2017 Swimrun Equipment Test – les combinaisons

Les combinaisons sont incontestablement une pièce maitresse dans la panoplie d’un swimrunner tant à l’entrainement qu’en compétition. Elle doit pouvoir assurer une bonne flottaison, une isolation thermique dans l’eau mais aussi être adaptée à la course à pied en ouvrant les fermetures dorsales ou ventrales, voire carrément en baissant la partie supérieure  de celle-ci au niveau des hanches durant des conditions de chaleur importantes. C’est une différence majeure comparée aux combinaisons utilisées pour l’eau libre ou triathlon, elles, uniquement destinées à être portées en natation. Une bonne combinaison de swimrun doit s’ajuster au corps correctement, or nous avons tous différents besoins. Car nous sommes bâtis d’une certaine façon, c’est-à-dire en terme scientifique nous présentons des différences morphologiques : mésomorphe, endomorphe ou ectomorphe (voir graphique ci-dessous)

Fin mars World of Swimrun (WoS), Swimrun France (SRF) et Swimrun Germany (SRG) se sont réunis à Marseille, France pour réaliser le 1er test d’équipement à l’échelle internationale. Pendant 4 jours, l’équipe a testé et discuté de produits issus de près de 40 marques d’équipement sportif, parmi elles, 10 combinaisons différentes de swimrun. À l’inverse des conditions habituellement calmes de la Calanque de Sormiou, Marseille, le test s’est déroulé sous des conditions climatiques extrêmes, pluie, vents tempétueux, vagues importantes, fort courants puis enfin du soleil.

Puisque la plupart des courses ont un ratio de natation inférieur à 20%, la sensation à pied et les qualités de la combinaison en mode running sont vraiment essentielles. La difficulté de comparer les combinaisons entre différents modèles vient du fait que certaines sont livrées entières (couvrant l’extrémité de jambes) alors que d’autres sont à la base coupées au dessus du genou (e.g. shorty). Toutefois comme la majorité des swimrunners finissent par couper leur wetsuit, notre test a pris le parti de traiter tous les modèles comme s’ils avaient une version coupée au genou.

Chaque item a été testé par l’équipe et noté sur un score entre 1 (mauvais) à 5 (excellent), et s’il y avait une caractéristique ou une fonctionnalité notable, un commentaire écrit a été consigné lors du test.

glossaire:

Overall evaluation score : note globale

Brand : Marque, fournisseur

Year Launched : Année de sortie

Approximate price : Prix moyen

Material used : Matériau utilisé

Zipper placement : Position des fermetures zip

Pull-cord attachment : Point d’ancrage pour tractage

Whistle : Sifflet

Pocket displacement : position des poches

Reinforced buoyancy : flottabilité renforcée

Gender : Sexe

Vainqueur au général

Même si les modèles testés visent des marchés niches différents, le vainqueur au général s’est révélé être la combinaison 2017 Colting SR02. Sa souplesse, son hydrodynamisme et ses qualités en course à pied ont fait d’elle la combinaison favorite de l’équipe. La médaille d’argent revient à la nouvelle 2017 Orca RS1, coupée court aux jambes et un sentiment globalement positif en nage et en course à pied. La dernière à être sélectionnée dans le trio de tête est la nouvelle marque entrante sur le marché : l’Utter Pan. Néanmoins, ce choix s’est fait de très peu tant les autres combinaisons présentes dans le test avaient une note globale très proche.

 

 

 

 

 

 

Colting SR02 : la gagnante du test et la favorite de l’équipe des testeurs

Durant le weekend de test, la Colting SR02 est vite devenu l’élue de l’équipe. Elle était non seulement la plus rapide dans l’eau, mais elle était celle qui procurait les meilleures sensations en course à pied. Cette combinaison possède des panneaux de matériau à l’élasticité spécifique course à pied derrière les cuisses et au niveau des fessiers. Des panneaux de 1.5 mm sont situés sur le coté des cuisses afin de procurer un degré de liberté maximale aux jambes. L’ajustement général est excellent et la Colting SR02 fait presque office de seconde peau. Même si la conception de la Colting est destinée à toutes les corpulences, le morphotype endomorphe (voir schéma plus haut) aura la sensation d’être comprimé au niveau du torse étant donné que les 4 poches devant ont tendance à limiter la flexibilité du matériau. Toutefois, les fermetures avant et arrière autorisent facilement le pliage du haut de la combinaison autour des hanches pour une meilleure ventilation. La Colting a offert la meilleure flexibilité au niveau des épaules lors du test de nage et n’a pas engendré d’irritations au niveau du cou (un défaut assez commun pour de nombreuses combinaisons). Les panneaux d’épaisseur importante sur le devant des cuisses apportent une flottabilité accrue exemptant l’utilisation d’un pull-buoy. Les 4 poches antérieures nous ont semblé un poil petites, deux d’entre elles ne disposant pas de velcro de fermeture dans l’optique de faciliter la sortie ou entrée de matériel.

