Swimrunman Île de Vassivière 2022 et les Fous de Bassan du Far Ouest

Veille de course – Un petit air de Canada

« La lueur menaçante des éclairs donne vie aux arbres tels de véritables ombres chinoises »

La lune semble jouer une partie de cache-cache endiablée avec des nuages sombres et menaçants. Le hululement d’une chouette brise soudainement la torpeur de ce début de soirée. L’air est lourd et annonce l’arrivée imminente d’intenses orages. La nuit s’annonce compliquée : nos tentes fraichement installées une heure plus tôt s’annoncent comme de piètres abris. Elles sont chahutées comme des feuilles mortes dans le vent. La lueur menaçante des éclairs donne vie aux arbres tels de véritables ombres chinoises.

La pluie hurle comme pour libérer une fureur trop longtemps contenue. Des milliers de grêlons de la taille d’une bille cognent désormais inlassablement et avec virulence chaque partie de la voiture dans laquelle nous nous sommes finalement réfugiés. Nous discernons autour de nous un inquiétant ballet d’ombres mouvantes. Le tonnerre joue un concert assourdissant. Des éclairs blancs embrassent le ciel et un craquement terrifiant s’ensuit aussitôt.

Carine et moi ressentons l’effluve électrique qui flotte dans l’air et nos zygomatiques agissent nerveusement dans cette ambiance survoltée. Ce n’est pas le moment : dans quelques heures, nous serons sur le qui-vive pour, nous l’espérons, être sur la ligne de départ du « merit race ötillö» du swimrunman de Vassivière (38 km dont 7,1km de nage). Nous avons passé toute la journée du samedi en voiture à relier Brest à Royère-de-Vassivière. 8 heures de route pour rejoindre … le bout du monde ! Un comble pour des brestois !

Nous nous réveillons à 5h30. Le clapotement régulier des gouttes qui frappent le pare-brise fait office de réveil. L’air est humide mais le grondement des cieux a disparu, et une bonne nouvelle en apportant une autre, nous apprenons que la course est maintenue !

En rejoignant le village de course, nous croisons des visages familiers. Bien que nous ne soyons qu’une soixantaine de binômes sur le half, je me rends compte que le plateau est très relevé, en équipes mixtes particulièrement. A quelques secondes du départ, Carine tente maladroitement de cacher son anxiété de début de course en se plongeant dans un mutisme qui ne lui ressemble pas. Ce n’est que passager et c’est sa manière de garder son énergie… Quant à moi, j’essaye tant bien que mal de dissimuler mon excitation mais je ne faillis pas à mon statut de zébulon officiel !

La course

Les fous de Bassan du Far Ouest

Un drone bruyant nous scrute de son œil voyeur et immortalise le moment : le départ est donné ! La première section se matérialise par une portion de 2.2 km de course à pied principalement sur une petite route goudronnée entourée d’une infinie colonie d’arbres majestueux. Nous avançons, comme convenu, à un rythme assez prudent.

« je l’invite à mieux s’acculturer aux valeurs et à l’esprit du swimrun »

Au bout d’1 kilomètre, le groupe de compétiteurs est déjà éclaté sur plusieurs centaines de mètres. Conscient que nous ne représentons plus de danger pour autrui, nous décidons alors de réunir nos longes pour véritablement lancer notre course. Avec surprise, ce rapprochement déplait à un concurrent qui nous adresse des reproches que nous ignorons.

Devant son insistance et son agressivité, je suis malheureusement contraint de le remettre à sa place en l’invitant à mieux s’acculturer aux valeurs et à l’esprit du swimrun. Le corollaire de cet échange inamical (le premier en 8 ans de swimrun !) est notre allure de course qui a subitement dépassé les 16 km/h. Carine joue alors son rôle de paratonnerre et me permet de passer à autre chose. J’ai beau avoir fait 10 ans de judo, ma binôme démontre un contrôle de soi supérieur au mien.

Nous abordons la première section de natation en grattant quelques places essentiellement sur des binômes masculins. L’eau cuivrée rend la visibilité aquatique difficile. De part et d’autre du lac, d’imposants feuillus articulent leurs branches verdoyantes comme pour nous encourager. Nous retrouvons la terre ferme en compagnie de Cédric et Fabien, nos amis de la team « Vertoumen » avec qui nous avions joué la première place sur le Red ouf de Quiberon en 2019.

Les chemins sinueux, rocheux et escarpés rappellent notre terrain d’entrainement sur Plougastel Daoulas une semaine plus tôt. Au bout de 7 km de course, 3 équipes mixtes nous précédent. Nous ne sommes pas inquiets : l’allure est bonne, les sensations aussi. Nous réalisons des transitions efficaces grâce à un système d’accroche amélioré de mon pull boy.

