Cannes, entre strass et plaquettes le temps d’un week-end

Plus accessible, plus urbaine, plus courte aussi… C’est la dernière née des courses Ötillö et la première en France. Elle clôture désormais la série avec ses 37 kilomètres dont 8 de natation. Samedi dernier, pour sa première édition, la course de Cannes, version longue, a réuni 155 binômes sur la ligne de départ de l’île Sainte-Marguerite, qui fait face à la ville. Dans chaque catégorie, les Suédois se sont imposés sur la plus haute marche du podium.

Tout commence par une traversée en ferry. Un classique sur deux courses de l’Ötillö qui met les coureurs dans l’ambiance et permet d’admirer le paysage, tout en découvrant la scène de départ autrement. Depuis Cannes, les deux navettes s’ébranlent, presque timides au cœur de ce port où les yachts rutilants, arborant pavillons offshores, sont amarrés à longueur d’année. À l’embouchure, les fonds spéculatifs laissent place aux fonds marins, l’île Sainte-Marguerite se dévoile en même temps qu’un lever de soleil d’un rouge flamboyant qui vient garnir les écrans de téléphones. L’émerveillement est là, la brise berce le voyage, l’île grossit et se rapproche, jusqu’au moment ou on aperçoit en haut du fort qui la surplombe, l’arche de départ.

Le flot de coureurs quitte le navire et grimpe jusqu’à l’enceinte fortifiée. Arrivée sur place : 8h. Départ prévu : 9h. La pression à le temps de monter doucement. Dernier détour aux toilettes où la file messieurs dépasse de loin celle des dames. La météo splendide, le circuit urbain, les 8 kilomètres de natation font partie des thèmes qui alimentent les discussions. La zone de départ se remplit de coureurs fébriles… et c’est le coup de pistolet! Les 95 binômes masculins, 44 mixtes et 16 féminins dévalent les pentes du fort et longent le sentier qui contourne l’île. Tantôt sableuse, tantôt terreuse, tantôt parsemée de rochers, la piste accueille une file ininterrompue de dossards rouges, verts et oranges jusqu’à la première natation où le peloton commence à s’étaler.

D’ «  île en île »

 

700 mètres séparent l’île Sainte-Marguerite de sa petite sœur, l’île Saint-Honorat, la seconde de l’archipel de Lérins dont il va falloir faire le tour à pied. La cohorte de swimrunners trace son sillon parmi les bateaux de plaisanciers pour atteindre le rivage. La température de l’eau est agréable, pas de quoi souffrir pour le moment. Sur la seconde île, on foule un joli chemin de terre plat. Tout le monde en vient rapidement à bout pour repartir sur la traversée d’ « île en île » en sens inverse. On termine le tour entamé de Sainte-Marguerite en courant, puis on se met à l’eau pour rejoindre le continent. Chaque binôme se voit attribuer une bouée pour cette première grosse natation de 1500 mètres dont on ne voit pas l’arrivée. Il faut s’accrocher et éviter de prendre la mauvaise direction.

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Une fois proche de la fin, une paddleuse nous indique de nous déporter sur la gauche, l’arrivée est derrière la digue. On distingue enfin l’amas rose de bouées alignées sur la plage à laquelle on vient ajouter un peu plus de couleur. Et c’est parti pour le bitume! Le second ravitaillement est bienvenu avant un enchaînement de courtes courses à pied alternant avec deux longues natations. Le point d’orgue sera celle de 2100 mètres qui, après avoir traversé Cannes et remonté la Croisette et ses hôtels de luxe jusqu’au fameux tapis rouge du Palais des festivals, laissera quelques traces. On croise de nombreux passants et on reçoit beaucoup d’encouragements de spectateurs apprêtés. Pantalons à carreaux, chemisiers repassés, mocassins et lèvres botoxées ne sont pas rares. Le contraste est amusant, l’ambiance est bonne.

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Entre route et chemins

 

Une fois les 2100 mètres terminés, la plus grosse partie dans l’eau est faite. Reste à boucler la plus grosse partie sur terre qui nous attend juste derrière. Plus de 8 kilomètres entre bitume et chemins du parc forestier de la Croix des gardes. On traverse quelques quartiers pavillonnaires. Le dénivelé est bien réparti jusqu’au point culminant marqué par l’immense Croix et une vue agréable sur la mer et sur la ville, le terrain de jeu de la brigade équestre du coin. On retrouve rapidement le goudron en retournant vers le centre de Cannes. Bénévoles et policiers sont présents à chaque traversée de route avec le sourire aux lèvres et des mots d’encouragement. Tous, sans exception. Nous longeons un quai où flottent quelques pavillons offshores avant de sautiller sur de gros rochers pour aller se remettre à l’eau. Une section de 1200 mètres où de nombreux binômes s’arrêtent de nager, cherchant leur direction.

