De la Riviera à la Croatie

Kate Williams et Alex Bermond de l’équipe Swimrun The Riviera nous font partager leur course épique au résultat impressionnant. Merci !

Dès notre arrivée à Hvar, le ton était donné. Un vent à plus de 50km/h et une houle atteignant presque 1 mètre. On savait d’ores et déjà que la course allait se jouer en natation.

Le briefing du samedi allait nous faire découvrir un nouveau parcours avec des modifications surtout en natation mais bien au contraire, Michael Lemmel nous a mis tout de suite dans le bain : pas de grosses modifications juste un décalage de la grande traversée de 3km plus à l’intérieur de la baie pour éviter que «les binômes ne s’échouent à Venise».

Vu les conditions de course, nos sentiments étaient partagés entre excitation et angoisse.

Prêts pour l’aventure!

OtilloLe lendemain, petit-déjeuner frugal et direction le port d’Hvar équipés et prêts pour l’aventure!
9.20 départ de la course comme pour un 400m. Tous les binômes sont à fond avec une première natation en paquet et, déjà, on se retrouve à la queue leu leu sur le chemin côtier. Jusqu’ici tout va bien. Petit aller-retour sur les pistes pour récupérer notre bouée de balisage obligatoire pour la grande traversée. Nous pointons à la 8ème place en binôme mixte.

ÖTILLÖ HVAR - 2017. Foto: JakobEdholm.comC’est parti pour 3km de nage dans une mer déchaînée avec un très fort courant latéral. Impossible de déterminer avec exactitude le point d’arrivée à cause d’un balisage presque inexistant. On voyait d’ailleurs les équipes dériver une par une. Notre seul véritable point de repère était derrière nous et, grâce à cela, nous avons pu trouver une trajectoire optimale pour éviter la distance en plus. Ayant choisi de ne pas s’encorder, nous tâchons également à rester à  moins de 10m l’un de l’autre – ce qui est loin d’être évident !

Enfin, nous visualisons la baie d’arrivée avec une bouée de balisage. Nous étions donc bien sur la bonne direction. Plus aucun binôme visible devant nous mais derrière, tous suivent notre trajectoire. Nous touchons terre, acclamés par un public chaleureux. Malheureusement, tout le monde n’a pas eu la même chance que nous. Un cut-off impitoyable a stoppé net un bon nombre d’équipes, plus celles récupérées par bateau avant même d’arriver sur la terre promise car elles dérivaient … vers Venise.

Un véritable plaisir pour les yeux

ÖTILLÖ HVAR - 2017. Foto: JakobEdholm.comS’enchaînent alors petites îles et traversées dans une eau bleutée, magnifique paysage alternant course trail en pleine garrigue et barres rocheuses très techniques. Un véritable plaisir pour les yeux. Sur cette portion-là, 3 binômes mixtes nous dépassent, plus expérimentés sur ce type de parcours. Pour regagner le port de Hvar, il nous reste une dernière traversée plus exposée au vent, où le race director Michael Lemmel en personne nous fait le briefing avant d’attaquer cette section de nage. Les consignes sont simples, tirer plus à droite face au vent pour éviter une dérive certaine. Nous misons quitte ou double sur une autre stratégie d’orientation en eau libre qui nous fait remonter 3 places en équipe mixte. Retour sur Hvar, à mi-parcours de la course, annoncé en 7ème position et annulation des 2 dernières natations. Une évidence vu que le vent ne faiblissait pas.

ÖTILLÖ HVAR - 2017. Foto: JakobEdholm.comNous attaquons une ascension dans la vieille ville par une série de marches, direction la Forteresse. De là, nous admirons la vue panoramique de la ville et des îles, mesurant enfin la beauté des paysages. Nous entamons une section de trail d’environ 5km à travers la garrigue, surplombant les corniches et les criques qui découpent la côte de cette magnifique île. Une grosse descente nous attend avant la dernière section de natation où nous pensons à bien nous alimenter. Et plouf dans une super eau bleue azur abritée du vent qui nous a bien rafraîchi. Comme nager dans un aquarium sans aucune contrainte. Un pur bonheur. Sur la fin de la natation nous doublons un binôme mixte qui avait l’air épuisé dans leur nage. Cela a nous a bien remotivé et c’est parti pour la dernière section de course à pied d’environ 15km.

Une montée raide nous attend sur au moins 2km avec marche forcée et, enfin, on se libère de notre couche de néoprène, une vraie bouffée d’air. Soudain, apparaît le binôme mixte que nous venons de doubler dans l’eau, nous laissant sur place. L’homme tractant son partenaire avec une force stupéfiante. Encore un viking ! On revient donc à la 7ème place. Maintenant les paysages et les surfaces s’enchaînent, routes bitumées, pistes, chemins de trail. Nous doublons un binôme mixte au ravitaillement du village de Brusje, un père et sa fille qui ont une belle complicité.

Les jambes sont fatiguées et les cuisses commencent à brûler

ÖTILLÖ HVAR - 2017. Foto: JakobEdholm.comOn est alors au point culminant du trail et on attaque la descente. Les jambes sont fatiguées et les cuisses commencent à brûler. On reste toujours lucides et à la recherche des rubans de balisage accrochés dans les arbustes. On aperçoit au loin des chasubles vertes (binôme mixte) qui semblent à notre portée. C’est parti pour la course poursuite en descente technique trail qui n’est pas trop notre fort. Le binôme résiste mas nous arrivons en même temps sur le dernier ravitaillement. On finit par les doubler dans les 3 derniers kilomètres de la course plutôt côtières et nous finissons 5ème binôme mixte en 7h26 avec un slot pour le  Ötillö Swimtun World Championship en septembre !!

Conclusion de cette course : de superbes paysages, une température d’eau idéale, des parties de parcours terrestres exigeantes et techniques. Et en ce qui concerne les portions aquatiques, c’est « mer nature » qui a le dernier mot. Un taux d’abandon de 50% pour cette édition !