La Colting est vendue avec jambes longues, mais la plupart des gens vont en couper le bas,  et les garder comme manchons, voire les utiliser avec les Swimcalf Colting (chaussette longue avec coussinet antérieur intégré de 14 ou 15 mm d’épaisseur)

 

ORCA RS1 : un restyling 2017 à succès

La nouvelle Orca RS1 attire l’œil c’est certain, et l’équipe a apprécié son design et couleurs. Cette combinaison intègre des nouveautés par rapport au modèle 2016 qui comportait deux zips, jambes courtes, manches longues et un panneau de 6 mm sur le devant des cuisses pour accroitre la flottabilité. Le modèle 2017 Orca RS1 débarque avec jambes courtes, manches longues amovibles et sans fermeture zip arrière. À l’utilisation le retrait et enfilage des manches s’est bien passé, une fois les manches passées aucune entrée d’eau n’est à déplorer entre la combinaison et les manches amovibles. C’est une option très intéressante lors des passages en eau plus ou moins froide. La combinaison peut toutefois paraître serrée pour les personnes ayant des bras forts. Les désormais 10 mm de néoprène (au lieu des 6 mm de 2016) sur les cuisses engendrent une bonne flottabilité et position dans l’eau. La plupart des athlètes utilisant l’Orca pourront probablement se passer du pull-buoy tant la flottabilité est de celle-ci est notable. Le comportement de la Orca RS1 en mode running s’est révélé meilleur qu’anticipé,  la surépaisseur de néoprène ne nous a pas dérangé. L’équipe a néanmoins fait part de son manque de zip au niveau du dos. Sans ce zip arrière il est pratiquement impossible de se dévêtir,  replier la combinaison sans aide extérieure. Le zip avant a semblé un peu fragile à l’instar du modèle 2016. La taille de la poche arrière est bonne et nous avons apprécié le détail de la poche avant pour y placer le sifflet. Bien vu !

 

UTTER PAN : une nouvelle marque se lance dans le grand bain du Swimrun

Cette nouvelle marque française (Utter Pan) vient de lancer sa toute première combinaison de swimrun. L’équipe a eu le sentiment que c’est un bon produit d’entrée de gamme qui combine de nombreuses options habituellement présentes sur des produits haut de gamme. Lorsque l’on associe cette combinaison (fournie déjà coupée aux genoux) avec les manchons Utter Pan (vendus à part) la position et flottabilité  dans l’eau sont bonnes.

L’épaisseur plus fine de la combinaison au niveau des épaules forunie une flexibilité adéquate lors de la nage. Les panneaux bleus lui donnent aussi une esthétique et un touché distinctif. La partie renforcée inférieure, nous a semblé plus robuste et résistante à l’usure et au déchirement. Deux importante poches intérieures autorisent le stockage de matériel ou d’alimentation, néanmoins la poche extérieure à l’arrière pourrait être améliorée : le zip est un peu trop étroit pour un accès facile. Bien qu’elle possède un zip avant et arrière, l’Utter Pan n’est pas au même niveau en termes de ventilation que d’autres combinaisons avec deux zips. La partie supérieure est plus difficile à enlever prinicipalement dû à un zip arrière plus petit car bridé par la place tenue par la poche arrière. La combinaison est confortable en mode course à pied, toutefois combinée avec les manchons au mollets, nous avions la sensation qu’elle était un peu lourde.

Mako : nouvel entrant dans le marché du swimrun pour une marque renommée du triathlon

La marque Mako est plus connue pour ses combinaisons hyper rapides de triathlon. Elle vient de sortir sa première combinaison de swimrun qui a été vraiment appréciée par l’équipe comme un bon produit d’entrée de gamme. La combinaison comporte une majorité d’options que l’on trouve sur des produits haut de gamme. La combinaison vient avec les jambes courtes et manches longues, une configuration adaptée dans la plupart des cas. Durant la nage, la Mako procure une bonne sensation de glisse avec une bonne liberté de rotation des épaules. Les swimrunners débutants auront besoin probablement d’ajouter un pull-buoy pour plus de flottabilité et une position dans l’eau plus élevée.

La Mako présente des panneaux avec une élasticité importante dans des zones clés pour augmenter la flexibilité. Nos avons aimé la bonne répartition  de ceux-ci lors de la course à pied, permettant le mouvement de la foulée. Le matériau renforcé à l’arrière inférieur du dos devrait aider à la longévité. Les deux grands zips avant et arrière facilitent la ventilation et le pliage de la combinaison autour des hanches. La capacité des poches nous a semblé un peu limitée, une intérieure et une extérieure. La poche extérieure étant un peu trop dure à atteindre pour des swimrunners manquant de souplesse du haut du corps.

Huub Amphibia : une ancienne favorite

La Huub Amphibia, depuis longtemps, jouit d’une fameuse renommée et fut la combinaison favorite de nombre d’entre nous et ce fut encore le cas au cours du week end de test. L’Amphibia, lors de sa sortie en 2016, a eu un fort succès populaire et elle est encore très compétitive avec son design sobre, équilibré et ses nombreuses options. Même si cette combinaison n’était pas aussi rapide que certaines autres, elle avait une bonne sensation de nage et une bonne liberté de mouvement des bras. Cependant la plupart des athlètes auront besoin d’y ajouter un pull-buoy dans le but d’améliorer la flottabilité, surtout si on décide de couper l’Amphibia au dessus des genoux. La force de cette combinaison vient lors de la course à pied où sa flexibilité inférieure fait la différence. Courir avec la partie supérieure de la combinaison au niveau des hanches se révèle très bonne notamment en terrain technique. Quelques testeurs ont eu des irritations au niveau du cou, mais ce modèle de 2016 est encore compétitif et pertinent.

