SwimRun Côte d’Azur 2018

« Il faut se fixer des buts avant de pouvoir les atteindre. »
Michael Jordan, est l’auteur de cette citation, mais elle aurait tout à fait pu être prononcée par Dominique LE BIHAN (« Dom » pour ceux qui la connaissent), ma partenaire du jour lors du Swimrun PACA.

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En dépit d’une belle carrière de judoka durant son adolescence et des études en STAPS réussies, Dom a par la suite privilégié sa vie de famille, en pratiquant modestement et de façon irrégulière le trail. Il y a un an, elle découvrait sur Carantec, un groupe de déjantés qui nageait en chaussures et courait en combinaison de triathlon étrange. Sans le savoir, elle venait d’attraper le virus du Swimrun. Elle ne savait pas encore que l’année 2018 allait l’amener à relever des défis qu’elle n’aurait pas imaginés possible en 2017.
Après des expériences diverses et variées aux Swimrun de Fouesnant, Plougonvelin, la Transfinistère Nord et Crozon, un nouveau défi avait été lancé en septembre pour relever le dernier challenge de l’année : le swimrun PACA. Une distance de 41 km dont 8 km de natation, elle qui n’osait pas tenter un trail de plus de 8 km un an plus tôt !

Agissez comme s’il était impossible d’échouer

En compagnie de Carine, Jean-Marc, Vincent, Maëla (et Pierre-Alexandre qui nous a rejoint plus tard), nous sommes arrivés sur Beaulieu dans des conditions météorologiques dantesques. Au départ de Beaulieu, nous avons rapidement compris que la course allait être rapide avec un parcours très bitumé et semi-urbain. Tant mieux, cela nous changera de nos parcours de trails habituels et nous permettra de voir autre chose !
Comme prévu, nous nous levons à 4h50 pour nous rendre à temps sur le site de la course et prendre la navette nous permettant de prendre le départ. Et là quelle surprise … Des arrêtés préfectoraux et municipaux amputent la course de 11 km sur deux zones et retardent le départ à 9h00. Retour à l’hôtel pour tenter de tomber à nouveau dans les bras de Morphée… sans succès. Nous pensons à notre objectif : Etre finishers et, si possible, ne pas finir derniers. «Agissez comme s’il était impossible d’échouer » disait Churchill ou… Dom. Je ne sais plus… Autant dire que j’aborde la course en toute confiance.

Dom et moi sommes ensemble, à la différence de nombreux binômes éclatés

Le départ est bien pris en même temps que les concurrents engagés sur le « M ». Nous prenons, en conséquence, un départ prudent… « C’est à la fin du marché qu’on compte les bouses ». Dès la première section course, nous mettons la longe, comme nous l’avions testée avec succès une semaine plus tôt sur Santec. Lors de la première section nat, nous découvrons avec délectation une température de l’eau estivale … pour nous bretons.
La mer est démontée et joue avec les corps flottants qui tentent de se rebeller contre l’élément pour rejoindre le littoral. La mer nous accueille avec des millions d’algues qui réduisent la visibilité au néant. Nous sortons de l’eau dans le premiers tiers du « troupeau » arborant des bonnets rouges (M) et bleus (L). Dom et moi sommes ensemble, à la différence de nombreux binômes éclatés.

Pas de panique, elles sont probablement inoffensives !

Plusieurs centaines de mètres après notre sortie de l’eau, Carine et Vincent nous rattrapent : nous ne les reverrons plus avant l’arrivée mais c’est déjà une première victoire ! De nombreuses équipes nous dépassent sur la deuxième section de CAP. En revanche, nous grattons des places lors de chaque section de nage. Nous jouons ainsi au yoyo de la sorte jusqu’à l’ascension du Mont Boron. Nous sommes performants sur les phases de transition, Dom est en super forme et se sent bien : elle se permet de plaisanter avec moi et d’autres binômes. Je me permets de lui dire de garder son énergie… « Focus !»
Elle court vraiment très bien et je suis assez bluffé par sa capacité à maintenir la cadence. Je la savais très endurante mais je ne la pensais pas capable de tenir ce rythme aussi longtemps. Lors d’une des sections de nat, nous sautons ensemble dans l’eau. L’eau est un peu plus clair, ou du moins suffisamment pour distinguer… des méduses. « Pas de panique, elles sont probablement inoffensives ! ». Mais très rapidement, je m’arrête, une douleur inondant mon creux poplité. Je m’arrête net, un peu surpris. Ces « piqueurs-mauves » sont aussi majestueuses que leurs piqûres sont douloureuses. Heureusement, Dom réussira à en échapper.