A titre personnel, après cette première expérience World Series Ötillö, nous concluons qu’il faut essayer l’option de s’encorder au moins sur les sections aquatiques, et sur les parties terrestres, encore beaucoup de travail à faire surtout  sur les ascensions en marche rapide, les parties rocheuses côtières et les descentes techniques trail. Mais malgré tout, très contente de notre course et surtout de nos sections en eaux libres. Petits conseils aux swimmrunners : mettez des chaussettes montantes pour éviter des irritations au niveau de la puce et amenez de la crème anti-frottement pour vous badigeonner pendant la course !

Des Raiders à Hvar

Sabrina et Ludovic nous font partager leur expérience à Hvar, la première étape du circuit  Ötillö. Raideurs multisports ils ont l’expérience des épreuves longue distance et des courses en équipe. Ils ont décidé cette année de participer à des swimrun et tenter l’aventure Ötillö en équipe mixte … avec succès !

Samedi soir, le briefing de course a lieu dans le village avec vue sur les eaux bleu turquoise et les îles de la côte adriatique. Le ton est donné : la natation va être sportive avec le vent de Sud Sud-Est, les vagues et le courant. Le parcours en est même modifié afin de faire la longue section de natation, 2900m, moins exposée pour éviter d’aller chercher des  nageurs  à Venise !

Cette première et nouvelle manche de l’Ötillö World Series à Hvar a attiré du beau monde : beaucoup des actuels champions du monde sont annoncés sur la ligne de départ. Au final ce sont 110 équipes inscrites, dont 40 en mixte.

Après une bonne nuit de sommeil et plusieurs couches de vaseline pour se protéger des échauffements, on se présente sur la ligne de départ à 9h. Notre objectif pour la course est de nous tester physiquement sur l’enchaînement de ces deux disciplines, surtout la natation pour ma part. En revanche, nous avons l’habitude de courir ensemble et nous savons que nous sommes performants en équipe.

Je me concentre sur ma nage et je suis l’élastique

Croatia. April 2017. Hvar. Otillo Swim Run.

Le départ est donné à 9h20 avec pour débuter 300m de course sur le port et 300m de nage pour le traverser, ça met dans le bain ! S’ensuit une course dans les quartiers de Hvar sur un peu moins de 2km, nous voici dans le vif du sujet pour une natation de 1700m le long de la côte avec vent de dos. La mer bouge un peu mais tout va bien ! Sabrina a l’expérience de la nage en eau libre et mène l’allure. Moi je me concentre sur ma nage et je suis l’élastique. Je vois beaucoup d’équipes nous doubler mais je fais du mieux que je peux. J’ai fait le choix de partir sans plaquettes pour protéger mon épaule un peu sensible et je ne le regrette pas avec cette mer.

On sort de l’eau les jambes un peu engourdies et on attaque un aller-retour de 6km avec deux petites bosses. A mon tour de faire l’effort, je prends le lead pour nous ramener sur plusieurs équipes quelques centaines de mètres devant. En voyant les premières équipes revenir je constate à ma surprise que nous sommes 6ème mixte !

Je commence à avoir l’estomac en vrac

ÖTILLÖ HVAR – 2017. Foto: JakobEdholm.com

Ravitaillement rapide et nous sommes de retour au bord de l’eau pour le gros morceau de l’épreuve : 2900m de natation pour atteindre les petites îles d’en face. La clé sera d’arriver à suivre le bon cap sans dériver afin de trouver l’entrée de l’anse mais je fais confiance à ma coéquipière pour nous amener à bon port ! La mer bouge beaucoup et il n’est pas facile de nager correctement, les rares fois où je lève le nez la côte semble très loin… Après quelques tasses et plusieurs gorgées d’eau salée, je commence à avoir l’estomac en vrac. Je continue à m’appliquer, hors de question de s’arrêter. Je sais que ça ne durera qu’un peu plus d’une heure au maximum. À l’arrivée dans l’anse la mer se calme. Par contre l’eau me semble plus froide sur les derniers 500m, les bras se font lourds et je me refroidis.

ÖTILLÖ HVAR – 2017. Foto: JakobEdholm.com

A la sortie de l’eau les encouragements des locaux font chaud au cœur. Le premier ravitaillement solide fait du bien. Un peu d’eau, une banane dans chaque main et l’élastique se tend de nouveau. On est reparti mais cette fois ce n’est pas moi aux manettes ! La natation et le froid m’ont mis l’estomac en vrac et ont aussi attaqué ma lucidité. Sab gère et me fait courir sur les rochers à travers le chemin tracé à travers la forêt pour la course. Les transitions s’enchaînent et je ne suis bien que dans l’eau en position allongée ! Un comble pour un traileur ! Par contre, on avance en faisant des transitions rapides et on remonte plusieurs équipes en difficultés dans les cailloux. Avant de replonger dans l’eau pour retourner sur Hvar, Michael, le directeur de course, nous arrête afin de nous expliquer les consignes de sécurité pour cette section de natation de 560m un peu exposée.

Les deux dernières natations sont annulées

ÖTILLÖ HVAR – 2017. Foto: JakobEdholm.com

Au ravitaillement à Hvar, on nous annonce que les deux dernières natations sont annulées, bonne nouvelle pour nous ! Il nous reste donc 6km de course, 1700m de natation et 16km de course pour rentrer. Mes couleurs et mes jambes reviennent et je prends mon tour en tête dans les escaliers qui nous mènent au fort de Hvar. La vue est superbe à travers les collines ! On continue de remonter les équipes et on arrive rapidement à la dernière natation de la journée.