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À la sortie de l’eau, les premiers bonbons font leur apparition sur les tables de ravitaillement. On reprend quelques forces avant la dernière ascension qui sera souvent évoquée lors des débriefs de fin de course. Une moitié de kilomètre vertical le long d’une ancienne voie ferrée. L’endroit a du cachet. Les mollets souffrent avant d’être délivrés sur quelques kilomètres vallonnés entre route et chemins, puis une descente à pic en forêt, puis épique dans le lit d’un ruisseau qui serpente au cœur d’une jungle luxuriante où les pierres affleurent et où agilité et crampons sont nos meilleurs alliés. Une fois l’obstacle franchi, on commence à sentir la fin, autant que la fatigue. La dernière longue section de natation de 1000 mètres fait du bien… pour ceux qui ont la chance d’éviter les méduses. Restent encore 800, 600, 600, 200 et 200 : dernier enchaînement rapide, puis c’est la montée des marches vers la cérémonie Ötillö… et la palme : son arche qu’on passe toujours avec d’autant plus de plaisir que la course a été éprouvante.

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En résumé : une course plus courte, oui (bien que beaucoup de montres affichent plus de 40 kilomètres au compteur), plus urbaine, oui mais pas forcément plus accessible dans sa version longue. Le niveau d’exigence reste élevé, dû en partie à l’importance de la natation sur le parcours. Restent les versions « Sprint » (15 km) et « Expérience » (7 km) du samedi. Elles se courent en binôme ou en solo, pour ceux qui voudraient commencer en solitaire. Géographiquement, elle reste la destination Ötillö la plus simple à rejoindre pour les Français.

Aurore Dupont

https://otilloswimrun.com/races/cannes/

Crédit Photos Akuna/ÖtillÖ

Plus de photos : https://www.flickr.com/photos/akunamatata/albums/72157674933809798

Le Mag Swimrun France numéro 4

Le Numéro 4 est sorti ! Au sommaire:

  • Edito
  • Pages Spéciales : Ötillö un lundi au soleil
  • Course du mois : Swimrun Matemale
  • Le swimrun aventure, un parfum de liberté
  • Le swimrun au Portugal
  • Matériel : les plaquettes
  • Expertise: La longe de long en large
  • Calendrier Septembre/Octobre

Tous les autres numéros sont disponibles en téléchargement

Une année de tous les records aux championnats du monde ÖtillÖ de Swimrun 2018

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Les premières équipes ont fait preuve d’une incroyable célérité pour ces 13ème championnats du monde ÖtillÖ de Swimrun 2018, une des course d’endurance d’un jour réputée parmi les plus dures au monde. Les conditions météo furent idéales pour instaurer un rythme très rapide tout au long des 75 km de course au sein de l’archipel de Stockholm. Toutefois personne ne s’attendait à ce que les athlètes écrasent les records chronométriques de façon aussi magistrale, et ce dans chaque catégorie, homme, femme et mixte.

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Vainqueurs 2018:
Hommes: Fredrik Axegård and Alex Flores (SWE), Team Sport Office, 7:39:25
mixte: Martin Flinta (SWE) and Helena Erbenova Karaskova (CZE), Thule Crew/Wolffwear Swimrun, 8:16:15
Femmes: Kristin Larsson and Annika Ericsson (SWE), Team Outdoor Experten, 8:56:26

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La 13ème édition de l’ÖtillÖ a accueilli 150 équipes représentant pas moins de 25 nations. Sur un parcours long de 75 km comprenant 65 km de trail technique et 10 km d’eau libre, les binômes ont enchainé les portions nagées et courues sur 24 iles de l’archipel de Stockholm (l’archipel en compte environ 24 000). Les athlètes courent et nagent dans la mer Baltique, traversant les plus belles parties de l’archipel, depuis le magnifique port de plaisance de Sandham vers « l’ile de l’amour » Utö. Les équipes vont tour à tour sillonner des iles désertes et résidences pittoresques d’été, devront courir sur des rochers extrêmement glissants, suivront des singles à travers des forêts denses et nager en se méfiant des courants.

