ÖtillÖ swimrun 2020 vs SARS-CoV-2

Les compétitions de swimrun en temps de Pandémie SARS-CoV-2 : Le Circuit ÖtillÖ

Depuis que Michael Lemmel et Mats Skott ont repris le flambeau en 2006 du défi un peu fou des quatre amis (Jesper et Mats Andersson, Anders Malm, Janne Lindberg) la marque ÖtillÖ, devenue le premier circuit mondial, se confond avec l’avènement même du Swimrun dans le monde de l’outdoor. Michael revient pour nous sur les nouveautés du circuit ÖtillÖ 2020 et le bouleversement majeur de la pandémie de SARS-CoV-2 sur le monde sportif.

Michael Lemmel & Mats Skott lors d’un briefing (Cannes 2018)

Swimrun France : Bonjour Michael, il y a 2 ans je m’entretenais avec toi au sujet du circuit ÖtillÖ. La nouvelle saison 2020 de swimrun a commencé sur les chapeaux de roues pour le circuit ÖtillÖ World Series avec la première édition de la manche américaine ÖtillÖ à Catalina Island.

Michael Lemmel : Bonjour mon ami. On a eu une énorme chance de pouvoir réaliser la course à Catalina avant ”la tempête du covid”. L’investissement était grand et c’était très bien qu’on ait pu réaliser la course. Le weekend de course était sublime. Avec beaucoup de coureurs, plus de 500 au total. Une superbe ambiance et trois distances parfaites. La World Series est une course très dure. Les vues, l’ ambiance et les courses étaient au top. Le niveau Américain est un peu plus faible qu’en Europe mais dans deux ans il vont être des fusées.

Avec la situation Covid nous avons perdu beaucoup de financement

M.Lemmel

Le swimrun augmente vraiment en popularité. Les gens sont intrigués. On a eu des très belles retombées médiatiques avec un grand article dans le New York Times comme la plus importante. Pour le futur on espère établir cette manche à Catalina, après on verra. Avec la situation Covid nous avons perdu beaucoup de financement. Il faut maintenant travailler fort pendant 2 – 3 ans avant de faire des nouvelles courses autre qu’en Europe.

SRF: On venait juste de suivre l’apparition d’un étrange coronavirus à Wuhan (Sichuan, Chine). À l’époque (février 2020) y prêtais-tu attention ? À quel moment tu as su que cela allait impacter de façon massive le calendrier du circuit ÖtillÖ ?

ML: En fin Mars on a vu fermer pays après pays. C’ est pour ça qu’on a changé la (ndlr. programmation de la) saison dès le 9 avril. Maintenant on sera content si on peut maintenir le calendrier tel quel. Pas sûr encore.

Une course c’est une course, une marque c’est une marque mais une vie c’est une vie

M.Lemmel

SRF : Dans de nombreux pays courant mars, tout rassemblement était proscrit, les frontières se fermaient à tous ressortissants étrangers. En tant que circuit international, la start list ÖtillÖ est on peut dire « mondialisée ». Quels étaient tes sentiments à ce moment ?

ML: La crise économique est réelle. Mais ce n’ est pas important. La crise humanitaire dans la trace du Covid c’est plus important. Une course c’est une course, une marque c’est une marque, mais une vie c’est une vie. Donc nos sentiments vont vers tout le monde touché par le virus d’une manière ou une autre.

SRF: Les organisateurs doivent annuler ou reporter leurs épreuves plus tard dans le calendrier, comment s’est porté ton choix sur un report ou annulation ?

ML: On suit le développement de semaine en semaine dans les pays où l’on a des courses. À Hvar on a une très belle saison fin Octobre début novembre. Avec des températures d’ eau plus élevées qu’en Avril. Donc on a pu reporter la course. Isles Scilly on n’avait plus de place dans le calendrier pendant l’ automne et les tempêtes peuvent êtres très dures. Donc on a dû annuler. Utö, c’est notre course phare. Donc on a voulu la maintenir et on a dû annuler 1000 Lacs pour créer de la place pour Utö. Fin Septembre dans l’ archipel est fantastique et l’eau elle est plus chaude qu’en Mai. Espérons maintenant que le gouvernement change la règle des 50 personnes en Suède… si non on change pour 1000 Lacs de nouveau. Pour Engadin, on a vu que la possibilité de faire la course fin Juillet serai plus sûre que début Juillet. On a pris la bonne décision 🙂

C’est assez simple : les courses survivent ou non.