A la mise à l’eau les bras sont lourds mais l’eau est calme. On force sur les derniers 500m avec le vent de face pour rejoindre la dernière plage. Une longue montée nous attend. On enlève le haut de la combi et on se ravitaille dans la montée avant de relancer l’allure. Un peu avant le sommet un membre de l’organisation nous annonce que nous sommes 3ème mixte à notre grande surprise ! Nous ne sommes pas les seuls à avoir laissé des plumes sur cette grosse section de natation.

Instantanément je relance et force le rythme, il nous reste 15km pour aller chercher les deuxièmes. Nous enchaînons un peu moins d’1h30 de course sur les chemins rocailleux et exigeants de Croatie à relancer à chaque occasion pour grappiller du temps. Je sais que Sab souffre derrière et on se parle beaucoup pour éviter la chute ou la blessure. En arrivant sur Hvar, je sens mes forces qui diminuent à grande vitesse et le dernier kilomètre avant de couper la ligne d’arrivée me paraît interminable. Une bonne dose de sucre sera nécessaire pour retrouver mes esprits. Nous n’avons jamais vu les seconds, ils se savaient sûrement chassés et l’écart s’est maintenu. Au final 7h00 de course, 3ème mixte, 11ème scratch et 1ère équipe française.

ÖTILLÖ HVAR – 2017. Foto: JakobEdholm.com

La course fut dure mais très belle, un terrain exigeant à notre avantage et une natation qui a fait la sélection : seulement 51 équipes finissent la course sur 110 au départ !

Le travail d’équipe a été fructueux et nous avons pu tirer le meilleur parti de nos forces et nos faiblesses. Notre choix de matériel fut aussi le bon et les combinaisons Colting wetsuits sont de supers produits qui offrent un très bon confort et une bonne glisse en natation. Un peu d’eau et de nourriture pour les longues sections de course sont important pour palier au coup de fatigue.

Maintenant les esprits sont tournés vers L’Ötillö en septembre où il faudra être bien meilleur !

L’épreuve ULTRA SWIMRUN CÔTE VERMEILLE, sélectionnée pour les « ÖTILLÖ Merit Races »

Le circuit ÖTILLÖ continue à s’étendre, à la fois en terme d’épreuves développées telles les « Qualifyer » qui offrent des places directes pour la finale des championnats du monde à Stockholm (Suède), mais aussi en terme d’épreuves avec un Label « Merit Race » qui elles ouvrent la porte à un classement aux points (ranking). A la fin de la saison le 31 décembre, des places pour la finale sont réparties aux meilleurs classés. Le moindre point marqué constitue un critère obligatoire à obtenir afin de participer à la traditionnelle loterie fin janvier pour l’attribution des derniers slots des championnats du monde.

SwimRun France : Bonjour Sylvain, Olivier, pouvez vous nous expliquer en quoi consiste cette labellisation « mérite » du circuit ÖTILLÖ ?

Olivier & Sylvain : Cette labellisation inscrit l’épreuve ULTRA SWIMRUN CÔTE VERMEILLE,  la première et la seule épreuve française, parmi les « ÖTILLÖ Merit Races », une sélection de 12 courses qualificatives à travers le monde. Elle est désormais une occasion pour les swimrunners qui oseront relever le défi de collecter des points pour le classement « ÖTILLÖ Swimrun Ranking System », et d’être sélectionné pour la finale mondiale.

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Selon Michael Lemmel (directeur de course de l’ÖtillÖ), « Les évènements Ötillö Merit sont les évènements que nous considérons les meilleurs quand il s’agit de la sécurité, l’expérience des coureurs, la qualité de la course et de sa gestion. Ces événements sont généralement les premiers d’un territoire et nous les voyons tels des phares pour guider le SwimRun »

SRF : D’un côté pratique, avez-vous soumis un dossier à l’organisation ?

O&S : Oui , tout à fait, accompagné par des ami(e)s de grande qualité, nous avons monté un dossier de présentation de l’évènement d’une trentaine de page, où nous avons présenté les spécificités de notre évènement : éthique, parcours, sécurité, organisation, rayonnement … 3 mois auront été nécessaires pour finaliser ce dossier.

SRF :  Faut-il du temps pour décrocher cette labellisation ?

O&S : Le dossier envoyé, Michael Lemmel (Race director, ÖTILLÖ Swimrun World Championship) a été très réactif. Il s’est passé une semaine avant que nous recevions un contrat d’engagement. Olivier et moi-même étions ravis. Pour bien comprendre notre joie, il nous faut vous présenter l’origine de cette épreuve, elle est très spéciale à nos yeux. Nous avons réalisé les parcours, et chacune des portions a été réfléchie, validée pour espérer un jour briguer le label « ÖTILLO Merit Race ». Cette course regroupe toutes les valeurs de la Swimrun qu’Olivier et moi souhaitons transmettre : la solidarité au sein du binôme, la beauté et l’authenticité des sites traversés, la valorisation du patrimoine culturel et historique de la Côte Vermeille avec ces châteaux et ses tours, le respect et le soutien de tous les acteurs présents, ainsi que l’interaction des organismes privés ou d’états, née autour de cet événement.

SRF : Qu’en est il de la barrière de la langue (suédois obligatoire) ?

O&S : La barrière de la langue n’a pas été un problème. Le dossier a été proposé en anglais. Par la suite, l’ensemble des formalités et des échanges se sont réalisés dans la langue de Shakespeare.

SRF :  D’un point de vue qualitatif, quels sont les points forts du Swimrun de la côte vermeille qui ont plu dans le dossier ?

O&S : Entre les Pyrénées et la Méditerranée, l’ULTRA traverse 5 communes (du sud au nord, Cerbère, Banyuls sur mer, Port-Vendres, Collioure et Argelès sur mer), chacune riche d’un fort patrimoine culturel et historique. Située au cœur d’un des plus beaux écrins naturels de France. La Côte Vermeille est la pépite des Pyrénées-Orientales.

