Laffrey, L’enfer du décor au KV

Enfin le retour du swimrun en France. Oui je sais la pratique ne s’est pas arrêtée pour tout le monde depuis les débuts de la pandémie mais tout de même il est plus compliqué de trouver un dossard sur une course en France en ce moment. C’est pour cette raison que nous tenons particulièrement à remercier les organisateurs qui ont su proposer un événement réussi surtout à l’aune du contexte actuel.

Chez Les Vieux Neptuniens ça faisait quelques temps que nous entendions parler des événements Swimrunman et jusqu’ici nous n’avions pu y participer. Cette année nous voulions sauter le pas avec le Verdon et Laffrey. Malheureusement nous verrons le Verdon en 2021 mais Laffrey était bien au rendez-vous ce weekend.

L’avant course

Nous avons pu constater que l’organisation a su parfaitement s’adapter aux nouvelles règles sanitaires. La récupération des dossards samedi après midi a été rapide, le briefing en ligne était de qualité et même s’il n’y a pas d’interaction directe je dois avouer après celui d’Engadin et celui de Laffrey que j’apprécie ce format que l’on peut regarder tranquillement à la maison en peaufinant les derniers réglages.

Les organisateurs ne manquaient pas de superlatifs pour leurs différents formats de course et particulièrement le Vertical Swimrun qui a obtenu le label Ötillö Merit Race. Ne connaissant pas du tout la région, j’étais assez curieux de voir s’il serait à la hauteur de sa présentation.

Nous voilà donc à 6h30 sur le parking de la Prairie de la rencontre à Laffrey en ce Dimanche 23 Août 2020 en train de nous équiper avec en bonus un nouvel accessoire désormais incontournable, le masque! Il est évidemment obligatoire dans la navette qui nous emmène au départ mais le sera également sur les 2 premiers km de la course (un kilomètre de bonus ayant été ajouté par l’organisation pour favoriser les écarts entre participants).
Une petite surprise dont nous ne savons quoi penser, évidemment vu le contexte actuel tout le monde le porte sans rechigner mais tout de même courir 2km avec ne sera sans doute pas une partie de plaisir. Enfin bon nous ne comptons pas jouer les premiers rôles donc ça ne changera pas grand chose pour nous.

L’ambiance reste la même, tout le monde étant simplement content de pouvoir de nouveau enfiler une chasuble

— Jean nicolas

6h45, nous avons pris place dans la deuxième navette, tout le monde semble assez décontracté pour plaisanter mais on sent une petite pointe de tension tout de même. Comme d’habitude sur le chemin de la navette nous essayons de voir quelques indices du parcours, comme les bouées dans l’eau ou les oriflammes matérialisant les sorties d’eau. Le ciel est gris, il y a des nuages sur les montagnes et nous n’arrivons pas à identifier avec exactitude le géant du jour.

Le fameux Kilomètre Vertical final. J’ai vu son profil, il a l’air sérieux, je sais qu’il sera dur mais en réalité les pourcentages à plus de 50% je ne sais pas ce que c’est donc je n’arrive pas à imaginer comment ce sera. Ce n’est pas grave, on verra quand on y sera, c‘est au pied du mur que l’on voit le mieux le mur.

Le départ

7h30, tous les concurrents sont derrière la ligne de départ, le masque sur le nez. L’ambiance reste la même, tout le monde étant simplement content de pouvoir de nouveau enfiler une chasuble. On s’applaudit, on fait le compte à rebours tous ensemble et les fauves sont lâchés. On a vite oublié le masque mais au bout d’un kilomètre il se rappelle à notre bon souvenir et nous ralentissons un peu parce qu’il est un peu compliqué de respirer correctement. Ce n’est finalement pas si désagréable et le moment où nous pouvons nous en débarrasser arrive assez vite.

