Swimrun de Crozon ou le lieu de tous les contrastes…

Matthieu Kerleroux enchaine les courses du challenge de l’ouest, de même que les compte-rendus en ce mois de septembre embouteillé d’épreuves. Variant delta oblige, de nombreux swimruns de début de saison ont ainsi dû jeter leur dévolu en fin de saison estivale. La presqu’île de Crozon accueille ce samedi 4 septembre 2021 deux nouveaux parcours de swimrun de 12 et 23 km dans des zones classées Natura 2000, riche en bio-diversité. À noter que les organisateurs de l’ANNPC (Association des Nageuses et Nageurs de la presqu’île de Crozon), fidèles à l’esprit originel de la discipline, tracent un parcours aventureux, changeant d’année en année, dicté par la nature et les marées. Cette année pour la cinquème édition, les nageurs ont été favorisé par la marée montante et une Presqu’île de Crozon sous le soleil. Les portions de natation se sont agrandies, au fil des minutes. Trêve de bavardages, laissons la plume de Matthieu nous prendre par la main et glissons docilement avec lui vers cette fameuse presqu’île.

La scène est presque surréaliste. Parée d’un bleu turquoise, la mer porte un drap lisse à sa surface et c’est à peine si l’on distingue les cicatrices provoquées par les faibles clapots. L’eau est calme, transparente … accueillante. Dans un ciel vierge de tout nuage, le soleil brille comme au plus fort de l’été. Les retraités ou adeptes de l’été indien se pavanent sur une longue plage de sable blanc. C’est drôle comment un même endroit peut sembler si différent juste par sa météo. Parler du «swimrun de Crozon ensoleillé » est un magnifique oxymore.

Pour la cinquième édition, organisée pour la première fois à une autre date qu’au mois d’octobre, Boris et son équipe de bénévoles ont réservé une belle surprise ! C’est également un retour aux sources avec un départ et une arrivée unique à savoir le port de Morgat. Un parcours toujours aussi fabuleux, exigeant et technique mais cette fois la nature présente un visage nettement moins sauvage avec un environnement terriblement apaisant.

Contexte de gestion de pandémie oblige, le mois de septembre concentre malheureusement un grand nombre de compétitions sur la Bretagne sur une courte période : Lancieux, Crozon, Suscinio, St-Lunaire, Troll Enez, Fouesnant. Est-ce la raison du relatif faible nombre de participants aujourd’hui ? Paradoxalement, les binômes présents ont des ambitions légitimes à prétendre à un podium, notamment en équipes mixtes. Après les aventures de Carine à Göteborg, le couac de communication avec Ronan à Lancieux et ma blessure de deux mois avant l’été m’obligeant à déclarer forfait aux swimrun de Carantec et Plougonvelin, j’aborde le swimrun de Crozon avec l’ambition retrouvée.
Pour ces 23 km, je reforme donc le joli binôme des « fous de bassan du far ouest » avec Carine. On se connait très bien, j’ai une confiance inaltérable en elle et je nous sais tous deux en forme.

On retrouve deux binômes mixtes qui nous avaient battu il y a deux ans sur cette même course. Un troisième binôme mixte est également présent et Carine m’indique qu’ils font partie du pôle natation de Brest et sont, de fait, très forts en natation. Je sens Carine un peu anxieuse devant ce panel de compétiteurs. C’est aussi probablement lié au fait que les 4 premières éditions de cette course ne lui ont jamais vraiment souri. En héritant du chasuble numéro 13, Carine y voit le signe que la malédiction s’acharne sur elle. J’y vois davantage un chiffre porte-bonheur !

Depuis la même ligne de départ, le signal de début de course est donné conjointement avec les concurrents engagés sur le 12 km. Ces derniers s’envolent dans le sens opposé au nôtre. Je prends un départ prudent afin de répondre aux injonctions de ma partenaire. Nous nous retrouvons malgré tout en tête de course en défiant au bout de quelques mètres une première grosse côte très casse-pattes. Le binôme de Gilles prend doucement le large et rapidement deux binômes mixtes nous prennent également plusieurs dizaines de mètres dans la vue.

Nous abordons la première section de natation (500m) avec une bonne transition. Nous arrivons ainsi à reprendre une place sur un des binômes mixtes que nous ne reverrons plus. Carine tente de prendre les pieds d’un binôme masculin composé de nageurs rennais. Je les reconnais : Jocelyn et moi avions terminé deuxièmes au swimrun de Suscinio à une poignée de secondes d’eux l’année dernière. Rapidement, on se rend compte qu’il sera difficile de les suivre dans le milieu aqueux.Nous retrouvons la terre ferme avec en ligne de mire trois binômes, dont un mixte arborant le numéro 1. Ça ne s’invente pas ! Le port de Morgat nous ouvre ses bras sous les encouragements d’une poignée de passants. En descendant les escaliers et rejoindre la plage, je me rends compte que mes lacets sont défaits : je peste contre mon amateurisme ! Cette portion nous aura malgré tout permise de reprendre quelques dizaines de mètres à nos concurrents directs.