 

 

Camaro – La combinaison la plus flexible du marché

Quand Camaro a sorti l’Utö Pulsor 2.0, les concepteurs ont pris une direction très différente du reste de la compétition. Avec seulement un très grand zip en biais sur le devant, un type de néoprène extrêmement flexible, ce fut le premier wetsuit complet où l’on pouvait courir confortablement dedans. Cela a inspiré les développements actuels des autres combinaisons sur le marché avec l’intégration de matériaux élastiques sur les parties inférieures pour la course à pied. Ce fut aussi la première à proposer des poches au niveau du bas du dos. L’équipe a particulièrement apprécié la capacité de l’Utö Pulsor 2.0 en course à pied. Elle est hyper flexible et l’ajustement est très confortable aussi bien en course à pied que dans l’eau. C’est une combinaison que l’on n’a pas besoin de couper, le matériau apporte une bonne flottabilité, toutefois l’équipe a eu encore le sentiment d’avoir besoin d’y adjoindre un pull-buoy.

 Dans l’Utö Pulsor 2.0, on ne surchauffe pas autant comme les autres combinaisons. Néanmoins, nous avons eu des difficultés à la serrer complètement au niveau du cou lors de la natatation et l’aimant placé sur le devant n’a pas remplit sa fonction comme prévu. Les deux poches dans le dos se révèlent facilement accessible et disposent de suffisamment de poches pour stocker les besoins en hydratation et en alimentation.

 

 

Head Rough – La grande « tout terrain »

La Rough fut une des premières combinaisons sortie sur le marché. La seule amélioration apportée pour cette année 2017 fut une amélioration au niveau du cou afin d’éviter les irritations. L’équipe a particulièrement aimé la polyvalence de ce modèle Head, et surtout le sentiment de tenir une combinaison quasi indestructible. La combinaison offre une très bonne possibilité de ventilation lors de la course à pied mais le matériau robuste vient avec un impact négatif sur la vitesse de nage.  La combinaison est très facile à couper. Zip avant et arrière, flexibilité du matériau rend le déshabillage au niveau des hanches facile. Les deux petites poches intérieures sont assez grandes pour accueillir des flasques ou gels. Devant et derrière se trouvent un anneau pour y attacher une corde de traction. L’équipe a senti que ce modèle serait pertinent comme combinaison de rechange ou en back up lors de compétitions ou entrainements. Elle est très visible dans l’eau c’est pourquoi elle reste le meilleur choix en eau libre lorsqu’il y a beaucoup de circulation en mer ou lac. Vous avez là un produit très polyvalent et adapté pour tous types de sports aquatiques.

 

 

Head Race – la meilleure combinaison globale de la marque Head

À l’origine lorsque la Head Race fut lancée, elle était clairement destinée à occuper le tiers supérieur de la gamme des wetsuits. À l’époque c’était probablement la meilleure combinaison sur le marché. Cependant, avec les derniers développements, elle est devenue un choix privilégié dans la moitié supérieure du marché. L’équipe a reconnu qu’elle était globalement un bon produit, avec un bon ajustement à la fois en termes de running et de nage. Elle est assez flexible des épaules autorisant une bonne rotation des bras, avec des panneaux supplémentaires renforçant la flottabilité, elle maintient le corps dans une position haute dans l’eau. Toutefois, nous sommes tombés d’accord sur le fait qu’il faudrait couper la combinaison à hauteur de genoux pour bénéficier d’une meilleure flexibilité en course à pied. La Race constitue le meilleur compromis de la gamme Head, elle est censée satisfaire aussi bien les débutants que les plus expérimentés. Notons que plusieurs membres de l’équipe ont constaté des irritations au niveau du cou, et que le néoprène en surface nous a paru assez fragile lorsque nous descendions sur nos fesses dans les parties trails un peu techniques, ou autour de la cuisse, là où les cordes du pull-buoy de swimrun s’enroulent.

 

 

Head Aero – un vrai diamant pour certains

L’Aero a été une des favorites parmi de nombreux swimrunners depuis sa sortie sur le marché fin 2016. Avec une partie en matériau néoprène située sur la moitié supérieure du corps et une partie élastique « stretch » sur la moitié inférieure, cette combinaison apporte des sensations de swimrun à un autre niveau. Un autre choix fut l’option d’enlever la fermeture zip dorsale, laissant l’impression que l’on n’enlève pas cette combinaison, on ventile seulement avec l’ouverture frontale. C’est un choix attractif  pour des courses sprint. Ceci dit le compromis est que pour enlever le haut, il y a besoin de l’assistance de son partenaire, et que le matériau très élastique de la partie basse vient avec une perte d’une cruciale flottabilité. L’équipe fut obligée de compenser en utilisant des pull-buoy plus grands afin d’avoir une position adaptée dans l’eau. Néanmoins, l’impression globale de l’équipe de testeurs est positive, l’Aéro est probablement faite pour certains types de personnes avec certains types de course.  Plusieurs testeurs, s’ils reconnaissent un bon ajustement avec la partie supérieure en néoprène, ont été surpris par le manque d’ajustement au niveau des jambes, avec l’apparition de plis au niveau du genou et de la cheville, spécialement après avoir sauté dans l’eau les pieds d’abord auparavant.

