Le triple jour du Raid Ultra Swimrun Provence

Raid USR triple (Ultra SwimRun) : Objectif 200 km en 3 jours !

USR acronyme de Ultra SwimRun, un concept de swimrun au long cours que Thomas et Frédéric applique depuis quelques années débarque en Provence. À l’aide des communautés de swimrun locales, les compères enfilent les heures et distances XXL sur plusieurs jours au plus près des plus beaux endroits de la côte.

Le concept

  • En quasi-autonomie : Sans assistance, Ravito sur nous, des € pour manger au resto/superette et dormir à l’hôtel, strict minimum dans un gilet d’ultra trail avec sac étanche.
  • En mode léger et rapide (Première mondiale)
  • Et sans tirer droit : Par le bord de mer tant que ça passe…
  • 2020 : De Marseille à Cavalaire
  • Accessible par les trains, avec de la civilisation sur 75% du parcours pour tester/se ravitailler/dormir.
  • Parcours : La Corniche, Pointe rouge, les Goudes, les calanques (!), Cassis, La Ciotat, Bandol, Sanary, Six-Fours, Les Sablettes, Toulon, Le Pradet, Carqueiranne, Giens, la Londe, Brégançon, cap Bénat, Le Lavandou, Cavalaire.
  • Accompagnants swimrunners bienvenus !
  • projet initial : https://www.facebook.com/events/s/usr-triple-/570075326886020/?

Résultat: De Marseille Vieux-Port à La Londe des Maures en Swimrun. 150km dont 12km de nage en 3 jours (~30h), ~4000+

Swimrun France : Hello Fred, Thomas vous êtes revenus dans le sud, du coté de Marseille cet été, pour un nouveau projet ambitieux USR (Ultra Swimrun). Avant de détailler ce périple provençal, pourrais-tu nous rappeler ton expérience dans le sport d’endurance, dans le swimrun puis enfin l’ultra swimrun ?

Frédéric et Thomas, habitués de l’ultra swimrun

Frédéric Stoven : J’ai toujours pratiqué beaucoup de sports différents, dont le triathlon dès 1992 (ça ne me rajeunit pas !) jusqu’à découvrir le Swimrun en participant au Troll Enez 2015, c’était le 1er ou le 2ème swimrun organisé en France [NDLR, voir l’article le début du swimrun en France]. J’ai tout de suite été conquis par cette discipline tout en dualité et partage car ça se pratique à 2, dans 2 éléments (eau/air, chaud/froid), en alternant les 2 parties du corps (bras/jambes)…
Bref, c’est 2x plus fun ! Avec mon cousin/binôme Guillaume, on avait envie de faire du long. Nous étions probablement l’un des 1ers binômes à enchaîner 2 swimruns longs samedi et dimanche, à l’instar en 2017 de la gravity race Salagou et du swimrunman Verdon sans faire de la figuration (~8èmes à chaque fois).
En 2018, Greg Petitjean, l’organisateur du swimrun cote d’azur et de l’USR06 nous a très sympathiquement accueilli et entrainé sur son parcours un peu fou de 100km en swimrun de Théoule à Menton, avec son équipe de joyeux acharnés.

Je me suis rendu compte que faire 100km en swimrun m’était plus accessible et surtout plus agréable que de faire 100km en trail. L’année suivante, en 2019, toujours en OFF, j’ai donc organisé l’USR25 (100km de Morteau à Ste-Ursanne), puis cet été, l’USR74 (100km de Montreux à Genève).
Au-delà de la performance sportive, on retient surtout la découverte de superbes parcours et tous les instants de partage entre athlètes et accompagnateurs.

Thomas Linder : Depuis que j’ai 8 ans je suis licencié dans un club de vélo (VCS Altkirch) j’ai donc toujours fait du sport. Il y a 4 ans je me suis mis à courir et nager. Progressivement je suis donc arrivé au triathlon et j’ai effectué mon 1er triathlon il y a 3 ans. J’ai vraiment adoré. Ensuite c’est par le biais de Fred que j’ai découvert le SwimRun.
Le déclic pour moi a eu lieu lors de l’USR25, 100km en SwimRun en 1 jour le long du Doubs. Le lendemain j’étais certes fatigué, mais je n’avais pas de douleurs particulières… Quand Fred m’a proposé de réaliser ce périple de 3 jours avec lui je me suis dit pourquoi pas !