La chute et l’ange guerrier

Sur l’une des sections de CAP, le chaos rocheux semble s’animer. La terre vomit de ses entrailles des racines irrégulières qui dessinent une surface instable et inhospitalière. Soudain, nos foulées régulières cessent subitement de battre le sol à l’instar de mon cœur suspendu lorsque je me retourne : Carine vient de percuter un caillou plus haut que les autres l’amenant, tête la première, dans un amas rocheux aussi hostile qu’immobile. Le visage de mon amie est pétrifié de douleur. Elle ne crie pas mais elle devient subitement blême me faisant craindre un malaise vagal.

Elle demeure immobile, désireuse d’oublier son geste qu’elle maudit de toutes ses forces. S’appuyant sur mon bras, elle tente, au bout de longues minutes, de se remettre à la verticale. Ses genoux sont en sang et j’essuie, tant bien que mal, du dos de ma main, les feuilles et la terre qui tapissent ses jambes ensanglantées.

Avec courage, Carine trouve les forces pour repartir en marchant doucement et en s’appuyant sur mon épaule. Une quinzaine de binômes nous a dépassé dont 4 équipes mixtes. Au bout de quelques minutes, la féminine des fous de bassan du far ouest me donne le feu vert pour reprendre une allure de course. Nous arpentons côte à côte la montée qui s’offre à nous. Je l’aide en la poussant délicatement dans le bas du dos puis en la tractant. Nous reprenons 4 places dont une équipe mixte. Carine a mal mais elle ne se plaint pas : j’ai la désagréable impression de la maltraiter en poursuivant la course mais la réalité est qu’elle insiste pour avancer. Un ange guerrier !

Nous déambulons dans la forêt avec une myriade d’oiseaux qui, en guise de supporters, poussent des chants mélodieux. Carine me demande de marcher sur plusieurs portions de courses. Elle est en colère contre elle-même et j’essaye de la raisonner : c’est un fait de course et il peut se passer encore beaucoup de choses ! Ainsi, nous arrivons au premier ravitaillement où nous apercevons un nouveau binôme mixte. Il nous faudra 2 sessions de nat et de cap pour arriver à passer devant.

L’équipier masculin semble épuisé au grand désarroi de sa coéquipière. Nous faisons le trou. Je tracte Carine sur les sections CAP en ajustant la vitesse à ses douleurs et à sa peur de rechuter. Je sens que ma binôme ne court pas relâchée, angoissée par l’idée de tomber à nouveau et les douleurs aux genoux qui demeurent persistantes.

Le brouillard

Nous abordons une section de nage. Un VTTiste s’arrête et nous demande, amusé : « Dans quelle direction allez-vous? » La question est surprenante mais nous sommes bien incapables d’y répondre. Un épais brouillard couvre le lac rendant la visibilité nulle à 20 mètres. Les gouttes de pluie recommencent à jouer des claquettes sur nos bonnets dorés et la surface de l’eau. Un binôme masculin prend nos pieds en nat et s’excuse sur terre.

« nous communiquons à travers la longe pour exprimer notre contentement »

Je leur rétorque que ce n’est pas du triathlon et qu’il n’y a aucun problème à bénéficier de l’aspiration. Nous rejoignons l’autre bord en dépit de détours inévitables. La brume stagnante, comme du drap usé, se déchire en tranchant des rochers, s’accroche aux ronces et s’évapore aux courants de vents chauds. Nous nous enfonçons dans les chemins, avalés par la brume, en quête d’un ravitaillement bien mérité. Je m’interroge à voix haute sur notre classement et Carine me répond laconiquement : « on est dans les choux ! ».

Pourtant, quelques mètres plus loin, un jeune spectateur nous lance : « vous êtes 6ème mixtes ! ». Nous poursuivons notre effort pour poser pied sur un quai en bois. Dans l’eau, nous distinguons le 5eme binôme mixte ! La surface de l’eau est agitée avec un courant contraire qui complique la propulsion. Carine me passe devant pour aborder cette portion de natation qui demeure la plus longue du parcours (1200 m). Nous rattrapons plusieurs binômes et dépassons nos concurrents directs. Inutile de nous parler, nous communiquons à travers la longe pour exprimer notre contentement.

Nous sortons de l’eau en même temps que Fabien et Cédric. Nous nous échappons de la sombre forêt en entendant derrière nous les encouragements de nos copains du club de triathlon de la côte de beauté qui s’effilochent comme brume au vent. Le binôme mixte que nous venons de dépasser n’a pas abandonné. On les entend pousser des cris rageurs lorsqu’ils nous aperçoivent.

Je lance alors à Carine : « c’est maintenant que commence le jeu ! ». Tant en nat qu’en course à pied, notre allure s’accélère en même temps que nos rythmes cardiaques. Avant-dernière section de CAP avant l’arrivée. Nous forçons l’allure, soucieux de ne pas perdre notre 5ème place et, sait-on jamais, tenter de gagner une place supplémentaire. Il n’en sera rien : nous abordons la dernière portion de natation avec sérénité, entourés de concurrents aux bonnets rouges (Classic, 23 km). Nous doublons presque une quinzaine de binômes tous engagés sur la Classique.