 

Head Base – La combinaison de swimrun « historique »

La Head Base fut la 1ère vraie combinaison « historique » de swimrun à faire son apparition sur le marché, et les premiers batch de production ont eu souffert de soucis de matériau ou de couture. À l’heure actuelle, la Base est une bonne combinaison d’entrée de gamme pour débutant. Les testeurs ont trouvé le matériau utilisé par la Base un peu lourd. Les tailles ont semblé être choisies de manière  insuffisamment précise, et certains membres ont eu du mal à trouver la taille avec le bon ajustement. L’usage en course à pied et natation est ok, elle dispose d’un zip avant et arrière qui offre une bonne ventilation, c’est un produit suffisamment bon si vous débutez. Il y a eu quelques irritations au niveau du cou pour plusieurs membres de l’équipe, et le matériau, comme pour l’Aéro nous a paru fragile. Désormais, il y a plein de choix de combinaison dans la même gamme de prix sur le marché.

N’oubliez pas de ranger, pour du stockage longue durée, votre combinaison à l’envers (la partie extérieure lisse retournée à l’intérieure), pliée ou roulée dans une pièce au frais et  à l’ombre. Ne jamais la laisser trop longtemps sur un cintre, particulièrement exposée au soleil ou lumière vive. Faites particulièrement attention à l’effet de rétrécissement de la combinaison entre saisons.

Merci !

Nous tenons à remercier tous les fabricants qui nous ont aidés en nous fournissant l’équipement pour nos tests :

AquaShpere Bagheera * Barracuda * BrooksCamaro Colting Decathlon Garmin Glorify Gococo Head Huub Icebreaker Icebug

Inov-8

La Sportiva Malmsten Merell Mobi * Mugiro Nabaji New Wave Nike Nu Orca Pan Utter Racepaddle

Rando Running Marseille

Restube

Salomon Sony Speedo Strokemakers Suuntoo TYR Vivobarefoot Zoggs Zone3 www.swimrunshop.eu www.wiggle.co.uk

Nous voulons aussi remercier tout particulièrement www.randorunning.com Marseille (Alexandre Terral) de nous avoir aidé pour la logistique, les parents de Fix de nous avoir hébergé et finalement à vous tous swimrunners pour vos échanges et vos nombreuses intéressantes questions. Et n’oubliez pas de tester la combinaison dans des conditions réelles, puisque la seule façon d’ajuster proprement le produit c’est d’aller dans l’eau.

Par des swimrunners – Pour des swimrunners

Analyse des règlements du Swimrun 2016

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Michael Lemmel et Mats Skotts, fondateurs de l’ÖtillÖ

Bien que le swimrun prône la liberté et le passage le plus naturellement possible dans la nature, tout sport doit avoir des règles pour encadrer l’activité, la rendre sure et responsable, et aussi garantir une compétition équitable et juste. Le swimrun n’échappe donc pas à cela. Historiquement Michael Lemmel et Mats Skott ont écrit la première version de ces règles pour la course ÖtillÖ en 2006. Ils ont légèrement modifié ces règles au cours des années et la dernière version 2016 apporte quelques modifications qui méritent d’être signalées. Comme tous pionniers, Michael et Mats ont été imités et copiés, ce qui peut être considéré comme un hommage à leur travail. Leurs règles ont été la plupart du temps simplement directement copiées et collées, le plus souvent sans même que l’origine du document soit cité, ce qui est dommage. Il découle de ces imitations une sorte d’homogénéité des règles dans la majorité des épreuves. Cependant, il existe des différences parfois subtiles, parfois fondamentales, entre les règlements des courses internationales. Dans le contexte Français, la récente implication de la Fédération Française de Triathlon qui a demandé la délégation du swimrun, rend une discussion sur les règles actuelles encore plus d’actualité. En effet des Règles Techniques de Sécurité (RTS) pour le swimrun sont en élaboration, mais à ce jour il ne semble pas que des acteurs du swimrun soient impliqués dans ce processus. C’est dans ce contexte national et international que nous allons analyser les règlements du swimrun tels qu’ils sont à ce jour.

Binôme vs solo

aku_5689-largeRègles fondamentale s’il en est, la grande majorité des courses se déroule exclusivement en binômes, deux hommes, deux femmes ou un homme et une femme. C’est le format originel et pour beaucoup c’est la pierre de voûte du sport. Courir en équipe confronte chacun et chacune non seulement avec ses propres limites, mais aussi celles du partenaire. Dans une course d’endurance en binôme les niveaux en natation et en course à pied ne sont jamais identiques, et tout le monde a des hauts et des bas. Il faut donc s’accommoder des différences de technique, condition physique et de moral. La notion d’entraide devient alors essentielle. Cet aspect est perdu dans les courses solo qui se multiplient dans le monde. Les courses solo sont souvent réservées aux distances les plus courtes et rarement offertes comme format unique, en dehors de l’Italie qui a un circuit des courses exclusivement solo. Le débat binôme – solo mérite d’être posé mais dépasse le cadre de cet article. Il faut aussi souligner qu’être en binôme augmente théoriquement la sécurité. C’est un argument pour certaines épreuves, moins pour d’autres. Signalons enfin qu’une seule course (Talloires ô Féminin) est exclusivement réservée aux femmes, une ségrégation qui est rarissime dans le monde du swimrun où l’égalité des sexes a toujours été promues depuis l’origine, par exemple au niveau des prix accordés aux vainqueurs. On peut donc se demander si ce format va être répété ailleurs.