Les valeurs de l’USR

SRF : Le parcours initial à accomplir en trois jours allait de Marseille (vieux port) à Cavalaire (200km). Dans quel esprit abordes-tu ce raid ? Comment t’es-tu organisé pour constituer une équipe suffisamment solide pour ce défi d’ultra endurance ?

FS/TL : On avait envie de faire durer le plaisir, sur plusieurs jours, sans solliciter du monde pour nous assister sur le parcours, sur un rythme moyen de 5 à 7km/h, donc plutôt sportif et le plus possible par la Côte, en mode découverte. À plusieurs, 5 maximum afin d’éviter l’inertie d’un trop gros groupe.
En termes de « valeurs », ça serait en conséquence : Plaisir, Défi, Aventure, Autonomie, Partage.
J’en ai parlé aux finishers de l’USR25 et USR06 : Guillaume et Thomas ont tout de suite dit « Banco ! ». La proximité des gares, des hôtels et les sirènes des Calanques et du Var nous ont fait choisir d’aller de Marseille vers l’Est.

Les communautés de swimrun mises à contribution

SRF : Tu comptais, dans ce projet, t’appuyer sur les communautés de swimrunners des régions traversées pour préparer ou te guider autant que possible sur le tracé ? Comment as-tu trouvé leur accueil sur les réseaux sociaux, sur place ?

FS/TL : Au départ, on cherchait des traces gpx de swimrunners pour éviter de galèrer sur place. Nous avons été très surpris de l’accueil chaleureux et aidant de Swimrun France et des groupes locaux. Xavier Gaillard, par exemple, qu’on n’a jamais rencontré (!) nous a fait une super trace de La Ciotat à Toulon, on a bien senti qu’il connaissait chaque entrée et sortie d’eau ! 

Pour les calanques de Marseille, Jean-Marie s’est finalement proposé de nous guider avec une superbe équipe, c’était top ! Et merci aussi à Fred Huet avec qui on a fait tout le 1er jour, jusqu’au resto du soir. À Julien Hernandez qui nous accompagné le 2ème jour, sans qui on n’aurait pas trouvé la sortie d’eau derrière Notre Dame du Mai ! Nous n’avions pas forcément prévu cela mais nous avons eu la chance d’être super bien accompagnés !
Et finalement, c’est peut-être ce que nous avons préféré. C’était moins joyeux le 3ème jour lorsque nous n’étions plus que deux.

L’impact du Covid-19

SRF : Une fois les grandes lignes fixées, date, distances, équipage, il a fallu aussi géré la période de Covid-19, dans quelle mesure avez-vous été impacté ?

FS/TL : On avait prévu de vivre notre « délire » sportif pendant le pont de l’Ascension mais le confinement a duré et nous a obligé à changer de date. Thomas et moi vivant à la campagne, nous continuons à nous entrainer. Par contre Guillaume a dû jeter l’éponge car il n’a pas pu se préparer comme il faut.
Bon, on n’a pas beaucoup nagé avant, mais c’est passé car on était bien longé derrière les torpilles Fred Huet, Cédric Fleureton, Julien Hernandez. 
C’est clair que la Covid nous a bien perturbé : Dates, congés et billets de train à changer, hôtel changé la veille du départ car il ne faisait plus consigne à bagages, rajout du masque dans notre sac minimaliste…
Un avantage de la Covid (eh oui, il y en a !), c’est que nous n’avions pas besoin de réserver les hôtels très à l’avance car il y avait peu d’affluence. Bien utile dans notre cas car clairement on ne savait pas avant le début d’après-midi où on s’arrêterait le soir.
Au final, nous étions très heureux de pouvoir vivre cette aventure de manière assez libre alors que toutes les autres manifestations sportives étaient annulées.