Une expérience de nage en lacs qui reste rare pour nous: Carine avait déjà participé à l’Anjou Swimrun en 2019. Pour ce qui me concerne, j’avais participé à la très belle course du Hérisson la même année. Les deux fois avec notre copine Dom comme binôme. Les fous de bassan sont peu habitués aux lacs d’intérieurs mais ils s’y acclimatent finalement assez bien !

L’arrivée

Nous franchissons la ligne d’arrivée à la 5ème place en mixte et 28ème au scratch. Au regard des péripéties de course, nous nous contentons de ce résultat. Je suis comme toujours ultra fier de Carine. Nous sommes également rassurés de voir que nous sommes encore bien en forme à l’arrivée. De bon augure en vue de l’objectif de l’année : WC ÖtillÖ le 5 septembre prochain. Mais pour l’heure, notre regain d’énergie est précieux : il nous reste 8 heures de route pour rentrer dans le Finistère !

Un grand merci à l’ensemble de nos sponsors entreprises : Pollen Voyages, Isidoro Construction, Haka Communication, Opticien Supermiroos, Toyota Brest, Lemoine partenaires finances, Meilleurs taux, cabinet Ouest Conseils, Vêtements Dalmard, Cuisines Camille Foll, maisons bois GLV, Traiteur Denis Chanoit, Voltstage, l’Astrolabe, BZ publicité, AGPA architectes, Objectif 2 degrés, West telecom, Kenvad.
Nos remerciements encore plus chaleureux à nos trois donateurs particuliers : Soizic Maheo, Christelle Le Bronnec et Aude Radoux.
Un Merci particulier à HEAD, dont nous sommes les fiers ambassadeurs.
Enfin, merci à l’organisation et aux bénévoles pour ce superbe moment en dépit de conditions météorologiques difficiles.
Prochain objectif : le M de Cancale en préparation de la manche ÖtillÖ à Engadin (Suisse).

✍️Matthieu Kerleroux
📷 crédit photos Activ images / Swimrunman / Matthieu Kerleroux
🎥 Activ images / Swimrunman

Du coté des favoris

Dans des conditions météos compliquées et après de forts épisodes orageux durant la nuit, c’est le brouillard qui s’est mêlé à la course, rendant parfois l’orientation en natation plus difficile qu’escomptée. Là est toute la beauté du swimrun. Fort de ses multiples victoires sur les circuits internationaux (ÖTILLÖ et SWIMRUNMAN), Alexis CHARRIER aura mené son binôme, Alexis KARDES, à la victoire après un début de parcours plus prudent que leurs adversaires directs. C’est à la mi-course qu’ils ont fourni leur effort, profitant notamment de portions de natation plus longues pour creuser un petit écart irrémédiable sur la concurrence et couper la ligne après 4h01min20sec d’effort.

Un temps en tête de la course, Fabien BESANÇON et Pierre MASSONNEAU, habitués des belles performances sur les circuits mondiaux, prendront finalement une belle seconde place après un milieu de course légèrement en-deçà qui les aura vus descendre provisoirement du podium. En effet, ce fut extrêmement serré parmi toutes ces équipes.

Si seulement 2min50 séparent à l’arrivée les premiers des seconds après 4h d’effort, la suite du podium s’est joué dans un mouchoir de poche. David PESQUET et Benjamin DUPAIN, privés de la deuxième place pour une minute, arrachent finalement la troisième place pour 30 petites secondes au nez et aux plaquettes de la team composée de Maxime PICAUT et William EVEN.

Chez les femmes, les grandes favorites et non moins sympathiques Sabina Rapelli et Eugenie Plane, aux multiples podiums respectifs sur le circuit et qui formaient ici un nouveau binôme franco-suisse, ont dominé de la tête et des épaules leur sujet, reléguant la concurrence loin derrière. Elles ont pris les devants dès les premiers hectomètres pour creuser un écart irrémédiable, s’offrant même le luxe d’intégrer le top 10 du classement général avec une jolie 9ème place, témoin du niveau incroyable de ce duo.

Pour refermer ce top 10 justement, on retrouve la première paire mixte avec Angèle DUHEM et Pierre-Louis SENECHAL qui dans leur catégorie également n’auront laissé que des miettes à la concurrence. Pas étonnant pour ce binôme aux multiples victoires nationales.

Les résultats HALF SWIMRUNMAN ILE DE VASSIVIERE 2022

Binôme Femmes

1- RAPELLI / PLANE : 4h34min42sec

2- MONDEJAR / AMAND : 4h47min29sec

3- HAMEL / BOUVIER : 6h08min16sec

Binôme Mixte

1- DUHEM / SENECHAL : 4h34min48sec

2- GENEVOIS / GENEVOIS : 6h02min10sec

3- CHAIFFRE / DEGIOANNI : 4h53min35sec

Binôme Hommes

1- CHARRIER / KARDES : 4h01min20sec

2- BESANÇON / MASSONNEAU : 4h04min10sec

3- PESQUET / DUPAIN : 4h05min17sec

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