Âge

Bien que la grande majorité des courses s’adresse aux adultes de plus de 18ans, il est logique et souhaitable que les plus jeunes puissent découvrir le sport. Quelques courses, en particulier en Suède, visent les plus jeunes, voire le format ‘famille’ où les membres d’une même famille courent ensemble. La FFTri propose un cadre de distances maximales pour les enfants. Si le principe est bon, nous n’avons pas assez de recul pour juger si les valeurs proposées sont adéquates ou si elles doivent être ajustées. Débat à suivre quand plus d’expérience sera accumulée. A noter aussi qu’il n’y jamais eu de classe d’âge en swimrun. l’esprit est d’abord centrée sur l’expérience et le partage, pas la place dans un groupe d’âge particulier. Certains venant d’autres sports où un saucissonnage est de norme commencent à s’en plaindre, mais jusqu’à présent on ne voit pas de changement sur ce point.

Distance entre partenaires

On trouve généralement une distance maximum imposée entre partenaires, souvent 10m en natation et 50m en course à pied. C’est la notion de sécurité qui guide cette règle car en effet si on se trouve à 50m de son binôme en natation on a peu de chance de pouvoir l’aider en cas d’urgence. On est aussi moins visible si on est séparés. Dans sa dernière version 2016 l’Ötillö a renforcé sa règle qui est maintenant de 10m entre partenaires quelle que soit la discipline. En lisant les comptes rendus et de nos observations en course, cette règle est parfois allégrement enfreinte. Attendez-vous donc à voir cette règle plus appliquée et peut-être à des disqualifications.

Combinaison

Comment bien choisir sa combi? Photo © Akunamatata / Swimrun France

Le port d’une combinaison de néoprène est obligatoire dans beaucoup d’épreuves, mais pas sur toutes. Cela dépend évidemment de la température de l’eau, et personne ne conteste la nécessité d’une protection thermique dans les eaux froides. En fait, les risques d’hypothermie sont beaucoup plus grands que ceux d’hyperthermie car si on a chaud, on peut ouvrir sa combi et ralentir ou même s’arrêter. Si on a froid, surtout dans l’eau et en cas de fatigue, il y a peu de choses à faire. Grâce à la faible densité du néoprène les combinaisons apportent aussi un élément de sécurité en cas de problème (crampe, malaise, etc) dans l’eau. En général le port ou l’interdiction des combinaisons n’est pas imposé en fonction d’un saucissonnage des températures de l’eau au degré près, comme on le voit en triathlon. Pourtant certaines épreuves ont commencé à imposer ce genre de règlement avec des limites  très précises, avec des interdictions par exemple quand la température de l’eau est au-dessus de à 24°. Pourtant en swimrun on passe par de multiples sections de natation avec des températures forcément variables en fonction des courants, du vent, de l’exposition au soleil et de l’heure de passage. Ceci rend ce niveau de précision complètement illusoire. Il faut espérer que le swimrun évite ce genre de sur-législation.

Jusqu’à présent personne n’a limité la taille des combinaisons ou l’épaisseur des panneaux. Les règles strictes comme en natation ou triathlon n’ont pas encore envahi le sport, et il faut souhaiter que cela reste le cas.

Premier secours

gravity-scan-30Beaucoup de courses imposent aux équipes de transporter un bandage. C’est un minimum, mais on voit cependant des équipes réduire ce bandage à quelques centimètres. Le gain en poids est minime, mais les conséquences peuvent être graves. La notion d’autonomie est importante en swimrun et par conséquent on doit être capable de porter un premier secours en urgence. On est parfois un peu isolé et les organisateurs ne peuvent pas avoir un poste de secours tous les 100m. Il faut choisir : courir en ville au milieu des pots d’échappement mais avoir un poste de secours tous les 100 mètres ou courir en pleine nature mais sans ambulance derrière chaque arbre. Donc ne lésinez pas sur le bandage dont la longueur minimale pourrait être prescrite. De même, les équipes sont obligées de porter secours à une autre équipe en réelle difficulté (pas juste une petite fringale). La notion de solidarité dépasse la petite notion d’équipe et transcende la notion de course. Il faut noter que la réglementation Française est extrêmement contraignante par rapport aux règles étrangères, et ceci est probablement un frein au développement du swimrun en France, ou tout au moins un élément qui risque de façonner le format des courses dans l’hexagone.

Détritus

Dans la plupart des règlements il est stipulé qu’il est interdit de jeter des détritus dans la nature sous peine de disqualification. Est-il besoin de discuter cette règle évidente ? Si oui, alors il faut peut-être faire un autre sport.

Chaussures

© OtillO
© OtillO

Les chaussures sont souvent absentes des règlements. Il semble évident que quasiment tout le monde va porter des chaussures, mais ce n’est pas aussi simple que cela. En effet, pour nager, certains préfèrent les enlever afin de pouvoir battre des pieds et avoir une traînée plus hydrodynamique. Cependant cela comporte des risques surtout lors des sorties d’eau où on ne maîtrise pas toujours la force avec laquelle on va atterrir sur un rocher qui peut être couvert de coquillages coupants. Certains ont fait l’expérience de ce genre de mésaventure, et on peut se demander si  un jour un organisateur ou une assurance ne va pas interdire cette pratique. C’est déjà le cas en Italie. Plus surprenant le poids maximum des chaussures y est aussi indiqué. Cela semble vraiment surprenant, mais en discutant avec les organisateurs on découvre que c’est leur assurance qui a imposé cette règle. Ils pensaient peut-être que les concurrents allaient arriver avec des chaussures de ski …

Boussoles / montre, carte

Dans l’esprit du raid d’aventure savoir lire une carte est un savoir-faire de base. Bien que certaines épreuves continuent à fournir une carte et demandent aux concurrents de porter un compas ou une montre avec compas électronique intégré, le niveau de navigation requis en swimrun est généralement minimal. Beaucoup d’épreuves se dispensent déjà de cette capacité à lire une carte et le terrain. Peut-être une opportunité pour une épreuve originale.