Les concurrents ont l’opportunité de traverser un territoire exceptionnel composé de: – 6 sites natura 2000, – 1 réserve marine nationale (Cerbère-Banyuls sur mer) – 1 parc marin (Golfe du Lion) – 1 zone marine éducative (Enfants de la mer) Nous avons dû convaincre de nombreux gestionnaires, comme le Parc marin du golfe du lion, le Conservatoire du Littoral, la Direction départementale des Territoires et de la Mer, la Réserve marine nationale, les municipalités traversées, le conseil départemental, la région, les zones portuaires, les gestionnaires privés … et beaucoup d’autres. Nous avons véritablement rêvé ce parcours. Notre but ultime était de faire découvrir les plus beaux atouts de la Côte Vermeille, de la manière la plus simple et la plus pure. Les portions terrestres et aquatiques sont des moments privilégiés pour les compétiteurs, de découvrir ou de redécouvrir notre côte. L’Ultra a une réelle valeur affective pour nous, elle symbolise la quintessence de notre évènement.

Cette épreuve exigeante, met l’organisme des concurrents à rude épreuve, c’est une certitude. Cependant, la hardiesse de cette course est un excellent support pour parfaire le soutien et l’entraide au sein du binôme.

Avec ses 60km de distance et ses 2.5km de dénivelé positif, joindre la ligne d’arrivée est un véritable défi. Et à ce titre,  nous la voulions à l’image de la Côte Vermeille, magnifique… mais exigeante. Elle se mérite !

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SRF :  Le fait d’être déjà dans un circuit (Swimrun National Tour) qui promeut des valeurs proches de l’ÖTILLÖ a aidé ?

O&S : Assurément, cela a appuyé notre demande. Nous partageons les valeurs que prône le SwimRun National Tour.

Les évènements labélisées Swimrun National Tour vont au-delà des préoccupations sportives et s’inscrivent dans une démarche plus large de développement durable. Ces évènements tels des ambassadeurs, véhiculent au niveau national, les valeurs intrinsèques de cette belle discipline. Nous nous réjouissons d’avance de pouvoir évoluer au côté d’autres organisateurs (NDLR : Swimrun de Vassivière, The Riviera Nice-Monaco et d’autres en cours d’intégration) partageant cette vision. Et ainsi, faire progresser le Swimrun français ensemble !

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SRF :   Vous avez lancé votre épreuve suite au reportage d’intérieur sport sur l’ÖtillÖ,  vous êtes le 1er français à avoir obtenu ce label, avez-vous l’impression d’avoir bouclé la boucle ?

O&S : Absolument pas, cette étape était une des étapes, présentée dans le tout premier dossier, que nous avions présenté en mairie.

A l’époque, de nombreuses personnes, nous ont déconseillé de lancer 4 épreuves et de se cantonner à La Courte et La Moyenne pour l’édition 2016. C’était sans compter sur une conviction profonde que cet évènement était amené à devenir une course maîtresse dans le monde du SwimRun.  Aujourd’hui, nous pouvons nous valoir d’avoir la Moyenne et La Longue qui sont labellisées épreuves nationales sur le SWIMRUN NATIONAL TOUR. Et l’Ultra qui est labellisé mondiale sur « l’ÖTILLO Merit Race ».

Nous sommes fiers de cette reconnaissance nationale et internationale. Elle concrétise des centaines d’heures de travail et prédit de nombreuses heures à venir ;). Nous ne comptons pas nous arrêter là, nous avons encore beaucoup de projets en tête…

Nous profitons, de cette mise en avant, pour remercier nos ami€s, familles, nos compagnes, qui nous accompagnent et nous supportent au quotidien, sans jamais faillir, depuis le début de cette aventure. Merci, on vous aime.

Sylvain et Olivier.

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Nicolas Remires: retour sur l’ÖtillÖ

Bonjour Nicolas. Nous avons discuté avant l’ÖtillÖ qui s’est déroulé il y a quelques jours et tu as gentiment accepté de prendre le temps de répondre à nos question après la course. Pour commencer, comment était la météo ?

NR: La météo était idéale. Un bon vent de dos presque toute la journée. Pas trop chaud jusqu’à midi. Parfait pour battre le record.

Le peloton de tête. Nicolas et Pontus au premier plan ©OtillO
Le peloton de tête. Nicolas et Pontus au premier plan ©OtillO

Le départ de la course avait l’air assez rapide. Comment est-ce que cela s’est passé ?

NR: Le départ de la course ne fut pas si rapide que cela en fait. On s’est détaché avec Team Headswimming, Swedish Armed Forces and some Americans, mais l’allure était très contrôlée. Ce qui a permis à d’autres équipes de rester pas trop loin et même de revenir sur nous. Ce qui est dommage. C’est une longue course et personne ne voulait mettre une allure plus élevée.

Puis Swedish Armed Forces avaient planifié d’attaquer à la fin de la première longue course sur l’île de Runmaro, en forêt. On a perdu 50 mètres sur une inattention et on n’a jamais pu les récupérer. C’est dommage. Seuls Team Headswimming est restée au contact.

Ornö est souvent considéré comme un juge de paix dans la course et pour te citer tu disais que les 19km de course à pied étaient ‘horribles’. Tu confirmes?

NR: Ornö est horrible pour tout le monde. Même les vainqueurs ont souffert mais ils avaient assez d’avance. Il faut être entrainé spécifiquement pour cela, être habitué à courir un semi marathon avec un corps très fatigué. C’est la clé de la réussite sur ötillö.

C’est tout le charme de cette course et c’est sa particularité: comment courir vite ces 19km après 5h de course. J’étais prêt pour se défi mais malheureusement Pontus, mon coéquipier, n’avait pas les kilomètres de course dans les jambes!