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Les prétendants étaient si nombreux sur la ligne de départ qu’il était vraiment difficile de pronostiquer les vainqueurs de ces championnats du monde 2018. Les trois premières équipes de tête se tenant en quelques secondes après plusieurs heures de course. C’est Fredrik Axegård et Alex Flores (SWE) qui finalement arrivent à s’échapper et marquent les esprit avec un temps record de 7 heures, 39 minutes et 25 secondes, soit plus de 19 minutes que le précédent record. Chez les femmes le duo, multi championnes du monde de la spécialité, Annika Ericsson et Kristin Larsson (SWE) a bataillé dur pour s’imposer aussi dans un temps record, retranchant de 36 minutes leur record précédent datant de 2016. Fanny Danckwardt et Desirée Andersson (SWE) ont failli réaliser l’exploit de battre l’invincible binôme en menant une grande partie de la course mais elles ont dû se résigner en finissant 3 minutes 49 secondes derrière leurs collègues suédoises.

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Dans la catégorie mixte Martin Flinta (SWE) et Helena Erbenova Karaskova (CZE) ont assumé avec brio leur statut de favoris. Ils finissent avec une belle marge sur les seconds. Ils finissent 8ème au scratch avec un temps canon de 8:16:15, ce qui est aussi un nouveau record. Ils écrasent la marque chronométrique précédente de près de 33 minutes. Martin et Helena ont dominé les 5 manches de ÖTILLÖ Swimrun World Series en 2018 et sont en lice pour gagner le bonus de 33 000 € promis aux vainqueurs de toutes le manches s’ils gagnent à ÖTILLÖ 1000 Lakes (Allemagne) fin septembre.

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Podiums

Hommes
1. Fredrik Axegård et Alex Flores (SWE), Team Sport Office, 7:39:25
2. Jonas Ekman Fischer et Lars Ekman (SWE), Sailfish Team Bröderna Bäver, 7:42:07
3. Oscar Olsson (SWE) et Adriel Young (AUS), Team Ark Swimrun-HUUB, 7:44:20
Mixte
1. Martin Flinta (SWE) et Helena Erbenova Karaskova (CZE), Thule Crew/Wolffwear Swimrun, 8:16:15
2. Sam Clark (NZL) et Marika Wagner (SWE), Apollo Sports, 8:30:19
3. Thomas Schreven (NED) et Jasmina Glad-Schreven (FIN), Say no! to doping, 8:36:29
Femmes
1. Kristin Larsson et Annika Ericsson (SWE), Team Outdoor Experten, 8:56:26
2. Fanny Danckwardt et Desirée Andersson (SWE), Team Envol, 9:00:15
3. Charlotte Eriksson et Renée Huuva (SWE), Yo Running Club, 9:07:11

Résultats complets:

https://otilloswimrun.com/races/otillo/results-2018/

Crédit photographers: Jakob Edholm / ÖTILLÖ et Pierre Mangez / ÖTILLÖ

Le Mag Numéro 3

Le Numéro 3 est sorti !  Au sommaire:

  • Edito
  • Engadine: un Ötillö chez les Helvètes
  • Las Papayas, binôme au quotidien
  • Le swimrun à la sauce Italienne
  • Le swimrun au soleil
  • Mes chaussures coulent: mythe ou réalité?
  • Le trou d’air de l’été en France
  • Calendrier Août/Septembre

Numéros 1 et 2 disponibles ici.

Ce magazine sort tous les premiers jeudis de chaque mois et est disponible en version PDF ici en téléchargement.

Le Mag Swimrun France est également sur Facebook  et sur Instagram.

Il est écrit et édité par des swimrunners passionnés, pour des swimrunners et avec des intervenants swimrunners. À ce titre, nous sommes ouverts à vos suggestions, remarques, envies … à vous de nous dire ce que vous avez envie de lire ou d’écrire !

Aurore, Fix et Akuna

Présentation du circuit ÖtillÖ 2018

Depuis que Michael Lemmel et Mats Skott ont repris le flambeau en 2006 du défi un peu fou des quatre amis (Jesper et Mats Andersson, Anders Malm, Janne Lindberg) la marque ÖtillÖ, devenue le premier circuit mondial, se confond avec l’avènement même du Swimrun dans le monde de l’outdoor. Michael revient pour nous sur l’évolution et les nouveautés du circuit ÖtillÖ 2018 tout en insistant sur les valeurs qui sous tendent le succès grandissant de ce sport.