La deuxième section de natation est une nouvelle fois courte (500m). Nous contournons la pointe de Rulianec pour rejoindre la plage du Porzic où nous attendent des bénévoles vêtus de tee-shirts aux couleurs rose fluo. Un trou semble avoir été fait entre les deux binômes qui nous précède. Les sensations sont bonnes même si le dénivelé accroit sensiblement notre rythme respiratoire. Les racines et roches qui sortent des entrailles de la terre compliquent notre avancée. Nous parvenons malgré tout à atteindre le premier ravitaillement avec seulement quelques mètres de retard sur le binôme mixte en tête de course. Peine perdue, nous laissons encore filer plusieurs dizaines de secondes lors de cette phase de ravitaillement. Je me dis que ce binôme est décidément redoutable et difficile à dompter!

Après une section nat de 600 m, la portion CAP la plus longue (presque 4 km !) s’offre à nous. Je décide de retirer mon bonnet dans cette chaleur écrasante et l’absence de vent. Le circuit est sinueux, technique et le silencieux tintement des mousquetons qui s’entrechoquent nous empêche de percevoir notre retard sur nos concurrents. Nous progressons jusqu’au au sommet d’un énième chemin pour arriver sur une portion bitumée. Voilà qui annonce une bonne nouvelle pour nous qui sommes plutôt à l’aise sur les circuits rapides !

Nous constatons 300 mètres devant nous que l’équipe mixte a doublé ses rivaux masculins. Nous arrivons à hauteur des torpilles aquatiques rennaises et fonçons sur nos rivaux mixtes. C’est en reliant le deuxième point de ravitaillement que nous revenons à hauteur de nos concurrents directs ! Ils semblent à court de barres énergétiques et je leur propose de se servir dans mon sac. Comme disait Voltaire, « le superflu, cette chose très nécessaire. »

Un rictus imperceptible se dessine sur mon visage et celui de Carine. Tout reste à faire mais je sais à présent que nous pouvons aussi faire la différence en CAP. Une plage rocailleuse annonce la prochaine natation. Les chevilles de mon amie ne sont décidément pas friandes de ce terrain instable. Nous plongeons dans la mer pour nous retrouver dans 50 cm d’eau. Nos concurrents directs eux préfèrent marcher et je m’interroge sur la pertinence de nous mettre en position de « décubitus aquatique ». Nous retrouvons rapidement le rivage avec quelques dizaines de mètres de retard mais très rapidement nous reprenons la deuxième place au classement général. Un bénévole nous indique que nous sommes à 4 minutes des premiers au scratch. Carine est en forme et moi aussi : c’est le moment de creuser l’écart avant les deux grosses sessions nat.

Nous arrivons sur la plage et nous apercevons 150 mètres plus loin Gilles et son binôme. Je sais qu’on ne le reverra plus car ils sont bien meilleurs nageurs que nous. Carine, qui reprend le lead en nat, fait pourtant un magnifique effort. Les bateaux dansent paisiblement en nous surveillant dans une eau certes translucide mais également agitée. Nous apercevons des bars, des merlans, des araignées déambulant laconiquement dans une faune aquatique envoûtante. Notre ami Ronan, chasseur dans l’âme, aurait apprécié le tableau. Une obscure clarté occupe les lieux : les rayons du soleil tentent difficilement de pénétrer les laminaires aux teintes brunâtres. La section devait normalement faire 1450 mètres ; j’apprendrai plus tard que le GPS indique plus de 2000 mètres sur cette seule section nat. À 4 reprises, je suis obligé de remettre mon pull boy en place.

Je fais le choix de le réajuster car je sens que sans mon flotteur, la longe qui me lie à Carine se tend subitement. En levant la tête, je vois un binôme à quelques dizaines de mètres de nous : il s’agit non pas des premiers qui sont loin devant mais du deuxième binôme masculin qui nous a dépassé. Nous revenons à leur niveau en courant sur la plage qui fait 1300 mètres de long. Ça sera la dernière fois que nous les verrons avant l’arrivée, leurs aptitudes en nage étant largement supérieures aux nôtres. Nous retrouvons le premier point de ravitaillement où l’on nous confirme que nous sommes la première équipe mixte et les 3èmes au scratch. Ce classement ne changera pas jusqu’à la ligne d’arrivée. Le furtif rictus apparu lors du second ravitaillement laisse désormais place à un large sourire de soulagement. Le bonheur se lit sur nos visages. La team Camembert, le binôme mixte avec lequel nous avons âprement lutté pendant des heures, a finalement troqué sa deuxième place avec les brestois du pôle espoir natation de la cité du Ponan. Quel joli podium !

Le Swimrun de Crozon est définitivement une terre de contrastes où l’on retrouve l’alpha et l’oméga, le terrible et le beau, la force et la douceur. De merveilleux souvenirs sont et seront toujours associés à cette superbe épreuve. Les émotions les plus belles sont celles que l’on ne sait pas expliquer.

Merci à Jean Marc qui nous a encouragé sur l’ensemble du parcours, à l’organisation, aux copains Swimrunners du far ouest présents lors de cette magnifique journée et bien sûr et avant tout à mon incroyable binôme, Carine, qui m’a permis de vivre cette fantastique course. Vivement Suscinio !

Matthieu Kerleroux IG: @les_swimrunnersdufarouest

Le Swimrun de Crozon 👉🧭 http://www.annpc.fr/

Le challenge de l’ouest 👉🧭 http://www.annpc.fr/2021/03/12/challenge-de-louest-saison-2/

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