Comment choisir sa chaussure de swimrun?

Parmi les équipements essentiels au swimrun, la chaussure a un rôle prépondérant. C’est notre point de contact avec le sol, c’est ce sur quoi on passe le plus de temps et qui subit le plus de chocs. Il est donc important de choisir la chaussure idéale pour vos entraînements et votre prochaine course. La réponse est en fait assez simple : il n’y en a pas. Si vous chercher un avis péremptoire style gourou vous indiquant quelle est LA meilleure chaussure du moment, vous pouvez gagner du temps : arrêtez de lire cet article et aller voir les magazines payés par la marque x ou y pour vanter leur produit.

Si vous êtes encore en train de lire, alors nous allons essayer de définir une méthode pour s’y retrouver dans la jungle du marché de la chaussure de course à pied et leur utilisation en swimrun.

23368732555_2498015d72_z.jpgLe premier critère : votre foulée

Il faut que vos chaussures conviennent à votre foulée, à votre technique de course. C’est de loin le point le plus important. Par exemple si vous atterrissez sur le talon, alors il ne faut pas croire qu’une chaussure minimaliste sans amortie va vous convenir. Au contraire, vous risquez la blessure. Il ne sert à rien de regarder ce que tel champion ou copain (les deux ne sont pas incompatibles !) utilise si votre technique de course est complétement différente de celle de votre héros. On peut bien sûr changer sa foulée, mais c’est un autre débat et une approche à plus long terme que nous aborderons une autre fois. Donc analysez votre gestuelle actuelle (pas celle dont vous rêvez) et éliminez les chaussures incompatibles avec votre foulée. Autre point qui peut parfois avoir son importance : votre gabarit. Tout le monde ne pèse pas 40kg … tout mouillé ;). Prenez-en compte lors du choix de votre chaussure. A noter que les fabricants font des progrès sur l’amorti et la stabilité avec par exemple l’introduction des mousses TPU (polyuréthane thermoplastique). En résumé, le confort, l’efficacité du geste et la prévention des blessures sont bien plus importants que la mode. Basez-vous sur le type de chaussures qui vous conviennent en course à pied classique avant de passer aux autres critères.

22606934906_a5d391a69f_z.jpgDeuxième critère, la morphologie de votre pied

Il y a de plus en plus de recherches montrant comment la forme d’une chaussure peut déformer à la longue un pied qui est une structure complexe et dynamique. Le pied bouge à chaque foulée, mais aussi au cours de la journée et des ans. Comme Cendrillon, il est préférable de trouver une chaussure adaptée à la forme de votre pied (prince charmant non garanti !). Certains ont les pieds larges, d’autres étroits. Certains ont un coup de pied accentué, d’autres non. Donc quand on lit un commentaire du style « le chaussant est meilleure », cela ne veut rien dire dans l’absolu : tout dépend de la forme du pied, et il n’y a pas de formule miracle. Les fabricants utilisent généralement des moules correspondant leur perception du pied ‘typique’ et en changent relativement peu. Si vous avez trouvé une marque dont le chaussant vous convient, recherchez une paire dans cette marque ou dans une marque qui adopte un chaussant similaire. Avec l’arrivée des chaussures minimalistes, la tendance est un élargissement de la ‘toe box’, littéralement la boîte à orteils. Cela a beaucoup d’avantages, mais pour les pieds étroits vous risquez de manquer de contrôle sur la partie avant de la chaussure. Ceci est néfaste pour l’assurance, en particulier dans les terrains accidentés. Un petit commentaire pour les semelles orthopédiques: si vous en portez, pensez bien sûr à vérifier que les chaussures qui vous intéressent sont compatibles.

27755749941_0577bb3d09_z.jpgTroisième critère, la semelle

On a tous en tête les images mythiques des swimrunners à l’Ötillö s’entraidant pour sortir de l’eau sur des rochers hyper glissants. C’est ce qui pousse beaucoup à penser que le grip sur rochers lisses est le critère le plus important pour une chaussure de swimrun. En fait, si on analyse les courses, on s’aperçoit que même à l’Ötillö ces rochers hyper glissants représentent une toute petite partie de la course. Quelques pourcents à peine. Combien pensent aux 19 km assez plats en majorité sur rochers granitiques et routes goudronnées ? En réalité, et ce dans toutes les courses, on passe le plus clair de son temps à courir sur des terrains variés, et un pourcentage extrêmement faible à entrer et sortir de l’eau. De plus, afin de préserver la faune, la flore et le biotope du littoral et pour la sécurité des coureurs la plupart des courses doivent utiliser des accès déjà fréquentés comme des plages et pontons qui sont techniquement aisées.