 

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Michael Lemmel & Mats Skott

Swimrun France : Bonjour Michael, une nouvelle saison de swimrun est sur le point de commencer pour le circuit ÖtillÖ World Series. Mais avant d’en parler de suite, peux tu présenter ton championnat ÖtillÖ World Series aux nombreux français débutant dans le swimrun ?

Michael Lemmel : ÖTILLÖ est la course originelle d’où la vague Swimrun est partie en 2006. Elle est depuis 2012 considérée à juste titre comme les championnats du monde de Swimrun. Nous voulions diffuser la pratique du Swimrun dans des nouvelles communautés, sur des terrains variés et différents sur lesquels le swimrun s’adapte de manière pertinente, nous y avons crée les Swimrun World Series. Avec des courses ancrées en Suède, Croatie, Suisse, Grande Bretagne, Allemagne et d’autres à venir, ces épreuves sont à la fois mythiques et pittoresques. Elles servent également comme manches qualificatives au Championnats du monde.

SRF: Quelles sont les nouveautés en cette année 2018 pour les ÖtillÖ World Series et finale (Championnats du monde) ?

ML: En 2018, on espère ajouter au moins une date supplémentaire au World Series. On s’essaiera aussi à un nouveau format test de course à trois épreuves de cette saison. En effet, nous poussons fermement à rendre plus accessible notre sport à des nouveaux compétiteurs en vue de les fidéliser. Vraisemblablement, ce nouveau format devrait s’imposer sur toutes nos épreuves du weekend*en 2019.

La qualification à l’ÖtillÖ est devenue plus accessible avec le 7/24 format: vous aurez un slot garanti si vous, avec le même binôme, êtes finishers de 5 courses labélisée ÖtillÖ World Series et 2 courses labélisées « Merit » sur une période de 2 années. Au cours de cette expérience, vous allez être bien préparés à l’ÖtillÖ car vous accumulerez beaucoup d’expérience, découvrirez de nouveaux endroits. En effet, cela serait dommage d’aller sur la course majeure du circuit pour ne pas la terminer ?

SRF: D’après toi, anticipes tu une croissance toujours aussi soutenue du swimrun durant les années à venir ? Crois tu que les valeurs de ce sport sont la raison de ce succès ? Et enfin penses tu que le swimrun en tant que sport risque d’évoluer différemment au gré des politiques sportives de chaque pays ?

ML: La multiplicité d’épreuves bourgeonnant un peu partout signifie qu’il va y avoir une croissance continue en terme de compétiteurs. Pourtant, à l’heure actuelle, je pense qu’il y a pléthore de courses comparées au nombre de coureurs.. Nous allons avoir une consolidation à ce niveau avant un redécollage. Les sports tels la course à pied ou nage vont multiplier les standards de distance. Dans certains endroits, on va voir des formats de swimrun très courts et dans d’autres des évènements plus tournés vers l’aventure. Sur le long terme, c’est la pratique du sportif qui prévaut et fera la différence. Le swimrun grandira lorsque qu’il n’y aura pas que des compétiteurs mais aussi des personnes attirées par le seul plaisir de pratiquer. Pour ma part, je fais des très intenses et courtes séances en solitaire, il m’arrive aussi de faire de longues sorties lentes en mode exploration seul ou accompagné d’amis. Et enfin je participe à des épreuves officielles avec des amis. J’ai l’impression que c’est vers quoi le sport va s’orienter.

SRF: Quel seraient tes conseils pour les débutants en swimrun qui auraient pour objectif de participer aux championnats du monde à Stockholm ? Existe t-il un moyen (club, association) qui puisse accélérer l’apprentissage d’un pratiquant ?

ML: Énormément de personnes veulent démarrer par l’ÖtillÖ d’entrée de jeu. Je pense sincèrement qu’elles passeraient à coté de l’expérience Swimrun en le prenant de cette façon. C’est super de se fixer de gros objectifs, mais il faut prendre le temps durant quelques années histoire d’explorer de nouveaux endroits, de se découvrir soi même et se faire des amis par la même occasion. C’est cela le véritable esprit swimrun. Si vous arrivez à fonctionner de telle manière à donner plus d’importance à la découverte que la performance pure alors vous allez avoir beaucoup plus plaisir à accomplir vos rêves plutôt que d’accumuler de la frustration. Nous avons tous eu besoin de savoir ramper* avant de courir 🙂
(* ndlr: ramper se dit « crawl » en anglais, jeu de mots un peu difficile à traduire en français)

SRF: En France, on pense vraiment que nous avons le pays quasi parfait pour recevoir une des World Series. Comment est il possible que cela ne soit pas le cas ?

