RTS et règles de course

Les discussions récentes sur le forum Swimrun France ont mis en exergue que le fonctionnement parfois complexe de l’administration Française nécessite quelques clarifications, en particulier les rôles des règles de course et les Règles Techniques de Sécurité.


sean-durkin-andy-hewitt1 (1)Règles de course

Le cas des règles de course est le plus simple. A l’heure où j’écris ces lignes, il n’existe pas de règles de course officiel en France. Aucune autorité tutélaire n’a édicté de règle que tous les organisateurs doivent suivre. Qu’une épreuve soit organisée ou non sous l’égide de la FFTri, les règles de triathlon n’ont pas à être prises en compte en swimrun. Par exemple les règles hyper rigides du triathlon sur l’habillement qui pourraient étouffer l’esprit de solidarité, de liberté, d’engagement et de responsabilité qui règnent en swimrun n’ont aucune raison d’être appliquées en swimrun. Donc les organisateurs/trices de chaque course peuvent édicter leurs propres règles. En fait, la vaste majorité des organisateurs/trices ont copié, souvent sans les citer, les règles écrites par Mats Skott et Michael Lemmel, organisateurs de l’ÖtillÖ; elles sont de facto la référence. Pour plus de détails je vous renvoie à mon analyse de ces règles ici.

15319225_1208902399203604_1237652382146106046_nLes RTS

Les « Règles Techniques de Sécurité », ou parfois appelées “Guide de l’organisateur” sont édictées par la Fédération délégataire en charge d’une activité particulière.

Le but essentiel est de fournir un cahier des charges auxquels plusieurs acteurs vont se référer. Attention : ce ne sont pas des règlements de courses. Les RTS visent à rationaliser les processus et fournir un cadre de référence essentiellement, comme le nom l’indique, vis-à-vis de la sécurité d’une activité. Trois acteurs principaux sont impliqués dans les RTS.

gravity-scan-138La fédération qui a une délégation de service publique doit édicter les RTS. Il n’y a pas de règle générale concernant qui doit être incluse dans le processus. Le but est donc de rationaliser le processus, de penser en amont à toutes les situations qui peuvent se présenter, mais sans non plus devenir si contraignantes ou complexes qu’aucune épreuve ne puisse être organisée. Il ne faut donc pas non plus surajouter des réglementations. Par exemple pour les secours, est-ce que la compétence exacte des personnes impliquées dans l’organisation des secours doit être prescrite ? Il faut noter qu’il existe de grosses différences entre les RTS édictés par les différentes fédérations. Il ne faut pas oublier que normalement la fédération aura à donner son avis sur une épreuve. Elle se référera toujours en premier à ses propres RTS. Les RTS constituent ainsi un outil important pour les fédérations qui peuvent d’un simple décret décider que telle ou telle aspect d’une activité est interdite. Un exemple dans le swimrun : doit-on ou pas autoriser la compétition en solo ? Une ligne dans les RTS peut influencer de manière majeur une pratique.

18062016-dsc_8483Les organisateurs doivent se référer aux RTS afin de construire un projet qui soit cohérent et respecte les règles. Cela doit leur permettre de penser en amont à certains aspects auxquels ils/elles n’ont pas nécessairement pensé. Par exemple est-ce que les longes sont autorisées ou non ? Cela permet aussi d’argumenter un dossier qui est conforme aux RTS. Si un dossier est conforme et démontre que tous les points d’achoppement potentiel ont été étudiés, il aura plus de chance d’être approuvé et en cas de discussion le RTS peut servir de point d’appuis pour une argumentation.

Les services de l’Etat se réfèrent aux RTS afin de vérifier si une épreuve est ‘dans les clous’. Il est évident que tous les services ‘compétents’ (Préfecture, Environnement, Jeunesse et sport, etc) ne sont pas nécessairement très au fait des contraintes, caractéristiques mais aussi dangers du swimrun. Les RTS fournissent à ces différents acteurs un cahier des charges, un cadre pour évaluer un dossier. Sans RTS on pourrait avoir des cas où un service décide que ne connaissant pas l’activité le plus simple est de tout interdire, ou de mettre la barre si haute que les épreuves ne puissent pas être organisées.

RTS explication

En résumé, les RTS servent à la fois à assurer qu’une épreuve est sûre, mais aussi à argumenter sa validité. L’enjeu est de trouver le juste compromis entre sur-législation, et laisser faire.


La vie sans RTS

Certains argumentent qu’il serait mieux de ne pas avoir de RTS. C’est jusqu’à présent (Mars 2017) la situation en France, et effectivement de nombreux swimrun ont été organisés sans RTS. Heureusement lors des trois dernières années, il n’y a pas eu d’accident majeur en France. Mais ne nous voilons pas la face: le risque existe. Est-ce que des RTS empêcheront tous les accidents ? Bien sûr que non. Mais sans RTS, la pratique non réglementée pourrait être considérée comme « à risque », que ce soit pour les compétiteurs, les spectateurs ou l’environnement. Le mode de fonctionnement des structures administratives en France sont telles que l’existence de RTS pour une pratique qui se développe et se popularise est inévitable. Que ce soit un bien ou un mal, c’est l’objet d’un tout autre débat. Notons aussi qu’un organisateur peut demander à déroger à une partie des RTS, mais dans ce cas ils/elles doivent argumenter pourquoi dans leur cas spécifique une des règles peut être enfreinte.