Sifflet

Un sifflet est généralement obligatoire pour pouvoir prévenir en cas de problème. C’est élémentaire et plusieurs marques de combinaison incluent maintenant cet accessoire dans leurs combinaisons. On voit pourtant encore des sifflets qui sont inutilisables une fois pleins d’eau, ou stockés dans des parties inaccessibles de la combinaison comme par exemple une poche intérieure. Bonne chance n cas d’urgence !

Bonnet,  chasuble

Les bonnets sont systématiquement fournis par les organisateurs, un bon moyen de reconnaître les compétiteurs et de faire un peu de marketing. Les chasubles sont présentes sur la majorité des courses et doivent être toujours portées par-dessus la combinaison. Une autre source de revenus pour placer les logos des sponsors.

Marquage

Le sport devenant de plus en plus compétitif, les concurrents sont tentés de customiser leur équipement en indiquant le nom de leurs sponsors. Dans la dernière version de leur règlement les organisateurs de l’ÖtillÖ ont inclus une clause interdisant le marquage des vêtements ou équipements avec des peintures susceptibles de se dissoudre dans l’eau. C’est logique et bienvenu pour la protection de l’environnement, et on peut parier que cette règle va apparaître dans de nombres courses.

Distances

Johanna et Anders Wallesnten, heureux de finir Photo © Loch gu loch
Rester ensemble, Johanna et Anders Wallesnten
Photo © Loch gu loch

Quelle doit être la longueur d’un swimrun ? Quelle doit être la proportion de natation ? Pour le moment, aucune règle ne spécifie cela. La nature, la logique et les contraintes de sécurité, d’écologie et de l’administration influencent les choix des organisateurs. Des tendances se dessinent quant au pourcentage de natation, aux distances les plus populaires, mais cette évolution n’est pas dictée par un règlement. Espérons que cela reste ainsi.

 

Plus loin …

Les points de règlement ci-dessus sont logiques et pour la plupart ne sont pas l’objet de grands débats (à part binôme – solo). En revanche tous les points ci-dessous ont directement trait à l’équipement. Certains suggèrent que si on veut traverser la nature de la manière la plus minimaliste possible, alors aucun des équipements suivants n’est  vraiment nécessaire. D’autres au contraire suggèrent que toute restriction du règlement va à l’encontre de l’esprit de liberté et d’invention qui est sous-jacent au swimrun. Débat intéressant qui va au-delà de cet article. Voyons quels sont les équipements ‘accessoires’.

Engins de flottaison et  Pull-buoy

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Au temps des pionniers © ÖtillÖ

Historiquement les engins de flottaison tels que les planches et pull-buoy ont été utilisés en natation. L’Ötillö limite la taille à 100 cm x 60 cm, et on retrouve cette règle à peu près partout. Si on ne rencontre plus de planches de natation ou bouées gonflables comme on a pu le voir lors des premières années du sport, les pull-buoy sont par contre quasiment omniprésents. Le pull-buoy, ce morceau de mousse flottant qu’on insère entre les jambes, est devenu un des symboles du swimrun. Le pull-buoy avantage les non-nageurs en maintenant une position plus horizontale, préserve les jambes pour la course à pied et apporte un élément de sécurité de par sa flottabilité. La plupart des courses laissent les concurrents libres de les utiliser. Mais il y a des exceptions. En effet la taille des pull-buoy a tendance à grandir au fil des années et certains accolent deux pull-buoy ou un et demi pour augmenter la flottabilité tout en restant dans la limite de taille. Les doubles pull-buoy sont déjà parfois interdits (Italie) et on peut se demander si une taille ou volume maximum ne va pas être imposé sous peu. De plus, la règle stipule une taille en deux dimensions, ce qui est facile à mesurer, mais les volumes et la densité sont des notions certes plus difficiles à contrôler, mais plus judicieuses pour la flottabilité. Allons-nous voir des gabarits style compagnies low-cost apparaître au départ des courses pour contrôler le volume des flotteurs ?

Les bouées sont un autre élément de sécurité parfois imposées ou tolérées par les organisations. Gonflables à la bouche ou automatiquement par une cartouche de CO2 en cas d’urgence, elles n’augmentent pas la performance des nageurs mais permettent de mieux les voir et peuvent fournir un support précieux lors d’un accident.  A signaler qu’en entrainement c’est un équipement potentiellement très important.

Longe

La longe est un filin souple liant les deux compétiteurs. Cela permet au plus fort  d’aider le plus faible en le tirant. Ça facilite la navigation car on ne peut pas vraiment se séparer. Toutes les courses autorisent les longes sans spécifier leur longueur maximale. Par contre, quand beaucoup de gens se trouvent dans l’eau en même temps les longes peuvent s’emmêler et créer des situations déplaisantes voire dangereuses. Le règlement de l’ÖtillÖ stipule maintenant que les longes ne sont plus autorisées pendant la première section de natation. Cela désavantagera un peu les binômes avec des différences notables de vitesse en natation, mais éliminera quelques problèmes au départ. Est-ce que cette nouvelle règle va se généraliser ?