ML: Je suis d’accord avec toi. Néanmoins la législation française est assez tatillonne. On a essayé d’implanter un ÖTILLÖ Swimrun Weekend dans trois endroits différents, et pour des raisons variables nous n’avons pas réussi à le faire. On espère y arriver un jour car on est des vrais francophiles 🙂

SRF: Il y aurait il une question que tu aurais voulu que je te pose ?

ML: Comment peut on faire grandir ensemble le swimrun en France ?

ML: Notre désir est d’être une source d’inspiration pour les coureurs, les organisateurs et aussi les personnes qui veulent juste découvrir le sport. Notre ambition est de faire du Swimrun un pont entre les cultures et gens, d’avoir une attitude environnementale responsable et d’afficher un esprit chaleureux au lieu d’agressif. S’il te plait, pourrais tu organiser une ou deux grosses rencontres où l’on pourrait se rencontrer. Notre agenda est blindé à mort, mais entre les Isles of Scilly et Engadin je suis dans le sud de la France de toute façon.

SRF: Merci Michael, pour les évènements on va y penser sérieusement 🙂

ML: Thank you/ M

crédit photo : Jakob Edholm

Ci dessous l’intervention du co-fondateur de l’ ÖtillÖ Swimrun World Series Michael Lemmel lors des rencontres du Swimrun organisées sous l’égide de la Fédération Française de Triathlon devant un parterre d’organisateurs et des représentants de la FFTri.

No more cups

Photo: Jakob Edholm – ÖTILLÖ

L’organisation de l’ÖTILLÖ a annoncé qu’elle limitera le nombre de gobelets sur ses courses. Les verres seront disponibles seulement sur les deux premiers ravitaillements pour éviter les embouteillages, mais pour le reste de la course les concurrents devront transporter une tasse personnelle s’ils veulent boire. Le but est de réduire le gaspillage et la pollution. Cette pratique est courante en trail. Va-t-elle se généraliser en swimrun ?

Julien Valette, une vie de swimrunner à cent à l’heure

Témoignage de Julien Valette sur cette année 2017 de tous les superlatifs : organisateur d’une des plus grandes épreuves de Swimrun hexagonal, compétiteur aux championnats du monde de L’ÖtillÖ, acteur du circuit Swimrun National Tour, tout jeune papa et encore …étudiant, il répond à nos questions dans cette interview.

Swimrun France :  Bonjour Julien, tu as eu une saison 2017 bien remplie avec en tant qu’organisateur de la seconde édition du Swimrun Sang Pour Sang Vassivière le 18 juin 2017 et aussi ta participation au Championnats du monde de Swimrun à Stockholm (Suède) : l’ÖtillÖ avec Pierre André Anizan. Peux-tu revenir pour nous sur cette aventure suédoise ?

Julien Valette : Bonjour Akuna, je sors en effet d’une saison de swimrun bien remplie mais que demander de mieux que de s’épanouir dans un sport aussi riche ?!

Revenir sur l’ÖtillÖ, c’est revenir en janvier dernier ! Avec Pierre-André nous nous fixions comme objectif d’intégrer la finale ÖtillÖ en 2017 ou 2018. Etant tous deux étudiants nos budgets sont très limités, il nous faudra donc viser la bonne course qualificative si nous souhaitons être de la partie en septembre. Pierre-André a beaucoup de chance dans tous les jeux auxquels il participe sur les réseaux sociaux (tu sais le genre de jeu où il faut partager une publication et parmi les 2000 personnes qui partagent il y en a une qui gagne … et bien souvent c’est PA qui gagne !). Nous réfléchissons donc à nous engager sur Engadin et nous inscrivons à la loterie ÖtillÖ … sur un malentendu ça peut passer !

Le 26 janvier 2017 nous sommes tirés au sort pour participer à ÖtillÖ, s’en suivra une aventure unique et incroyable ! Le récit de notre course est à retrouver sur notre page Facebook (https://www.facebook.com/teamswimrunSPSS/).

SRF : Il y avait sans doute aussi beaucoup de personnalités présentes à l’ÖtillÖ, notamment des organisateurs, as-tu pu échanger avec quelques-unes à ce sujet ?