Ce qui est très intéressant. C’est un grand champion qui court des Ironman en moins de 8h15. Mais après un mois de juin malade, il n’a pas couru jusqu’à 10 jours avant ötillö quand je l’ai contacté… Donc gros respect pour lui d’avoir accepté de relever le défi avec moi.

On a vu sur la retransmission en directe que vous étiez trois équipes au contact en quittant Ornö pour rejoindre le petit chapelet d’îles qui permettent de rejoindre Utö ou se trouve l’arrivée. C’est plutôt rare d’avoir des écarts aussi faibles à ce stade de la course.

NR: En quittant Ornö,  je me suis rendu compte qu’on n’avait pas creusé un écart assez conséquent avec nos poursuivants. Ces sont de meilleurs nageurs et ils nous ont repris dans l’eau. Ils étaient aussi cuits mais ils ont eu un peu plus de jus sur les trois îlots. Ils sont très techniques et si on ne peut pas courir à cause de la fatigue, on peut perdre énormément de temps.

Il va falloir s’attendre dans le futur à avoir plusieurs équipes en tête ensemble jusqu’à l’arrivée… Mentalement, il va falloir se préparer autrement,  être prêt à trouver une vitesse supérieure pour gagner.

Nicolas Remires & Pontus Lindberg
Nicolas Remires & Pontus Lindberg

Quel est ton programme pour le reste de la saison ?

NR: Mon programme est vide maintenant. J’ai passé toute l’année à m’entraîner pour ötillö. Une fin comme celle-là marque mentalement et il me faut quelques semaines de repos. Je vais profiter de ma famille, de mes clients et je vais planifier 2017.

Le bilan de 2016 est assez décevant en terme de résultats. Il y avait deux courses importantes: J’ai perdu à Utö en Mai. Une course qui me tient vraiment à coeur. Je n’ai pas gagné ÖtillÖ alors que j’avais tout misé là-dessus.

Mais j’ai beaucoup appris en 2016 et c’est très positif:

J’ai appris que le swimrun, ce n’est pas mettre deux coéquipier de gros niveau. S’il n’y a pas de connexions, l’équipe ne fera rien de bon.

J’ai appris que ma préparation était parfaite car j’étais vraiment fort à ÖtillÖ. Je sais que ça passait sous les 8h.

Et puis le plus important est le fait que j’ai rencontré des personnes fantastiques: Pontus Lindberg est devenu un super pote et un partenaire d’entraînement; je peux également compter sur le soutien du swimrunshop.com  pour le futur; le soutien de nombreuses personnes tout au long de cette année et lors de la course est aussi quelque chose qui m’a beaucoup marqué cette année.

 Merci Nicolas et bravo pour votre quatrième place avec un temps très rapide en 8:22; bonne récup et à bientôt sur de nouveaux swimruns.

ÖtillÖ 2016: une année de tous les records

238 concurrents ont pris le départ de la 11ème édition de l’ÖtillÖ. Ils ont été accueillis par un vent modéré, généralement portant, un soleil caché par une fine couverture nuageuse qui a évité les surchauffes en course à pied, et une mer Baltique tempérée. De bonnes conditions pour battre des records et les vainqueurs des trois catégories ne s’en sont pas privés.

ÖTILLÖ The Swimrun World Championship 2016. © JakobEdholm.com
ÖTILLÖ The Swimrun World Championship 2016. © JakobEdholm.com

Le début de course a été rapide avec un petit peloton de 9 favoris poussant l’allure. Après 2h de course, seulement 30 secondes séparaient les 5 premiers. Au fil des îles ce groupe a perdu des éléments incapables de suivre le rythme élevé imposé entre autre par Swedish Armed Forces et Team Head Swimming. Ces deux équipes se sont doucement détachée d’un groupe de 3 poursuivants. L’île d’Ornö avec la plus longue section de course à pied 19km fait souvent office de juge de paix. Team Head Swimming a réussit à grignoter quelques secondes sur Swedish Armed Forces, mais ces derniers ont extrêmement bien dosé leur effort et en dépit d’une fatigue qui commençait à s’installer sont parvenus à stopper l’hémorragie et reprendre un peu de terrain dans la succession d’îles au relief plus escarpé qui amène les concurrents vers l’arrivée après Ornö. Ce n’est que dans les dernier 3 km que les Suédois Lelle Moberg  et Daniel Hansson ont pu savourer leur victoire et ont battu le record de la course en 7:59:04, la première et seule équipe à passer la barrière symbolique des 8h. Paul Krochak et Oscar Olsson finissent second en battant aussi le record de l’an passé. La dernière marche du podium s’est jouée dans les derniers 10km quand Fredrik Axegård et Alex Flores du Team Runfast 77 sont parvenus à passer le Français Nicolas Remires et son équipier Suédois Pontus Lindberg de l’équipe Envol powered by swimrunshop.com pour s’emparer de la troisième place.

ÖTILLÖ 2016. ©JakobEdholm.com
ÖTILLÖ 2016. ©JakobEdholm.com

Chez les femmes les Suédoises Kristin Larsson et Annika Ericsson formant l’équipe Addnature ont réussit à creuser rapidement un petit écart qui n’a fait que grandir toute la journée et ont fini en battant le record de l’épreuve en 9:32:03. Derrière les poursuivantes n’ont rien pu faire et ont dû se contenter des places d’honneur. Ulrika Eriksson et Helena Sivertsson du Team Icebug ont pris la deuxième place juste avant Ornö et ne l’ont plus quitté, laissant Bibben Nordblom et Maja Tesch du Team Head Swimming compléter le podium.