30293763752_238828fd45_z.jpgDonc pour choisir la chaussure idéale il faut aussi et surtout porter son attention sur les surfaces sur lesquelles on va courir. Simple, non ? Presque. Le swimrun se déroule généralement sur des terrains variés. Il est très rare de faire une course entièrement sur la même surface. Généralement il y a une majorité de trail plus ou moins technique et plus ou moins mous ou rocailleux, des chemins, des routes, des plages, parfois des rochers en bord de mer, des près, des sentiers en forêt, etc. Clairement, il n’y pas une semelle unique qui puisse être idéale pour toutes ces conditions. On doit forcément faire des choix, des compromis. Si c’est possible, il faut analyser le type de terrain sur lequel on va évoluer, et trouver le bon compromis. Malheureusement tout le monde ne peut pas avoir 10 paires de chaussures pour tous les terrains, ni changer en course. Pour choisir une chaussure polyvalente qui convienne à l’entraînement et à plusieurs compétitions, il faut rechercher une gomme qui permette suffisamment de grip, mais avec des crampons pas trop durs ou trop gros pour permettre la course sur route ou surface lisse et dure. Tout cela bien sûr à moduler en fonction de vos terrains de jeu.


33094248836_5e1ec378ab_z.jpgQuatrième critère : aisance en natation
.

Presque tout le monde nage avec ses chaussures en swimrun (c’est obligatoire sur certaines courses pour éviter les coupures aux pieds). Cependant les chaussures ont trois défauts pour la natation : elles augmentent le volume du pied et sont ‘rugueuses, augmentant ainsi la résistance à l’avancement, elles limitent l’amplitude de la flexion plantaire, ce qui accroît aussi la traînée hydrodynamique. Gorgées d’eau, elles alourdissent le pied qui a tendance de ce fait à couler, accroissant encore plus la traînée.

22713782974_c44ddbe3ac_z.jpgLes chaussures ne sont donc pas hydrodynamiques et la chaussure idéale doit limiter ces défauts.  On va donc chercher une chaussure qui remonte peu sur le tendon d’Achille, moulante autour du pied pour limiter le volume (attention aux semelles très larges), lisses sur le dessus, et avec le moins possible de mousse surtout sur la tige. Cela correspond souvent aux chaussures minimalistes, mais elles ne conviennent pas à tout le monde. Un petit mot sur les lacets : ils augmentent la traînée et si un caillou se glisse dans votre chaussure ils sont difficiles à faire et défaire avec les doigts froids. Les lacets autobloquants ou élastiques peuvent faire gagner du temps. Autre point à vérifier : la tige et languette visent à procurer un confort en épousant la forme du pied. Dans certaines chaussures elles sont faites de mousse assez épaisse qui retient trop d’eau et trop longtemps (voir drainage plus bas), ce qui est à éviter.


32979420832_1ceb599e10_z.jpgCinquième critère, le drainage

Lorsqu’on passe de la natation à la course à pied on cherche à évacuer l’eau le plus vite possible pour réduire le poids et limiter l’exposition du pied à l’eau.  De surcroit l’eau assouplit la peau augmentant ainsi les risques d’ampoules, mais aussi refroidit les pieds. Faire des trous dans les chaussures pour faciliter le drainage fait partie du folklore (récent) du swimrun. En réalité, cela dépend des chaussures. La plupart des chaussures de trail drainent rapidement l’essentiel de l’eau et il n’est nul besoin de faire des trous. Sauf si elles ont un rebord étanche tout autour pour justement empêcher les petites entrées d’eaux et/ou protéger des chocs. Dans ce cas, effectivement on peut ajouter des trous sur le côté. Par contre les trous dans la semelle risquent toujours de laisser passer une branche ou un clou, donc attention à cette option. Un petit commentaire sur les chaussures goretex : elles fonctionnent bien si vous courez sur des terrains un peu humides. Par contre, après avoir été complétement immergées en natation, l’eau qui est entrée ne peut plus sortir. Donc pas de goretex en swimrun.

