillent beaucoup ! Finalement, si l’eau est entre le genou et la taille, on peut marcher ou nager. Cela dépend un peu de ses forces et faiblesses. Une nageuse va s’économiser en nageant par rapport à une coureuse qui peut préférer marcher. On peut aussi essayer de planter les doigts dans le sable en nageant pour avoir plus de traction, mais là ce sont les épaules qui peuvent se plaindre. Alors on voit de tout, côte à côte, des grandes jambes qui font les échassiers, des nageurs qui vont aussi vite mais en adoptant un mode de locomotion complètement différent. Des amphibiens somme toute !

Nous arrivons enfin au bout de la dernière île ; le bras de mer qui sépare Marinetta de Lignano est utilisé par beaucoup de plaisanciers. Lorsque j’arrive un petit groupe de 10 coureurs attend. Pas de panique, les organisateurs opèrent une sorte de passage à niveau. Ils laissent passer les bateaux pendant en moment. Les coureurs qui arrivent passent sur un tapis et leur puce électronique enregistre leur arrivée, et ils patientent. Quand la barrière est levée, ils repassent sur le tapis et le temps qu’ils ont attendu est décompté à l’arrivée. Ce système permet à la course de passer en sécurité tout en gardant les plaisanciers heureux. Sans cela, la course devrait simplement s’arrêter avant, ce qui serait dommage. Le désavantage c’est que quand on repart on ne sait plus si la personne physiquement devant est effectivement plus rapide ou simplement a attendu moins longtemps. J’attend environ une minute avant de repartir pour la dernière ligne droite.

© Aquaticrunner
© Aquaticrunner

La très longue plage de Lignano est coupée par deux dernières portions de natation. Avec 1km et 1,4km, elles redonnent au nageurs l’occasion de faire parler la poudre, s’ils en ont gardé au sec. La plage est noire de monde et c’est un dépaysement quand on vient de passer des heures sur des plages désertes. Mais cela apporte aussi des encouragements. Il commence à faire chaud et les jambes sont un peu fatiguées. Les épaules aussi, d’autant plus qu’il y a encore un peu de courant, et comme le vent en vélo, il semble être toujours contre nous !

Finalement on finit la dernière natation et les applaudissements nous portent. On aurait pu finir là, mais non, les cruels organisateurs nous font monter la plage de sable fin, pour faire le tour du club nautique et finir sur une ligne droite. J’ai envie de marcher, mais je me force à courir. Je m’enfonce à chaque pas, mais pas plus que ceux autour de moi. Alors je pousse en peu et rattrape deux concurrents.

Sprint finish avec Bernhard Fink © Aquaticrunner
Sprint finish avec Bernhard Fink © Aquaticrunner

Le troisième est juste devant et j’arrive presque à son épaule. Il se retourne, et se met à sprinter dans les derniers 30 mètres. Il va plus vite que moi, tant pis. Je le laisse un peu partir pour la photo. Gilberto Zorat est là, accueillant chaque concurrent comme une star. 3h48 à ma montre, je ne regarde pas le timing officiel car je n’accorde pas trop d’importance en général au temps dans les swimruns car, comme en trail ou en raids, la météo, le terrain et les aléas d’une course en équipe jouent en grand rôle. Celui qui m’a battu au sprint m’accueille avec un grand sourire et nous discutons. Bernhard est Autrichien, et quand je le félicite pour son sprint, il m’explique que c’était parce qu’il pense être sur le podium des étrangers. J’avais complètement oublié ce classement. Et puis je lui parle du passage à niveau où je me suis arrêté, et nous réalisons que je suis probablement devant lui ! Effectivement, je finis second étranger derrière l’Autrichien Ronald Hotter et Bernhard est troisième à 3 secondes. Comme quoi, les secondes comptent en swimrun et la puce électronique a son importance ! Au final il me propose de former un binôme pour une prochaine course (1000 lakes en octobre). Au moins nous savons que nous sommes proches en performance ;). C’est un des avantages des courses solos : on découvre de nouveaux concurrents et amis. La course est remportée par Francesco Cauz en 3h04 et Silvia Colussi en 3h32.

Au final l’Aquaticrunner est une belle course sur un tracé sauvage. L’interdiction des plaquettes associée avec l’absence de combinaison redonne un avantage aux nageurs. Courir en solo avec un équipement minimum et dans des eaux chaudes apporte une perspective différente à l’activité. Certes il manque le partage et l’entraide avec un binôme, mais l’effort solitaire a aussi ses avantages. Au total, une course à refaire.

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