L’hôtelier de Marseille faisait en effet une drôle de tête quand on a rendu notre clef à 4h45 habillés en tortue-ninja

SRF : Le choix de partir en mode minimaliste sur plusieurs jours vous imposait de vous ravitailler avec les locaux et trouver un hôtel le soir. Pourriez-vous nous dire quel type d’équipement vous aviez, quel poids total ? Comment faisiez-vous la nuit sans votre pyjama à l’hôtel ?

FS/TL : Nous avions l’équipement classique du swimrunner avec en plus notre « maison » sur nous :
Un sac d’ultra-trail de 15 litres avec un sac étanche pour garder notre « tenue de ville » au sec, une brosse à dent (coupée en 2 ), un couteau suisse, des compeed, du ravito et un camelback pouvant contenir 2l, soit ~5/6kg à trimballer tout le temps.

L’hôtelier de Marseille faisait en effet une drôle de tête quand on a rendu notre clef à 4h45 habillés en tortue-ninja. C’est vrai qu’à notre arrivée à l’hôtel le soir, nous déposions un peu d’eau de mer sur le sol. Nous devions avoir de drôles d’allures. Autrement dormir à l’hôtel, manger au restaurant était un luxe bien appréciable. Nous aurions eu du mal à repartir chaque matin à 5h00 sans le confort de la douche et du lit. On faisait attention de se ravitailler suffisamment dans les supérettes et les fontaines avant d’attaquer une portion sauvage.

Le 20 juin, le jour le plus long

SRF : 20 juin, presque le jour le plus long, vos partez du vieux port (où vous étiez logés) avec le marseillais Fred Huet, direction Saint Cyr sur mer dans le Var à rejoindre le soir. Vous serez rejoints en chemin par les swimrungoats. Comment s’est déroulée cette 1ère journée ?

Arrivés à Cassis nous avons pris un super ravito et nous sommes reparti pour… un aller/retour !

TL : Difficile de résumer une journée comme celle-ci en quelques lignes… C’était une journée parfaite, on a démarré à 5h du matin du Vieux Port, on avait 20km pour s’échauffer avant d’attaquer le gros morceau de la journée, à savoir la traversée des Calanques. Nous avons été super bien accueilli et guidé par toute l’équipe (Frédéric, Jean Marie, Ludovic, Cédric, Auriane, Marine et Albane). Nous avons quand même été surpris par la technicité du terrain (il y avait un peu de gaz), mais on se sentait vraiment privilégié d’évoluer dans un site comme les Calanques. Les paysages étaient juste magnifiques. Arrivés à Cassis nous avons pris un super ravito et nous sommes reparti pour… un aller/retour !

En fait, nous nous sommes trompés de chemin. Nous avons continué dans la mauvaise direction pendant 2 heures… Mais bon cela fait partie des aléas. Aujourd’hui on en rigole.

FS : Thomas a très bien résumé, quelques souvenirs en vrac : La 1 ère nage au Prophète dans la mer démontée et dans l’obscurité nous a bien mis dans le bain, courir et nager au côté de la légende vivante Cédric Fleureton reste un grand souvenir. Les escalades dans les Calanques pour avoir une ligne la plus directe possible, des images magnifiques plein la tête et surtout les rencontres du jour avec de supers sportifs.

Les toulonnais prennent le relais

SRF : Le lendemain, accompagné de Julien Hernandez et Xavier Gaillard de la communauté toulonnaise, vous allez rallier Toulon. Comment s’est déroulée cette seconde journée ?

FS/TL : Départ 5h30, un peu rouillés mais heureux, le sentier des Vignes nous a bien remotivé, Julien est venu à notre rencontre entre Sanary et Bandol. Il nous a ravitaillé et surtout accompagné jusqu’à Toulon en passant par Notre Dame du Mai et sa vue à 360°. Le parcours côtier de ces deux 1ers jours du Vieux-Port de Marseille jusqu’aux Sablettes est vraiment superbe.