JV : Sur ÖtillÖ j’ai finalement rencontré beaucoup plus de français que d’étrangers (cela a peut-être un rapport avec mon aisance limité à l’oral en anglais). Je discute finalement beaucoup plus avec les organisateurs étrangers par mails interposés que de vive voix !

SRF : Concernant le Swimrun de Vassivière, peux-tu nous rappeler les chiffres marquant de l’année 2017 par rapport à l’année 2016 ?

JV : Bien entendu, 373, c’est le nombre de binôme que nous avons accueilli l’année dernière, nous avons ainsi plus que doublé le nombre d’inscrit par rapport à 2016.

16 et 68, ce sont les âges extrêmes des participants au SRV en 2017. 1000, c’est le nombre de personnes présent sur le site de l’évènement en comptant les familles et amis des athlètes.

4651, C’est en euros le bénéfice du SRV et donc la valeur du don à l’association Sang Pour Sang Sport.

38 906, le budget en euros du SRV 2017

1000, c’est le nombre d’heure que j’ai passé sur le projet avec ma femme Ophélie, il faut facilement en ajouter 400 de plus réalisées par l’équipe des bénévoles pour se rendre compte de l’investissement que représente l’organisation d’un swimrun en France.

SRF : Les inscriptions pour l’édition 2018 viennent tout juste de s’ouvrir mi-octobre, quelles sont tes ambitions pour la troisième édition ?

JV : Je vois que tu as travaillé le sujet 😉 Nos ambitions reprennent en effet ces 3 topics :

Nouveauté : il y aura cette année des courses pour les jeunes athlètes nés en 2006 et avant. Augmentation du nombre de participant : nous souhaiterions cette année passer la barre des 1000 participants. Invitation de VIP : les meilleurs français seront conviés à notre épreuve. Les team « BBrocket », « Brad Shark », et « Smart athlète Zone3 » ont déjà répondu positivement à notre invitation !

SRF : Je rappelle que ton épreuve fait partie du swimrun national tour pour la seconde année (circuit regroupant plusieurs courses emblématiques de leur région), quelles sont les nouveautés sur le circuit en 2018 ?

JV : Beaucoup de nouveautés sur le SNT en 2018 à commencer par l’intégration de nouvelles épreuves ! Nous nous rapprochons du style de format que nous souhaitions proposé au lancement du projet, la mise en place du circuit se passe bien mais prend un petit peu de temps, nous espérons être pleinement opérationnel dans les mois à venir.

SRF : La FF tri commence à communiquer sur sa stratégie à moyen terme pour le swimrun (réunion de tous les organisateurs prévue début novembre). Que peut apporter d’après toi et surtout que doit apporter une fédération pour les organisateurs de swimrun en France ?

JV : On peut tout d’abord souligner les efforts que fait la fédération française de triathlon pour venir à la rencontre des organisateurs et des swimrunner. Je suis par ailleurs très heureux d’avoir été convié pour une réunion à Paris avec l’ensemble des organisateurs de swimrun.

Pour moi, mais cela reste un avis personnel, une fédération doit permettre le développement du sport dont elle a la délégation. Cela passe à minima par une aide aux organisateurs qui en ont besoin, aide qui peut être logistique, organisationnelle, pécuniaire … Un excellent exemple s’est déroulé dans le nord dans le cas de l’organisation de l’Authieman où la fédération est venue appuyer le dossier de Jean-Marc Lamblin auprès des autorités locales.

Ce que je comprends moins, ce sont les sommes demandées pour obtenir une licence organisateur, le droit d’organiser une épreuve, les pass compétition à un prix, à mon avis, exorbitant (cela devrait être prochainement revu et harmoniser sur le plan national). En effet à quoi servent par exemple les assurances permettant de rembourser les athlètes en cas de casse matériel dans le parc à vélo en swimrun ?

Organiser un swimrun coûte extrêmement cher et prend énormément de temps, quand dans mes comptes j’inscris une ligne de coût il faut qu’il y ait une vrai plus-value pour mon épreuve, je ne l’ai pour l’instant pas trouvée avec la FF tri. Peut-être la réunion du mois prochain me fera-t-elle changer d’avis ?

SRF : Revenons sur Vassivière, tous les participants ont loué le site unique du lac de Vassivière pour faire du swimrun, mais aussi beaucoup d’entre eux ne connaissaient pas cet endroit touristique du Limousin. Le swimrun est-il un facteur intéressant pour faire la promotion d’un territoire ?