Plaquettes

whatsapp-image-2016-12-15-at-6-54-36-amLes plaquettes qui sont depuis longtemps un outil d’entraînement en natation sont aussi devenues un accessoire indispensable du swimrunner. Elles sont cependant critiquées par certains qui trouvent qu’elles dénaturent la natation ‘libre’ et certaines courses les interdisent, comme en Italie. En effet, à l’instar du pull-buoy, elles aident les nageurs les plus faibles à compenser certaines fautes techniques. Mais attention, elles peuvent aussi favoriser l’apparition de blessures aux épaules. Pour le moment aucune limite sur leur taille n’existe, probablement parce que peu de personnes peuvent tirer avantages de plaquettes démesurées.

Tuba

Aide à la respiration, le tuba n’est pas très commun en swimrun. Il est généralement toléré, sauf sur quelques courses (e.g. Côte Vermeille).

Palmes

Autre outil qui peut vraiment augmenter la vitesse en natation, les palmes sont le plus souvent tolérées sans limite de taille. Leurs désavantages sont de ralentir les transitions et de solliciter les jambes qui risquent d’être fatiguées pour la course à pied. Pour augmenter la vitesse en transition des palmes spécifiques swimrun sont apparues qui permettent de les enfiler par-dessus les chaussures. Attention, le nouveau règlement de l’Ötillö 2016 spécifie que désormais la taille maximale est de 15cm. De quoi limiter leur efficacité et rendre obsolètes certaines palmes. Est-ce que cette limitation de taille va être suivie par d’autres organisateurs ? Verdict en 2017 !

 

Sean Durkin & Andy HewittEn résumé, les règles sont amenées à évoluer, surtout dans un sport jeune. L’influence de l’Ötillö est évidente et reconnue. On trouve pourtant des variantes dans les règles, ce qui  dénote une recherche de compromis optimaux et de choix des organisateurs. Si une certaine variété entre les courses est une étape saine d’un sport en développement, une homogénéité peut aussi simplifier la compréhension du sport pour les novices et favoriser son expansion. Mais il faut que ces règles restent fidèles à l’esprit du swimrun qui est de se déplacer de la manière la plus simple et autonome possible dans un environnement naturel, tout en le respectant. Il faut espérer que les règles restent aussi simples et minimales et ne deviennent pas aussi gros qu’un dictionnaire. En fait, les règlements doivent rester suffisamment simples pour que tout swimrunner puisse les transporter en permanence sur soi ! Affaire à suivre !

Natation : s’entrainer l’hiver

L’entrainement en natation en eau libre est impossible en hiver pour la plupart des swimrunners. Et pourtant la préparation en hiver est essentielle pour être prêt lors des premiere competitions au printemps. Comment peut-on se préparer en piscine pour un compétition en eau libre? Nous avons posé cette question à un des meilleurs spécialistes de nage en eau libre, Loïc Brenda

Bonjour Loïc, peux-tu nous dire en quelques mots ton passé sportif et ton implication dans le swimrun?

img_8440_31205592051_oBonjour,
J’ai 33 ans, je suis ingénieur en traitement des eaux, et titulaire d’un Brevet d’Etat en natation. J’ai aussi passé environ 25 ans dans la natation, dont 10 en tant qu’athlète de haut niveau en eau libre. J’ai 8 titres de Champion de France sur 5 et 10km, ancien détenteur du record de France sur 5km, et 5ème en 2009 aux championnats du monde sur 25km. Depuis ma retraite sportive je publie des DVD, organise des stages de natation et des courses en eau libre comme le PromSwim à Nice et le Swimrun The Riviera entre Nice et Monaco.

Beau palmarès ! La natation en swimrun se pratique la plupart du temps en combinaison et en chaussures. En quoi cela modifie la position dans l’eau, et doit-on adapter sa technique de nage ?

croatie-2009-118Si on considère le port de combinaison et chaussures, le plus gros changement se situe au niveau de l’équilibre horizontal qui est instable, avec des changements des points d’équilibre. Ceci est accentué par les chaussures, surtout en eau douce, avec une perte d’horizontalité. Les fabricants essaient d’y remédier avec les panneaux de néoprènes plus épais au niveau des cuisses, les jambières et les pull-buoy. Mais la perte d’horizontalité dépend surtout de deux facteurs. Premièrement la morphologie du nageur. Certains ont les jambes qui vont avoir tendance à flotter plus que d’autres. Deuxièmement la technique. Là encore certains vont pouvoir s’adapter, d’autres auront plus de problèmes pour garder leurs jambes à l’horizontale. Celles-ci vont alors trainer et créer une forte résistance à l’avancement. Pour ce qui est des battements, déjà en longue distances les jambes servent plus pour l’équilibre que pour la propulsion, mais en plus avec les chaussures on s’aperçoit que les battements ne sont pas propulseurs. Par contre on peut battre des jambes à l’approche d’une section de course à pied pour se réchauffer, faire circuler le sang et retrouver des sensations de terriens.