Lors d’un ravitaillement, on prend le temps de prendre quelques fruits secs et carreaux de chocolat. J’encourage Dom, et une bénévole attentive reprend de plus belle son nom, pour la pousser dans son effort. Ma partenaire du jour est surprise et croit reconnaitre, à tort, une connaissance sur le circuit.
Avec leurs chauds coloris, orangers, citronniers, et autres mimosas offrent au parcours un décor végétal qui ferait pâlir bien des jardins de plantes.
Nous croisons et encourageons Maëla et Pierre-Alexandre qui sont sur le chemin du retour à Villefranche sur mer, puis, quelques centaines mètres plus loin nous dépassons Patrick et son binôme avec stupéfaction au niveau du débarcadère. Dernière section nage avant de défier la tour du Mont Boron : je cherche à rattraper deux binômes situés devant nous, mais les courants sont contraires et Dom se déporte pour m’inviter à jouer avec les vagues en les contournant. Stratégie gagnante puisque nous arrivons à la plage avant les deux équipes concurrentes. En fait ce ne sont pas des concurrents puisqu’ils sont engagés sur le M. Le nombre d’équipes engagées sur le L est faible (seulement 28) et nous ne savons pas vraiment quelle est notre place.

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Nous sommes à 3h20 de course et Dom commence à montrer quelques signes de fatigue. Ou plus exactement ses genoux et sa cheville, qui étaient douloureux avant même le départ de la course. Nous réduisons notre cadence et nous enlevons la longe qui nous relie depuis 9h00 ce matin. La gendarmerie bloque la circulation pour nous permettre de traverser la route et d’attaquer le mûr qui nous face : le mont Boron. Nous marchons pour la première fois. Je prends le temps de partager des barres énergétiques pour éviter le risque d’hypoglycémie. Le vert du mont Boron contraste vivement avec le dense tissu urbain de la ville de Nice qui déploie ses tentacules de collines en vallons. La proximité de la grande métropole n’atténue pas pourtant le caractère sauvage du circuit, car la côte dentelée comme le parc forestier transportent le visiteur dans un univers naturel. Nous arrivons au sommet et nous découvrons un panorama magnifique depuis le fort du Mont-Alban. La descente sera pénible pour les articulations de Dom, mais elle est, sans surprise, un exemple de courage.

Dom est alors balayée par une vague

Nous retrouvons l’asphalte et paradoxalement les douleurs de Dom sont moins aigües. Nous apprenons aussi que plusieurs sections nage ont été supprimées à cause d’une mer trop agitée. Nous ne voyons plus de bonnet bleus mais seulement des concurrents engagés sur le M. Certains binômes font leur courses à plusieurs centaines de mètres l’un de l’autre, ce qui naturellement nous interpelle beaucoup. Nous avons remis la longe et … nous les déposons, surtout celui de devant, avec un plaisir non dissimulé. Nous défions l’avant dernière section de natation, heureux de retrouver la mer. Plusieurs binômes peinent à rentrer dans l’eau devant les vagues puissantes. Je dis à Dom de me laisser faire et nous rentrons dans l’eau sans difficulté. Au bout de quelques mètres, je me dis que les sensations sont bonnes ! Je me retourne … et je vois Dom 10 mètres derrière moi : voilà ce que c’est de perdre sa ceinture ! Perte de quelques dizaines de secondes pour remettre le matériel en place. Nous gagnons finalement du temps en faisant une bonne nage. J’aborde l’arrivée sur la plage de galets qui nous fait face 600 mètres plus loin sans trop d’inquiétude. En posant pied par terre, je me retourne pour attraper la main de Dom et l’aider à sortir de ce tumulte aqueux. Dom est alors balayée par une vague, et moi avec devant le regard inquiet ou hilare des spectateurs.

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On plaisante avec les bénévoles du dernier ravitaillement et nous reprenons la course. On apprécie, chemin faisant, l’architecture stylisée des villas cossues de la “Belle Époque” et aussi un hôtel de luxe, à la jaune silhouette exotique. On sent l’arrivée proche et en dépit d’une crampe, Dom ne faiblit pas et poursuit courageusement son effort.
Nous apercevons au loin « la petite Afrique », qui abrite l’arche d’arrivée de la course. On la nomme ainsi, en raison de son climat et de sa flore, mais aussi du microclimat qui caractérise le territoire de Beaulieu. Il y a tout au long de l’année 1 à 3 degrés de plus, par rapport au reste de la côte, dus à la rétention de la chaleur par les falaises calcaires qui dominent le port de Beaulieu. La dernière section de natation n’est autre qu’un examen de repêchage de la première section nat que nous avons faite le matin. Nous sommes seuls dans l’eau, ce qui contraste fortement avec l’épreuve de ce matin. Nous sortons dans un tourbillon d’algues collantes pour rejoindre la terre ferme et finalement passer sous l’arche d’arrivée en 4h34. Nous finissons à la 21ème place au scratch et à la 6ème place en mixte. L’objectif est donc largement atteint, mais l’essentiel était ailleurs : le plaisir de partager un magnifique moment sportif et humain avec une partenaire grandiose. « L’incertain est le début de tout, c’est le moment où tout est possible ». Clap de fin superbe pour la saison de swimrun 2018.

Matthieu Kerleroux
Les swimrunners du Far Ouest

http://www.swimruncotedazur.fr
vidéo officielle 2018

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