JV : J’en suis en tout cas intimement convaincu ! Lorsque l’on parle avec les athlètes et qu’ils nous disent qu’ils reviendront surement en stage de triathlon, ou en famille le temps d’un weekend, on se dit forcément qu’on participe au développement touristique du territoire. Mais si le swimrun fait la promotion du lac, il ne faut pas oublier qu’au départ c’est surtout grâce au lac et à ses acteurs locaux (Syndicat Mixte du lac de Vassivière et office de tourisme du lac de Vassivière) que le swimrun Vassivière existe et prospère !

SRF : Sang pour sang Sport Vassivière, que signifie ce « sang pour sang », c’est un appel viril de Sylvester Stallone, une promotion au don de sang ?

JV : Haha alors non pour Stallone, et si l’association n’a pas été créé pour la promotion du don de sang elle en fait tous de même la publicité par son nom et c’est tant mieux !

Pour revenir sur l’association « Sang Pour Sang Sport » elle a été créée en 2008, elle a pour but l’organisation d’évènements sportifs avec un double objectif : sensibiliser le monde du sport sur la maladie du lymphome (cancer du système lymphatique) et récolter des fonds par l’organisation d’évènement sportif afin de venir en aide aux patients atteints.  En effet chaque année près de 200 000 personnes meurent d’un lymphome dans le monde. Le lymphome est le 6ème cancer le plus répandu en France et touche toutes les tranches d’âge de la population

SRF : Julien, tu es un jeune organisateur avec une grande épreuve de swimrun déjà, quel conseil donnerais-tu à un organisateur qui voudrait se lancer dans l’aventure swimrun ?

JV : Lors de l’organisation de votre événement vous allez passer par beaucoup d’état différents, excitation, dégout, fatigue, émerveillement ! Les maîtres mots sont motivation, détermination et passion pour ce sport ! (Je te remets en fichier joint le petit guide que j’avais fait, [ndlr ci dessous cliquer sur l’image pour y accéder]).

La communauté des organisateurs est pour le moment assez restreinte en France et on communique pas mal entre nous pour se refiler les bons tuyaux ! J’arrive à être en relation avec un certain nombre d’organisateurs avant leur première épreuve, nous éprouvons à peu près tous les mêmes difficultés. Toutefois quelle récompense le jour de notre manifestation de voir tous ces sourires sur les visages des swimrunners !

SRF : Merci Julien

Les inscriptions pour le swimrun de Vassivière 2018 sont ouvertes depuis mi octobre. N’attendez pas trop pour vous inscrire au vu du succès de l’édition 2017.

https://www.swimrun-sangpoursangsport.com/

https://www.facebook.com/teamswimrunSPSS/

(Interview réalisée entre le 19 et 23 octobre 2017)

Un Ötillö avec les tripes

NadZa Uto 2017

NadZa tema souriants a Uto 2017 photo World of Swimrun / Swimrun France

L’Ötillö c’est une aventure pour tous et toutes, pas que pour quelques équipes devant. Tout le monde a son histoire personnelle qui mérite d’être racontée et lue. François Dubuc nous fait partager sa course avec Nadja Van Camp. Un binôme mixte, international, solidaires du premier au dernier pas.

Nad et moi, la NadZa , on était bleus bites sur l’ötillö cette année. Voici, un compte rendu du truc qu’on a vécu. En espérant que ça donne envie.

En fait je ne sais pas par où commencer.
Et pour éviter le pathos,
Oui, c’était dur
Oui, il y avait du vent, de la pluie du froid et des vagues
Oui j’ai explosé et subi.
Oui j’ai eu peur de ne pas finir

Mais en signant pour cette course lorsque nous avons reçu notre last minute slot après un roll down #notredamedelachatte, on savait que je n’avais pas les 65 bornes de course à pied dans les cannes.

On voulait y aller, c’est tout.
Voir Sandhamn,
Nager le pig swim,
Courir -si possible- le semi d’Ornö,
Et surtout, pleurer à Utö « island of love ».

gueuler devant la Baltique parce qu’il faut se foutre dans de l’eau à 12

Bref, c’est comme ça qu’on se retrouve à 7km de l’arrivée de l’Ötillö Swimrun World championship,après en avoir nagécouru 68, passé le dernier cut off, à gueuler devant la Baltique parce qu’il faut se foutre dans de l’eau à 12 pour commencer les derniers tronçons de la course , 1km de nat en 4 fois et 5 à pied.

Et que ça fait deux heures que je suis sec.
Sec.
Sec.
Et gelé.
Si prêt si loin.