SRF : Dernier jour, Départ du Mourillon en direction de la Londe les Maures, la fin du périple, comment s’est déroulée cette troisième journée ?

FS/TL : La journée la plus éprouvante même si on a réussi à partir à 5h00 : Nous n’avions pas d’accompagnement ce jour-là, on a donc galèré un peu pour trouver notre chemin. Par exemple, nous avons dû escalader 3 grilles/portails pour rentrer ou sortir de l’eau ! Il faisait chaud aussi (~28°), surtout sur les portions bitumées entre Carqueiranne et Les Salins. À 15h (après 10h de crapahutage), nous avons préféré stopper notre périple à la Londe-les-Maures. Le tour du Cap Bénat qui s’annonçait, surement superbe, était un trop gros morceau. Et puis, il fallait rentrer à Marseille en transport en commun.

Bilan de l’USR

SRF : Au final, 150 km, 4000+, 30h sacré trip ! À quel moment avez-vous réalisé que Cavalaire était trop loin ? Quels enseignements tirez-vous des territoires traversés, et sur vous-mêmes ?

10h/jour de Swimrun pendant 3 jours, ça passe mais plus ça va, plus c’est dur.

FS / TL : A l’origine du projet, on avait en tête d’avancer assez vite (« faire des km »), ce qui implique aussi d’éviter les difficultés de terrain ou le D+. Ça aurait été bien dommage, dans les faits, nous avons tout de suite pris notre pied à rester autant que possible au plus proche de la mer. De surcroit, c’était fabuleux de parcourir toute la Côte ainsi, sans rebrousser chemin, avec les pieds ou tout entier dans l’eau et même si c’est très accidenté parfois. Nous pensions connaître certaines portions et en réalité non ! On en a pris plein les yeux ! 10h/jour de Swimrun pendant 3 jours, ça passe mais plus ça va, plus c’est dur.

Peut-être faut-il faire 7 à 8h max par jour et s’arrêter pour profiter du coin après le bon resto de 13h ? Et pourquoi pas faire 5 jours dans ce cas ?  Physiquement et mentalement, ça s’est plutôt bien passé, dans le plaisir comme prévu. On retiendra des superbes rencontres et des paysages magnifiques.

Ce concept de « swimrun-tourisme » est génial à vivre sur presque toutes les côtes un peu escarpées et accessibles. Pour autant qu’on ait une trace bien éprouvée ou de gentils accompagnants. Nous recommencerons en Bretagne, en Ligurie, Costa Brava, il n’y a pas vraiment de limites avec le Swimrun et moins encore avec l’USR en quasi-autonomie…

Le top du top serait de parcourir la Côte ouest de la Corse en USR, accompagnés par des masseuses sur un voilier ! 

La suite de l’USR en 2021

SRF : Avez vous d’autres projets en vue pour 2021, dans d’autres régions ?

TL : Terminer celui-là : De La Londe-des-Maures à St Tropez en 2 jours, on fera ça les 3 et 4 avril 2021 (week-end de Pâques), accompagnants bienvenus ! @claire degardin

FS : Et le 13 mai 2021, jeudi de l’Ascension, on aimerait faire l’USR13 ou « Ultra SwimRun des Calanques », de Cassis à Carro ! Autrement-dit, les Calanques de Marseille puis la Côte Bleue en 1 journée. C’est assez ambitieux compte-tenu du D+ (~4000 !), Ça ferait 2x~40km, on s’avancera en bus
ou voiture au milieu pour aller à l’Estaque, en fonction de notre heure d’arrivée à Callelongue. Nous devrons être en quasi-autonomie aussi car le parcours est peu accessible par les ravitailleurs. Et comme c’est un week-end de 4 jours, on s’est dit avec Greg Petitjean et d’autres, qu’on pourrait faire l’USR06 (ou les 75 premiers km) aussi le samedi 15 mai ! On verra bien… 

SRF : merci de votre temps

FS/TL : Un grand merci à toi Jean-Marie car ce fut très plaisant de se remémorer tout cela.

Le projet USR TRIP’LE sur facebook