ÖTILLÖ 2016. ©JakobEdholm.com
ÖTILLÖ 2016. ©JakobEdholm.com

En mixtes Eva Nyström et Adriel Young  du Thule Adventure Team ont creusé très progressivement l’écart et avaient à mi-course respectivement 4’39 » et 10’19 sur les seconds et troisièmes. Ils n’ont plus lâché la première place et ont fini dans un temps record de 8:49:58. Les positions derrière eux sont restée figées jusqu’à Ornö où Staffan Björklund et Marika Wagner du Apollo Sports/Head Swimming ont réussi à prendre l’ascendant sur Bibben Nordblom et Maja Tesch du Team Head Swimming qui, malgré une résistance acharnée dans les parties techniques, ont du laisser filer leur rivaux dans les dernières kilomètres.

A noter que si 20 nationalités étaient représentées, sur les 9 places du podium Paul Krochak (Canadien) et Adriel Young (Australien) sont les seuls non-Suédois. Alors que le swimrun se développe dans le monde et en particulier en France, les Scandinaves sont encore maîtres de la discipline qu’ils ont inventé.

Podiums de ÖTILLÖ The Swimrun World Championship 2016

ÖTILLÖ2016 ©Nadja Odenhage
ÖTILLÖ2016 ©Nadja Odenhage

Hommes
1. Lelle Moberg (SWE) et Daniel Hansson (SWE), Swedish Armed Forces, 7:59:04
2. Paul Krochak (CAN) etOscar Olsson (SWE), Team Head Swimming, 8:07:57
3. Fredrik Axegård (SWE) etAlex Flores (SWE), Team Runfast 77, 8:16:49

Mixte
1. Eva Nyström (SWE) et Adriel Young (AUS), Thule Adventure Team 8:49:58
2. Staffan Björklund (SWE) et Marika Wagner (SWE), Apollo Sports/Head Swimming 9:09:52
3. Diane Sadik (SWE) et Rickard Berglund (SWE), Swimrunshop.com, 9:20:14

Femmes
1. Kristin Larsson (SWE) et Annika Ericsson (SWE), Addnature, 9:32:03
2. Ulrika Eriksson (SWE) et Helena Sivertsson (SWE), Team Icebug 9:44:41
3. Bibben Nordblom (SWE) et Maja Tesch (SWE) Team Head Swimming, 9:48:01

Résultats complets: http://otilloswimrun.com/races/otillo/results-2016/

ÖtillÖ: à quoi peut-on s’attendre ?

La course originelle du swimrun a lieu Lundi 5 Septembre. A quoi peut-on s’attendre pour cette course  ?

Petit rappel rapide : la course traverse une partie de l’archipel de Stockholm en allant d’île en île (le sens de ö till ö en Suédois). Au cours de cette course on couvre 65km sur terre et 10km en mer, parcourant 26 îles qui engendrent 52 transitions. La compétition s’effectue en équipe de 2, dans trois catégories,  71 Hommes, 16 Femmes et 29 Mixtes.

La première course à pied de 1,2 km sur Sandhamn est neutralisée par un quad, ce qui mène les concurrents en peloton groupé pour la première natation de 1,6 km. C’est là que la course commence vraiment. Il fait encore très sombre, mais un flash sur l’île de Vindalso permet de se diriger assez  facilement. Les meilleurs nageurs peuvent pousser leur avantage ici, alors que ceux et celles qui visent simplement de finir vont découvrir un petit choc thermique (et ce ne sera pas le dernier de la journée !) et prendre cette première natation assez tranquillement.

Terrain glissant en longeant la cote © Akunamatata
Terrain glissant en longeant la cote
© Akunamatata

Dès la sortie de l’eau on découvre les rochers polis et glissants de l’archipel. C’est dans cette portion de la course qu’ils sont les plus glissants. C’est le moment de garder la tête froide (facile avec la température de l’eau) et prendre son temps. C’est aussi une bonne stratégie pour les sections terrestres qui viennent : on est dans un mélange de course au raz de l’eau et de mini escalade. A part pour les premiers, les rochers sont mouillés par les concurrents qui ruissellent lors de leur passage, et le terrain est technique et glissant. Il y a encore beaucoup de monde, un seul chemin, on est excité et encore  plein d’énergie, un cocktail qui peut mener à prendre des risques. Ce serait bête de se blesser là, cependant les spécialistes du trail technique peuvent s’en donner à cœur joie.

Les îles s’enchainent rapidement avec essentiellement du terrain escarpé et des portions assez  courtes de natation. On arrive à l’île de Runmarö au kilomètre 18 et là on rencontre un terrain plus roulant sur une route de terre battue. Pour les coureurs habitués aux terrains plats c’est un répit bienvenu, d’autant plus que la première barrière horaire tombe à 9:00. Cette barrière horaire est assez dure pour en partie éliminer les équipes qui ne seront pas capables de finir la course et éviter que l’organisation soit répartie sur une distance trop importante. Cela explique aussi un peu la précipitation du départ. Le premier vrai ravitaillement permet de reprendre des forces. Même si on se sent bien il ne faut pas négliger de s’alimenter et s’hydrater tôt dans la course. On devrait voir se dessiner une première esquisse des forces en présence pour les équipes de tête lors de cette section de course à pied de 8,7km. Mais la course est encore très longue.

Une succession d’îles

Sentier en foret © Akunamatata
Sentier en foret
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Sur Runmarö le tracé qui jusque-là allait principalement vers l’ouest vire au sud. Ceci peut être important en fonction du vent. En 2016, il semble que le vent devrait venir du nord, donc désormais dans le dos des coureurs. Le prochain ravito arrive assez vite sur Munkö, mais il est nécessaire pour préparer la section de natation de 1 km qui amène les swimrunners sur Kackskar. Cette natation semble souvent plus courte visuellement qu’elle ne l’est en réalité et nombreux sont ceux qui sont surpris du temps qu’ils mettent à franchir ce bras de mer. Un courant de droite à gauche et des vagues fréquentes expliquent cette illusion. Les nageurs sont capables de reprendre du terrain alors que les premiers signes de fatigue peuvent se faire sentir.