SRF: Qu’en est il du sujet épineux du remboursement d’inscriptions ? Il y a t-il des assurances qui ont pu être activées en faveur de l’ÖtillÖ ?
ML: Nous n’ avons pas d’ assurance qui marche quand il y a une pandémie. Je sais que Wimbledon s’est assuré contre une Pandémie et ça leur a couté une fortune. On a coupé au maximum nos couts, nos employés sont en pause de travail et on utilise un minimum d’ argent. C’est assez simple : les courses survivent ou non. 

Les sorties dans la nature seul, ou avec quelques amis très proches, restent comme une très importante partie de ma journée – tous les jours 🙂

SRF: En France, on est admiratif de la gestion pandémique de SARS-CoV-2 de la part de la Suède, pas de confinement. La vie en nature n’a pas été mis entre parenthèse 👉 (en France fermeture des parcs nationaux, forêt, sentier littoral et accès à la mer). Comment vois-tu cette situation étonnante en France vis à vis de l’outdoor ? As tu pu continuer de ton coté à faire du sport normalement ?

ML: Dans un an on saura quel pays a fait le bon choix. En ce moment on a toujours des morts tous les jours. C’ est le prix d’essayer d’immuniser la population . La Suède est mal vue par les autres pays. On saura dans le futur si cela aura marché. Mais, la liberté avec beaucoup de responsabilité a été et reste très importante. Mais les sorties dans la nature seul, ou avec quelques amis très proches, restent comme une très importante partie de ma journée – tous les jours 🙂

SRF: En France par exemple, notre ministre des sports a édité un guide pour la pratique sportive avec pour consigne d’avoir 10 m d’écart entre les coureurs à pied, entre nageurs. Que penses-tu d’une telle mesure ?

ML: Je pense que c’est important de garder la distance, on sait que le Virus est très contagieux et qu’il faut éviter de mettre chacun en risque. Si on peut garder la distance pourquoi pas?

SRF: Ayant des coupes du monde dans de nombreux pays avec différentes législations vis à vis du corona virus, comment comptes-tu gérer cela ?
ML: On est en contact avec les Ministères de santé de chaque pays et avec les mairies. On suit toutes les consignes données et on limite la taille des courses. On aura une “Covid-19 safety management plan” en place pour chaque course et pays..

SRF: D’après toi quelles sont les prochaines étapes pour un retour à la compétition sur le circuit ÖtillÖ ?
ML: Il faut limiter la taille des courses. Il faut maintenir les distances et refaire toutes la logistique – Briefing, remise de prix, inscription, départ, Ravitos etc .

SRF: La prochaine étape du circuit aura lieu fin Juillet à Engadin (Suisse), quelles sont les mesures qui vont être prises pour assurer la sécurité de tous les acteurs ?
ML: Le 24 Juin il y aura des nouvelles règles sanitaires en Suisse. On va les suivre à 100%. Avant cette date on ne fait rien.

J’ aimerai savoir comment la Covid-19 a changé les français.

M.Lemmel

SRF: En quoi ton expérience de l’outdoor et les valeurs du swimrun t’ont elles aidées dans cette pandémie ?
ML: Je pense que le plus important c’est de bouger dans la nature. N’importe comment. C’ est une question d’être dans les grands espaces où il y a peu de monde et beaucoup d’énergie positive. Il faut toujours s’ entre-aider et prendre ses responsabilités pour le bien des autres. 

SRF : Il y a t-il une question que tu aurais aimé que je te pose ?
ML : J’ aimerai savoir comment la Covid-19 a changé les français.

Akuna : Je pense que chacun a réagit différemment, parmi la population sportive le confinement était une grande source de frustration quant à la réponse du gouvernement vis à vis des espaces naturels. La tranche des seniors a été très inquiète surtout dans les zones rouges. Dans l’ensemble les français ont été remarquablement disciplinés d’après moi, même si on a l’impression que certains comportements égoïstes sur les réseaux sociaux dominaient. L’après confinement va sans doute engendrer un relâchement dans la distanciation physique, il est trop tôt à mon avis pour voir si les nouveaux gestes s’ancrent dans les habitudes.
Fix : J’aimerai penser qu’il y a eut une prise de conscience sur certaines valeurs comme la nature et le fait que nous vison dans des sociétés par définition inter-dépendantes entre elles et en interne. Malheureusement pour la grande majorité j’ai l’impression que cette crise a simplement renforcé les comportements et croyances pré-établies. L’avenir nous dira si les comportements individuels ont changé durablement.

SRF: merci d’avoir pris le temps de nous avoir répondu
ML: Merci à vous.

Michael Lemmel

Ressources photos Engadin 2019

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