23260420152_3355fc6c72_z.jpg7, le poids

Doit-on rechercher la chaussure la plus légère ? Oui car tout poids lacé aux extrémités d’un segment pendulaire diminue l’efficacité du mouvement, mais attention : cela ne doit pas être au détriment des autres critères listés auparavant, en particulier les deux premiers.

29850586710_03714d28b2_z.jpg6, le choix de taille

Il faut faire attention à bien choisir la taille de la chaussure, mais ceci n’influence normalement pas le choix du type de chaussure. Vous connaissez sûrement la taille que vous utilisez en chaussure de course, en particulier en prenant une taille plus grande que vos chaussures de ville pour compenser le gonflement du pied lors de l’effort. Cependant n’oubliez pas qu’en nageant en eau relativement froide (la température de l’eau est presque toujours plus basse que la température de l’air) votre pied va avoir moins tendance à gonfler que pour une course à pied classique. De plus, les sections de course à pied sont relativement courtes, ce qui limite les gonflements. Enfin, le passage en position horizontale associé au port d’une combinaison va avoir tendance à favoriser le retour veineux et limiter encore les effets de gonflement des pieds. Donc il n’est pas toujours nécessaire de suivre le conseil classique en course à pied de prendre une chaussure de taille supérieure.

Par contre, pensez au type de chaussettes que vous utiliserez : pieds nus, chaussettes fines ou chaussettes en néoprène. Ces dernières sont toujours plus épaisses que des chaussettes classiques, alors il faut en tenir compte pour choisir la taille de vos chaussures. Notons que les intérieurs thermosoudé – collé et mèche cousus rendent la course pied nus dans les chaussures plus confortable, ce qui facilite l’option d’enlever les chaussures pendant les sections de natation. Pour cette dernière option, préférer des chaussures extrêmement souples afin de les glisser plus facilement dans la combinaison.

Picture1.jpgCritères 8 & 9, prix et couleurs

Principe de réalité et préoccupations essentielles pour certains, accessoire pour d’autres. Encore une fois, il n’y a pas de réponse unique ! Notons cependant qu’une paire de chaussure avec des couleurs fluo peut permettre au partenaire qui suit en natation de mieux repérer son binôme dans l’eau.

Entretien

Un petit mot sur l’entretien des chaussures : il est préférable de les rincer et les sécher après une sortie en eau de mer pour éliminer le sel, et après une sortie en eau douce pour éliminer les micro-organismes. Il vaut mieux les nettoyer à la main car les machine à laver qui peut favoriser les décollements (eau trop chaude) et abîmer le mesh. En plus, vous risquer d’encrasser votre machine. Petit truc classique pour faire sécher les chaussures, les bourrer de papier journal (à remplacer une fois mouillé), puis retirer le papier pour laisser les chaussures respirer.

Conclusion
En conclusion, la paire de chaussure de swimrun idéale n’existe pas, et n’existera jamais en raison des facteurs mutuellement incompatibles. Par contre les fabricants doivent prendre en compte les contraintes pour proposer des modèles plus adaptés au swimrun. En ce moment il n’y a vraiment que deux marques proposant un modèle développé spécifiquement pour le swimrun, mais d’autres sont en préparation. En attendant, il faut faire des choix, des compromis, et j’espère que ces quelques conseils vous aideront dans vos choix. À la prochaine course !

Comment choisir sa chaussure de swimrun ?

  1. Connaître sa foulée et éliminer ce qui ne convient pas
  2. Identifier la forme de son pied
  3. Sur quel terrain vais-je courir ?
  4. Natation : est-il facile de nager avec ces chaussures ?
  5. Drainage : évacuation rapide ?
  6. Poids
  7. Taille pour le swimrun
  8. Prix, couleur …
François-Xavier Li est enseignant-chercheur en sciences du sport, spécialisé  dans l’optimisation de la performance. Une partie de sa recherche porte sur l’analyse en 3 dimensions de la foulée. Il a aussi été consultant en biomécanique pour l’équipe Jamaïcaine d’athlétisme et pour de multiples triathlètes professionnels.

Photos © SwimrunFrance/Akuna Matata

2 réflexions au sujet de « Comment choisir sa chaussure de swimrun? »

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