Ne pas oublier de se restaurer! ©Akunamatata
Ne pas oublier de se restaurer!
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L’île de Namdö offre une variété de paysages, entre les forêts aux sentiers mono trace techniques et les routes en terre battue. Cette course à pied de 8.3 km est marquée par un ravito situé sur la terrasse d’un restaurant à quasiment mi-chemin de la course. Il faut faire un aller-retour pour accéder au restaurant où se trouve le ravito, et c’est un moment stratégique pour toutes les équipes. On passe en revue ceux qui sont devant, ceux qui poursuivent, comment ils courent et s’ils semblent frais. Avec un large éventail de boissons et nourriture, dont une délicieuse soupe chaude, il est tentant de prolonger la pose. D’un côté c’est une bonne idée de faire le plein de calories ; d’un autre, on ne veut pas offrir aux autres équipes l’occasion de reprendre du temps facilement. Comme en trail, les ravitos prolongés peuvent coûter beaucoup de temps. Les équipes qui jouent la gagne en sont très conscientes, mais doivent doser finement rapidité et précipitation. C’est aussi la seconde barrière horaire à 12 :00. Les équipes trop lentes pour continuer ont au moins la chance de faire un bon repas !

Le fameux « pig swim »

On quitte Namdö par une courte natation de 200 mètres. On rencontre une succession de sections courtes de moins de 100 mètres qui donnent envie de pousser un peu plus fort car l’alternance des disciplines fait qu’on ressent à ce moment-là moins la fatigue bien que le terrain soit très technique. On devrait se sentir bien et prêt à en découdre. Ça tombe bien car la natation qui relie MortoKlobb à Kvinnoholmen fait 1.4km. C’est le fameux ‘pig swim’, pig étant en Anglais un terme souvent utilisé pour désigner quelque chose de difficile. Et effectivement cette natation peut être une vraie épreuve.

Le pig swim, c'est par la © Akunamatata
Le pig swim, c’est par la
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La mise à l’eau est assez isolée, et à part un petit drapeau et un flash, il n’y a personne pour vous indiquer le chemin ou vous tenir la main. C’est une course en pleine nature, pas une maternelle ! D’un autre côté, on ne voit qu’une île, donc il n’y a pas vraiment de doute quant à la direction à prendre. Les équipes sont plus clairsemées que pour les longues natations précédentes. Il  n’y a pas d’île notable autour, ce qui favorise la formation de vagues. Il y a souvent un peu de courant latéral. Enfin, on distingue mal l’île, et le point d’accostage est en fait derrière un petit promontoire. De ce fait quand on nage on ne voit pas les coureurs précédents sortir de l’eau. Si on ne se sent  pas très bien à ce moment, le moral en prend un coup. Mais il faut simplement persévérer, soigner sa trajectoire et sa technique de nage en pleine mer. Les équipes fortes en natation peuvent gagner beaucoup de temps. On risque d’avoir froid, non pas parce que l’eau est spécialement plus froide qu’avant (l’eau généralement est plus chaude en fin de parcours qu’en début), mais parce qu’on est un peu fatigué, et les contractions musculaires sont moindres et génèrent moins de chaleur, et on passe un peu plus de temps dans l’eau. Enfin cette minuscule île arrive et on grimpe un rocher escarpé pour être accueillis par des volontaires souriant(e)s qui vous offrent à boire et, luxe inouï, des barres chocolatées. J’ai rarement mangé avec autant de plaisir ces barres !

Les fameuses barres chocolatées! © Akunamatata
Les fameuses barres chocolatées!
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Si on n’a pas froid dans l’eau, c’est souvent en sortant que le froid vous saisit. Et on pense alors à courir pour se réchauffer. On quitte ce havre de chaleur humaine pour s’enfoncer dans une forêt au sentier tortueux et techniques.  Soudainement on arrive après seulement 430m sur une autre section de natation. Elle est minuscule, 60m à peine. Mais il faut se remettre à l’eau alors qu’on n’a pas encore eu le temps de se réchauffer. Motivés, on saute à l’eau et je ne crois pas que quiconque attend son ou sa partenaire et chacun nage le plus rapidement possible pour se réchauffer en courant. On est enfin sur Mörto – Bunso et la barrière horaire de 14:30. On a couvert 41.25 km, quasiment un marathon, et il reste ‘seulement’ 33km.

Barrière horaire à 16 :00

Les 6 kilomètres suivants sont faits d’une alternance très agréable avec des distances qui permettent de trouver le bon rythme. Les équipes de têtes sont attentives à leurs transitions pour minimiser les pertes de temps. Sur Kymmendo on trouve la prochaine barrière horaire à 16:00, mais aussi un ravitaillement important. En effet après cette pause et une courte natation de 300m, on attaque les 19km à pied de Ornö. On dit souvent que la course commence à Ornö. La course à pied commence par de la forêt et des sections de grandes dalles rocheuses, puis glisse doucement vers des routes de terre battue qui se couvrent de bitume en descendant vers le village de Ornö. C’est là que se trouve un ravitaillement bienvenu en bas d’une descente qui fait mal aux quadriceps mais où on ne peut pas ralentir car les spectateurs nous regardent ! On vient de faire 12km, et il en reste 7.8km. Ce ravito signale aussi les 15 derniers kilomètres de la course. On commence à en voir le bout. Les équipes de tête sont en pleine bagarre. Elles savent qu’elles peuvent gagner ou perdre la course. Elles savent aussi que pour une fois il y a quelques longues sections où on peut voir ses adversaires de loin et jauger des vitesses relatives. Certaines illusions ont été déçues, des rêves de victoire brisés, mais aussi des espoirs y sont nés. Les coureurs qui ont encore de l’énergie peuvent forcer l’allure. Les nageurs s’accrochent à leur avantage. Mais même si on commence à entrevoir la fin, il ne faut surtout pas baisser de rythme. Pour les derniers, il y a encore une barrière horaire à passer avant 18:00 pour quitter l’île d’Ornö. On peut trouver cette dernière barrière un peu dure après plus de 67km. Mais si on n’est pas capable de tenir l’allure, on va finir dans la nuit, et il est impossible de naviguer en sécurité dans les dernières natations et le parcours technique en forêt dans le noir. Pour les premiers, tout est encore à jouer.