Amphiman-sWimRun-300x200Conclusion

Les RTS sont à la fois un cahier des charges pour les organisateurs, un cadrage pour l’état, et un moyen pour les fédérations d’encadrer mais aussi d’influencer directement les pratiques. Elles ne doivent donc pas être considérées nécessairement comme des barrières à l’organisation, mais aussi comme des facilitateurs en fournissant un fil rouge auquel tous les acteurs doivent se référer.

Au moment où nous écrivons ces lignes les RTS pour le swimrun sont en cours d’élaboration au sein de la FFTri. Quel sera le texte final et quelles seront les conséquences potentielles pour le swimrun en France ? Nous le saurons dans les mois à venir.
François-Xavier Li

Délégation du Swimrun pour la FFTri

FFTRI-TYPO-NEWLa Fédération Française de Triathlon (FFTri) a obtenu la délégation du swimrun. L’arrêté du 31 décembre 2016 du Journal Officiel spécifie les délégations pour toutes les fédérations sportives, et ce jusqu’en 2020 (cycle Olympien). Le FFTri est donc maintenant habilité à édicter les règles techniques de sécurité (RTS), les règlements des manifestations ouvertes à leurs licenciés et la formation des cadres. Il faut souhaiter ardemment que l’esprit du swimun et ses valeurs fondatrices seront respectées par ces règlements. Cette délégation ne veut pas dire que la FFTri a la mainmise sur toutes les activités swimrun et que toutes les courses doivent obligatoirement être sous la tutelle de la FFTri. Tout comme en football quiconque a le droit d’organiser un match de foot sans faire partie de la FFF. Un swimrun peut être organisé en dehors de la FFTri. Par contre la délégation est une reconnaissance officielle du sport swimrun par le Ministère de la ville, de la jeunesse et des sports. A notre connaissance une première mondiale. Quelles conséquences ce changement administratif aura sur le sport, l’avenir nous le dira. Affaire à suivre.

Swimrun France intègre le groupe de réflexion de la FFTri

Nous voulons vous faire partager les échanges que nous avons eus pour faire progresser la pratique du Swimrun en France. Swimrun France a eu l’opportunité d’intégrer un groupe de réflexion initié par la FFtri (Fédération Française de Triathlon) sur la pratique du Swimrun.

Plusieurs questions quant à cette démarche méritent d’être posées.

Premièrement, pourquoi une Fédération ? Il faut savoir que d’un point de vue administratif, être rattaché à une Fédération apporte de nombreux avantages et quelques inconvénients.

  • Faciliter les démarches administratives. Les préfectures et autorités locales, devant le dépôt d’un dossier d’organisation de Swimrun dans le cadre de la FFtri, se sentiront beaucoup plus à l’aise sachant qu’elles auront un interlocuteur fédéral pour répondre à leurs interrogations. Au vu des récents refus essuyés par certains organisateurs malheureux, c’est un point essentiel pour le développement du sport.
  • Options pour assurer une épreuve (agrément dépendant de la taille de l’épreuve) et les compétiteurs.
  • La création de clubs, de sections de swimrun dans les clubs existant de triathlon, l’encadrement des entraînements et, dans le futur, la formation des cadres, sont facilités. Il faut réaliser qu’actuellement quasiment tous les entraînements de swimrun se font dans un vide juridique complet. Jusqu’à présent heureusement tout s’est bien passé, mais il ne faudrait pas que notre discipline soit labellisée pratique dangereuse suite à un accident. Mieux vaut prévenir que guérir.
  • Formalisation et unification des règles. Cela apporte une cohérence à la discipline, mais il ne faut pas que des règles trop strictes limitent la liberté des organisateurs pour proposer des épreuves intéressantes qui mettent en valeur les territoires traversés, et les règles doivent préserver l’ethos de la discipline.

Deuxièmement, pourquoi ne pas créer une Fédération de swimrun ? Il faut savoir que la stratégie du Ministère de la ville, de la jeunesse et des sports est de limiter le nombre de Fédérations et encourager les regroupements. Bien que notre sport soit une pratique en très forte augmentation, nous n’avons pas la masse critique de participants pour espérer créer une Fédération autonome.