les vagues cassent le rythme et font mal aux bras

Vive la liberté et direction la première natation. La petite descente vers la mise à l’eau est étroite et il y a des gens partout. La longe n’est pas autorisée donc il y a des concurrents partout, difficile de se repérer, j’essaie de rester avec Stéphane mais en doublant un groupe, je pars à gauche et lui à droite. Tant pis il n’y a que 400mm, on se retrouvera à la sortie. Le temps est toujours incertain et on ne devrait pas beaucoup voir le soleil durant la course.
L’eau du lac est d’ailleurs meilleure que la température extérieure. A la sortie de l’eau, tout va bien Stéphane est là et on attaque le plus long (en km) tronçon de course à pied de la journée. Le tracé est particulièrement plaisant, les chemins exigeants mais pas trop. Nous profitons bien et pouvons nous exprimer dans les montées et les descentes que nous croisons jusque là. Retour à l’eau au même endroit que sur la première nat.
Cette fois on part à droite, je n’avais pas fait attention mais il y a du vent, des vagues se forment sur le lac et il y a un peu de courant. Il faut ajuster la trajectoire sur cette natation, les vagues cassent le rythme et font mal aux bras. A la sortie d’eau il y a tout juste 200m avant de replonger, Stéphane l’a oublié donc il a décroché la longe.

L’objectif reste d’arriver au pied du KV le plus frais possible

On perd un peu de temps pour se comprendre mais on se remet à l’eau rapidement quand même. Un petit 400 un peu plus protégé du vent, je sens la longe tendue, j’essaie de relancer mais je n’ai pas les bras des grands jours. Tant pis on s’adapte, il y a 2 gros morceaux dans l’eau derrière, autant trouver tout de suite un rythme de croisière et tant pis pour les stats. L’objectif reste d’arriver au pied du KV le plus frais possible.

Encore une transition rapide en course à pied et nous revoilà à l’eau pour franchir le premier cut off. Honnêtement je l’avais oublié. Nous partons sur un nouveau tronçon de course à pied avec du D+, le terrain de jeu est une nouvelle fois superbe et ça tombe bien, les jambes sont là. Nous profitons un maximum, aucun pépin jusque là, que du plaisir. Nous revoilà dans l’eau, cette fois 1250mm nous attendent dans l’eau, vent de face, je ne sais pas trop comment optimiser la trajectoire.

Les premiers 400m sont un enfer, j’ai du mal à voir la flamme à la sortie, heureusement nous finissons par atteindre une zone un peu plus protégées du vent et nous finissons mieux. Un petit 400m sur le plancher des vaches et nous revoilà à l’eau, tout s’enchaîne vite et même si les sensations ne sont pas là dans l’eau, pas le temps d’y penser, on continue d’avancer à notre rythme.
Je me rappelle qu’après le 1250m dans l’eau, il ne restait que 2 petites natations avant de revenir à Laffrey au village arrivée. Ça y est l’esprit commence à se tourner vers le bouquet final. 2500m dans l’eau puis le KV. Nous passons à côté de la statue de Napoléon, c’est marrant j’habite à moins d’un kilomètre des Invalides.

Allez nous voilà partis pour la dernière natation, nous devons rester entre les bouées et le bord mais je ne vois aucune bouée au début, au bout d’un kilomètre j’en aperçois une au loin au milieu des vagues. Nous la passons au bout de 1500m, allez plus que 1000m, j’essaie de rester calme, de me concentrer sur la technique. Je sens que la longe est de plus en plus tendue, mes lombaires donnent des signes de faiblesse à force de lever la tête pour chercher la meilleure direction. La dernière bouée marque un 180° à gauche et il n’y a plus qu’à rallier la sortie.

Je sens que Stéphane n’a pas anticipé la bouée, la longe est tendue bizarrement, il reste un peu coincé dans la bouée. Il faudra que je prenne plus large la prochaine fois sur un changement aussi radical de trajectoire! L’eau se rafraîchit, c’est la fin de la natation, nous sommes déjà passés là, cette brusque chute de la température de l’eau je la connais nous l’avons déjà eu à la première natation dans ce lac.

Dernier ravitaillement avant d’attaquer le KV. Ah non, nous avons visiblement oublié un petit détail de 3.3k et 200 D+ avant de commencer le KV. Bon on s’adapte, nous sommes complètement seuls à ce moment là, nous avons doublés pas mal de monde sur le 2500 dans l’eau et plus personne en vue devant. Au dernier ravitaillement nous sommes repris par quelques équipes qui attaquent le KV juste devant nous.

L’enfer du KV

Finalement mon cerveau fini par faire le switch

Nous y voilà, 4h47 de course, plus que 1.8km mais avec 1000 D+. Avant la course, nous avions dit en riant que nous mettrions 2h pour faire le KV, mais je me prend à rêver de faire moins de 6h. La montagne est recouverte par un épais nuage et nous ne voyons absolument pas le monstre qui se dresse devant nous. Tout au plus nous apercevons le début d’une forêt mais impossible de mesurer à l’œil ce qui nous attend. Nous avançons plutôt bien même si nous savons que le début est le plus accessible.