Qu’en est-il de la navigation ?

whatsapp-image-2016-12-14-at-6-34-44-pmC’est un autre point essentiel. Dans un milieu naturel on doit prendre des informations sur les côtés, devant et derrière. Pour la navigation la prise d’information frontale est cruciale pour naviguer en ligne droite. Quand on lève la tête on subit une perte d’horizontalité : par effet de levier les jambes coulent en même temps que la tête se lève. On a alors tendance à battre d’avantage des pieds pour compenser, et cela coûte plus d’énergie. Pour limiter cet effet il faut essayer de lever seulement un peu la tête, juste en ayant de l’eau au niveau du nez. La prise d’info sur son partenaire est un aspect unique du swimrun. Pour le nageur de tête je recommande de regarder son partenaire au moins tous les 10 mouvements de bras, idéalement en regardant sous l’épaule.

Que penses-tu de l’utilisation quasi systématique des plaquettes en swimrun ?

whatsapp-image-2016-12-15-at-6-54-36-amJ’ai un avis partagé. Elles sont utiles si on en fait un usage intelligent, mais peuvent aussi être néfastes. Les binômes sont souvent de niveau différents, et alors il est intéressant pour le/ la plus lente d’utiliser les plaquettes pour augmenter ses appuis et se rapprocher du niveau de son partenaire. Par contre tirer son partenaire toute une course avec des plaquettes me semble aberrant. Personne ne peut vraiment tenir 10km en tirant fort sur des plaquettes, donc on utilise beaucoup d’énergie, on risque des blessures et on a tendance à détériorer sa technique. La perte d’énergie est globale, pas seulement limitée à l’utilisation des bras. La fatigue accumulée en natation va impacter aussi la course à pied. Je vois les plaquettes plutôt comme un support en fin de course pour retrouver des sensations de glisse qui vont aussi aider au plan psychologique. En ce qui concerne la taille des plaquettes, il vaut mieux éviter les ‘planches’ qui vont entraîner une dégradation de la technique.

Les swimrunners ont des passés sportifs divers, et certains ont une expérience limitée en natation. Quel serait ton conseil pour ces derniers ?

Pour le débutant, le mieux est de passer par des cours avec un bon Moniteur de Natation. Une dizaine de séances va aider à éviter les plus grosses fautes techniques et faciliter la progression.

En eau libre il faut nager droit, sans l’aide des lignes d’eau, donc on doit pouvoir regarder à droite, à gauche, devant et derrière. Si la mer est agitée on veut pouvoir respirer du côté opposé aux vagues ; il faut donc  être capable de respirer bilatéralement. Il faut aussi lire le roadbook avant la course afin de savoir où on veut aller pour avoir une trajectoire la plus rectiligne possible.

whatsapp-image-2016-12-14-at-6-31-28-pmJe conseil de multiplier les courses, pas seulement de swimrun mais aussi de natation en eau libre. Les sports d’endurance favorisent l’expérience et donc il faut accumuler cette expérience en course.

Il ne faut pas oublier les enchaînements. Le passage de position horizontale à verticale va entraîner des changements de flux sanguins. Il  faut donc s’y habituer, mais aussi prendre le temps pour laisser au corps s’adapter. Inversement lors du début des sections de natation il faut partir doucement, ce n’est pas un sprint ! Je conseil de partir dans sa zone de confort aérobie, environ 50 à 70% de sa vitesse maximale.

La saison de swimrun commence au plus tôt en Mars-Avril. La plupart des coureurs ne peuvent pas nager en eau vive en hiver. Comment doit-on se préparer en piscine ?

whatsapp-image-2016-12-14-at-6-34-45-pm-1Disons que l’on est trois mois avant une course. Effectivement pour la plupart des gens cela veut dire nager en piscine. Il faut faire au minimum trois séances par semaine. Avant de commencer il faut souligner que ce ne sont que des séances types, il faut toujours adapter les séances à ses capacités. Il n’existe pas de programme tout fait qui convienne à tout le monde !

Séance longue : environ 3,5km, basée sur de longues séries. Après un échauffement, sans matériel, faire des séries de type 5x400m avec 30 secondes de récupération, dans la zone de confort qu’on va adopter en course.

Séance spécifique eau libre : on fait des éducatifs, prises de repères devant et derrière, respiration bilatérale, des changements de rythme avec par exemple de 5  à 10 fois 100m, 50m facile, 50m rapide. Cela peut se faire avec pull buoy et élastique aux chevilles.

Séance équipée : Le but est de nager dans des conditions les plus proches possible des conditions de course. Bien sûr on ne peut pas mettre les chaussures en piscine, mais on peut simuler leur port en mettant des poids de 100 – 200 grammes aux chevilles. Si possible utiliser sa combinaison qui provoque un changement d’équilibre horizontal. On fait varier les séries avec par exemple des séries courtes de 50m, des pyramides type 100, 150, 200, 150, 100, etc.

Y-a-t-il quelque chose que tu voudrais ajouter ?

lm3a4102_30498423994_oLe sport est jeune qui évolue vite, et il ne faut pas hésiter à échanger, comme par exemple sur votre forum. C’est aussi un sport d’expérience qui s’acquière de plusieurs manières. Les discussions et conseils, la multiplication des courses qu’on a évoqué auparavant, mais aussi des stages en se concentrant sur le point faible. Pour la natation par exemples des stages de 3 jours ou une semaine en eau libre peuvent complètement changer la perception qu’on a du milieu.  La mer en particulier peut provoquer des appréhensions, et on peut y travailler pour franchir des barrières. L’analyse de la technique sur vidéo est aussi un outil très utile : c’est important de se voir nager.

Merci Loïc pour tes conseils avisés. Il ne reste plus qu’à les appliquer  !

Crédit photos Alex Bermond, Laetitia Branda & Swimrun France