Départ 6h du mat. Il pleut des cordes. Un très fort vent souffle sur l’archipelago.

On a peur. Mais on est bien avec notre peur. Un été studieux fulldoublepullplak, puristes s’abstenir, a gonflé mes épaules autant que ma confiance. Je me sens capable de tenir la baraque en nat. En gérant bien la course à pied et les cut off, ça va passer.

course foretDe fait, le début de course est plutôt soft. La 1ère nat de 1700 rassurante. la flotte n’est pas gelée et j’emmène le 53×11 easy style. En course à pied, ce n’est pas roulant, ça bouchonne un max, permettant d’être relax. Vigilance de rigueur car déjà des abandons sur chute. Les cailloux mouillés sont glissants au possible et malheur à ceux qui confondent vitesse et précipitation. Certains passages à pieds sont quand même scabreux. Limite du 4 pattes, escalade ou descente en rappel pour certaines transitions .

Dans l’eau, ça va toujours bien. Pas mal de courant, pas mal de vent et de houle obligent à s’engager en permanence. Pas question de se la jouer cool « je tourne les bras et j’arriverais bien au bord ». Non, il faut lever la tête souvent pour si besoin corriger le cap, limiter les temps mort pour ne pas dériver et appuyer fort pour lutter contre les vagues, exercice nouveau mais ludique pour les bitos que nous sommes en eaux libres.

On est bien dans nos baskets, à faire ce que l’on sait faire , sans plus. Chaque station de chrono est l’occasion de penser à nos amis, que l’on imagine devant le tracker.

On est comme en pleine mer avec des vagues qui déferlent

36202224084_be865b78ef_oPig swim time. Situé à mi-course, c’est la portion de nat la plus exposée. 1400 m à guetter le point stroboscopique de la sortie d’eau. Là, c’est du brutal. Ça secoue, ça fait même un peu peur. On est comme en pleine mer avec des vagues qui déferlent, qui te poussent vers la sortie. Nad derrière est une boule de flipper, les vagues la propulsent sur moi puis l’éloignent, je sens la corde se tendre et se relâcher et bim la revoilà.

C’est long.

Comme disent les commentateurs du live « it’s dirty, it’s a dirty swim ». De fait tu nages comme un porc avec une idée fixe, atteindre ce foutu point stroboscopique.  Rétrospectivement, c’était trop bon cette bagarre, cet engagement pour avoir le droit de continuer.

Trop bon mais énergivore. Car si la Baltique a des creux, mon estomac aussi, et ça commence à foirer question ravito, Plus grand chose ne passe.

« Plus envie de manger, attention danger »
J’ai creusé ma tombe, le semi d’Orno implacable juge de paix va vouloir m’y allonger. Très vite, sur cette portion roulante, je n’ai plus la force de courir. On essaye de fractionner , d’alterner marche/ petit trot mais peine perdue.

Il pleut, il vente, on se les pèle. Nad passe devant et me tracte en marchant vite pour se réchauffer. Mon challenge perso est d’arriver à me rapprocher d’elle, détendre la corde. Peine perdue. Pendant les 3 heures de ce semi, je n’ai plus de jambes, plus de force, plus d’estomac. Mais j’ai le plus important, ma binôme #serialkilleuse#angegardien.

No more swim, welcome to Utö, island of love

Et c’est comme ça…
qu’après avoir nagécouru 68 bornes, passé le dernier cut off, qu’on se retrouve à 7km de l’arrivée de l’Ötillö Swimrun World championship, à gueuler devant la Baltique parce qu’il faut se foutre encore dans de l’eau à 12 pour commencer les dernières sections de la course , 1km de nat en 4 fois et 5 à pied.

Je suis sec sec sec et gelé.

4 courtes natations à très fort courant, 4 efforts maximum pour ne pas louper l’île, pas le droit de mollir, une fois qu’on se lance, c’est tête dans le guidon.
A bloc.
Tellement peur de craquer.
On gueule tous les deux notre rage, notre envie, notre peur, nos douleurs.
embrassade endLa NadZa au combat.
Un bénévole nous accueille avec un « No more swim, welcome to Utö, island of love » .
Plus trop de souvenir des 4 bornes à pied qui nous amène à la ligne.
On a vu Sandhamn
On a nagé pig swim
On a « couru » le semi d’Orno
Et j’ai pleuré à Utö. »

Z de la NadZa

Photos © Ötillö & World of swimrun / Swimrun France