Nous passons un panneau 100, puis un panneau 200, je ne comprends pas ce qu’ils représentent. Stéphane a démarré un chrono au début du KV donc je lui demande ce que ça donne mais je ne comprends rien non plus aux chiffres. Finalement mon cerveau fini par faire le switch, désormais on ne parle plus en mètres horizontaux mais en mètres verticaux.

La distance parcourue n’a plus aucune importance, seul le D+ monté compte. Ces petits panneaux qui marquent les centaines étaient donc 100D+, 200D+. Bon a priori on a fait 250D+ en une petite vingtaine de minute, moins de 6h c’est peut être vraiment atteignable. Nous sommes comme tout le monde, dans le dur, on arrive bientôt dans une petite forêt, c’est pentu !
Ça doit être ça le 70%, heureusement que je n’ai pas de casquette sinon la visière toucherait l’herbe devant moi, déjà que le nez passe tout juste!

le brouillard est partout, il pleut, le vent nous fouette par rafales

Chacun avance comme il peut, les binômes se mélangent, dépasser quelqu’un est quasiment impossible tant la trace est étroite donc nous essayons de laisser passer tant bien que mal ceux qui sont manifestement plus rapide que nous. Et plus on monte, plus on laisse passer de concurrents.

Les centaines de D+ mettent de plus en plus à arriver. Nous passons la forêt, le brouillard est partout, il pleut, le vent nous fouette par rafales. Entre 400 et 500 D+, je sens que Stéphane commence à marquer le coup, nous avons manifestement sous estimé l’accumulation de la fatigue. Nous avançons toujours bien mais c’est beaucoup plus dur sur nos organismes. J’ai de plus en plus froid, Stéphane a de plus en plus de mal à respirer même en ayant complètement enlevé le haut de sa combi.

Finalement on ne se rapproche des 70% qu’à partir du 500 D+, chaque pas devient de plus en dur. Nous passons en quadrupédie, mettre un pied devant l’autre devient un combat avec notre corps. Un challenge où il ne faut pas envoyer son pied trop en avant sous peine de prendre un stop musculaire immédiat. Les % augmentent, le souffle se fait court, les pauses augmentent. Nous sommes dans le très dur, le plaisir à complètement disparu et il faut terminer au mental.

le finish

Je suis transi de froid, le vent est sans pitié et dans la pente il n’y aucun abris.

De toute façon impossible d’arrêter là, ce serait plus dur de faire demi tour en descente que d’aller au sommet. Je sens que Stéphane commence à perdre sa lucidité, je ne suis pas beaucoup mieux. Les panneaux 600/700/800 sont interminables, nous voilà de nouveau seuls, tous les autres concurrents vu jusque là nous ont doublé. Je suis transi de froid, le vent est sans pitié et dans la pente il n’y aucun abris. Pour espérer finir, nous faisons des pauses fréquentes pour essayer de récupérer et je n’ai pas d’autre choix que de sortir la couverture de survie obligatoire pour essayer de m’abriter un peu le haut du corps. Au loin dans le brouillard nous entendons les concurrents devant annoncer le panneau 900, nous savons que nous touchons au but mais nous ne voyons absolument rien. Nous croisons la piste qui redescend et des binômes qui étaient avec nous dans la montée qui ont fini. Un ultime petit raidillon, on aperçoit des drapeaux, il est plus que temps que ça finisse!!! Nous franchissons la ligne d’arrivée en 6h37, il nous aura finalement fallu 1h45 pour venir à bout du KV.

les vieux neptuniens

Ce fut une expérience très particulière, le Swimrun jusqu’au pied du KV est très agréable et un des meilleurs que nous ayons fait en France. La fin avec le KV est un monde à part que nous sommes contents d’avoir découvert mais que nous ne sommes pas certains de vouloir réessayer.
En tout cas l’événement dans sa globalité a été magnifiquement organisé et nous remercions les bénévoles pour leur gentillesse et leur efficacité à tous les niveaux!

Jean Nicolas des vieux Neptuniens

https://www.instagram.com/lesvieuxneptuniens/

les résultats de la manche de Laffrey : https://my.raceresult.com/155557/Live?lang=fr

Le site de Swimrunman : https://www.swimrunman.fr/