Troisièmement, pourquoi la FFtri et pas une autre fédération ? Eh bien d’une part la FFtri encadre d’autres sport enchaînés que le triathlon comme l’aquathlon, le bike and run ; de plus la FRMN (Fédération des Raids Multisports de Nature), qui semblait bien placée pour aussi avoir son mot à dire dans le Swimrun tant les valeurs du raid semblent cousines à ce dernier, est en phase de rapprochement avec la FFtri depuis de nombreux mois.

le-ministere-des-sports-a-paris-le-30-mars-2010_5024354èC’est donc dans cette logique qu’une première réunion présidée par Jean-Michel Buniet vice-président en charge du développement à la FFTri, s’est tenue lieu au Ministère de la ville, de la Jeunesse et des Sports à Paris Lundi 19 Septembre 2016. Pour être francs, nous ne savions pas trop à quoi nous attendre. Nous étions un peu nerveux, et réduits à faire des hypothèses sur les objectifs de la FFTri. Allaient-ils nous sortir un business plan à 5 ans avec un championnat de France par catégorie et un cahier des charges restrictif et long comme un jour sans pain ? Allaient-ils aborder le Swimrun comme un ersatz de bike and run ou d’aquathlon ?

En fait, nos craintes se sont vites évaporées, tant l’introduction de Jean-Michel laissait transparaître un mélange rafraîchissant d’esprit d’ouverture et de pragmatisme. D’emblée pour donner le ton à la réunion Jean-Michel a tenu à dire qu’il lui fallait un minimum de règles pour entrer dans les cases du processus d’obtention de la délégation, et il suggérait que les règles internes des épreuves restent de la responsabilité des organisateurs. Le groupe de réflexion est bien plus concentré sur l’obtention d’une délégation pour le swimrun qu’une volonté de régenter le monde du swimrun. Cette démarche bénéficie d’expériences précédentes telles que le rapprochement actuel entre la FFtri et FRMN et du travail qu’ils ont effectué pour intégrer les Raids dans la FFTri.

Il faut noter que les organisateurs ne sont pas obligés de passer par la FFTri ; il y a la FRMN, la FSGT, l’UFOLEP, mais il faut pouvoir convaincre et montrer patte blanche pour passer toutes les étapes administratives (c’est le cas actuellement) et ils se priveraient des avantages évoqués en préambule. Au moment où l’on écrit ces lignes, si un organisateur veut se rapprocher de la FFtri c’est au bon vouloir de la ligue régionale d’appuyer ou non la demande. Et toutes les ligues n’ont pas forcément envie de s’embêter avec un sport qui ne rentre pas dans leurs « cases ». Or tout cela est en train de changer, si le groupe de réflexion arrive à obtenir la délégation.

Nous nous étions préparés à pas mal de scénarios, mais une des premières questions nous a laissé sans voix : « à partir de quelle distance les minimes ou benjamins peuvent ils s’engager dans un swimrun ? »

Nous voilà déjà au cœur de problématiques qui nous semblent, à nous swimrun France, à des lieux de notre expérience qui est quasiment limitée aux adultes. Mais c’est au final très logique, le développement du sport passe aussi par les jeunes et on doit garantir leur sécurité. Nous abordons la forme des swimrunners actuels issus souvent d’autre sports d’endurance, et le fait qu’avec l’explosion annoncée d’épreuves, certains futurs pratiquants ne seront pas forcément aussi aguerris.

Donc si vous avez bien suivi, qui dit sécurité dit distances de référence pour orienter les pratiquants sur le niveau de difficulté, alors oui ça on ne peut pas y couper, il va falloir faire des catégories (les dénominations et les distance exactes importent peu, elles pourront être changées plus tard). Heureusement que François-Xavier Li tient à jour sa base de données de toutes les épreuves mondiales et est à même d’apporter un éclairage précieux sur la réalité des lieux, basé sur des statistiques précises et une expérience personnelle de la diversité des épreuves au niveau mondial. La proposition n’est pas de contraindre les organisateurs à des distances strictes du type x km de natation, y de course à pied etc, mais de définir un cadre minimum souple dans lequel toutes les épreuves et formats peuvent exister.

Ce n’est pas le seul effet induit des catégories ; en fonction de la distance, pour les organisateurs le prix de l’agrément comprenant l’assurance de l’épreuve et des concurrents évolue de concert (eh oui … plus c’est long plus c’est cher), mais à des tarifs qui semblent raisonnables (via une licence journée, … environ 2 ou 3 €).

Nous vous avons vraiment bassiné avec cette délégation, et nous Swimrun France étions aussi étonnés par tant d’empressement à ce sujet. Une information cruciale à garder en mémoire, c’est que la demande de délégation d’un sport se fait tous les … 4 ans à date précise. Et c’est quasiment maintenant qu’il faut déposer un dossier, ou alors attendre 4 ans et voir à ce moment-là un paysage du swimrun occupé par d’autres acteurs, pour un bien ou pour un mal, nul ne le sait.

Voilà la situation actuelle au moment où nous écrivons. Les choses évoluent très vite, mais il nous semble dans le bon sens. Nous vous tiendrons bien évidemment au courant de tout développement. Nous vous invitons à nous faire partager vos remarques, commentaires et suggestions sur notre page de discussion https://www.facebook.com/groups/swimrunFrance/.