Dernier ravito

Des petites iles a travers bois © Akunamatata
Des petites iles a travers bois
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Le dernier ravito se trouve sur l’île de Långbäling. Rapidement avalé, on fonce en pleine forêt, et c’est pour les équipes fortes en trail et avec encore un peu d’énergie une chance de gagner du temps. Il n’y a plus de longue natation, et c’est maintenant le domaine des coureurs. On traverse encore un chapelet de minuscules îles complètement inhabitées et sans chemins qui sont séparés par de petits bras de mer, souvent parcourus par un fort courant traversier. Il ne faut pas hésiter à faire un peu plus de chemin pour monter en amont et nager droit en se faisant dériver par le courant.

Enfin on arrive sur Utö après un dernier plouf d’à peine 100m. Les spectateurs que l’on ne voyait plus depuis environ 15km réapparaissent, un retour à la civilisation après pas mal de temps passé en pleine nature. On sait qu’on va finir quoi qu’il arrive, il ne reste que 3,3 km sur route. On peut savourer la fin d’un périple en commun ; on peut prendre son temps paisiblement ; on peut forcer l’allure pour passer ces concurrents que l’on voit à portée de main dans les quelques lignes droites qui peuvent paraître interminables; on doit parfois forcer l’allure pour ne pas laisser disparaître un avantage qui nous a couté tant d’effort ; on peut finalement se battre pour la victoire.

Franchir la ligne ensemble, un objectif et un plaisir © OtillO
Franchir la ligne ensemble, un objectif et un plaisir © OtillO

L’arrivée à Utö est magnifique pour les spectateurs, mais dure pour les concurrents : une série de marche en contre-bas de la ligne d’arrivée en pleine vue des spectateurs pousse à un dernier effort. Mais au bout de 75km, le plaisir de passer la ligne avec son binôme est immense, et ce quelle que soit la place.

François-Xavier Li

Nicolas Remires du team Envol

Juste avant le départ du l’ÖtillÖ, nous avons rencontré Nicolas Remires le meilleur Français en swimrun.

Bonjour Nicolas. Peux-tu nous dire quel est ton background sportif?

NR: Mon passé de sportif est très varié. Beaucoup de sports d’endurance comme le triathlon (toutes distances) et le cyclisme, mais également beaucoup de courses à pied. J’ai passé beaucoup de temps à courir en montagne ou en foret, pour le plaisir ces dernières années.

L’ÖtillÖ est dans quelques jours. L’an dernier tu as fini sur le podium. Qu’avez-vous changé cette année?

NR: J’ai changé beaucoup de choses ! Malheureusement mon ami Julian Dent s’est concentré sur les championnats du Monde de Course d’Orientation et n’a pas pu nager cette année, donc j’ai du trouver un nouveau équipier. Ce n’était pas facile. Je me suis entraîné toute l’année avec Paul Krochak, mais finalement notre pauvre entente nous a séparée quelques semaines avant ÖtillÖ. Finalement, après avoir fait le tour de mes différentes options, j’ai décidé de courir ÖtillÖ avec un suédois, un triathlète professionnel qui a déjà couru ÖtillÖ en 2011, Pontus Lindberg. J’ai également changé la manière de m’entraîner.

Comment s’est passé votre préparation?

NR: Je me suis donc entraîné différemment. Le niveau est monté d’un cran et il ne fallait pas rater le wagon. On a vu des nageurs qui maintenant courent très bien, des trail runners qui commencent à nager fort… Donc pour moi qui suis entre les deux, il fallut progresser dans les deux disciplines.

En hiver, natation 5-6 fois par semaine, et 6-7 sorties course à pied par semaine. À partir de Juin, ce fut plus lourd avec 7-10 courses à pied par semaine et du travail très spécifique d’allure. La différence avec 2015 est que je me suis entraîné spécifiquement pour être prêt à courir à une allure élevée après 5-6h d’efforts.

Ma préparation s’est faite en Suède en hiver et printemps, puis en France durant l’été. À partir de mai, j’ai commencé à m’entraîner sur le parcours d’ÖtillÖ.

Quel est votre objectif et votre stratégie?

NR: L’objectif est de gagner. Depuis presque trois ans, je sais que je peux le faire et je m’entraîne pour. Cette année est l’année idéale car Pontus est très fort.

Dans les grandes lignes, la stratégie est de rester devant dès le début, de ne pas se laisser distancer. L’an dernier malheureusement, j’avais perdu du temps sur le 1er tiers. Cette année, il faudra être devant. Il y a plus d’équipes qui peuvent gagner. Puis après 5h d’effort, si tout va bien, on va faire jouer nos qualités d’endurance et résistance à la douleur. Jusqu’à la ligne d’arrivée, tout peut arriver. ÖtillÖ est un effort brutal et tout le monde peut avoir un mauvais moment, donc il faut rester devant et ne pas perdre la concentration. Après on connaît nos allures de course. Et on va essayer de s’y tenir.

Nicolas Remires et Pontus Lindberg prêts à en découdre © Catarina Axelsson
Nicolas Remires et Pontus Lindberg prêts à en découdre © Catarina Axelsson

As-tu un conseil pour les novices qui vont faire la course pour la première fois?

NR : Pour les athlètes qui découvrent ÖtillÖ pour la première fois, je leur conseille de bien discuter avec leur partenaire, d’avoir le plus d’éléments sous contrôle et de ne pas laisser la chance décider totalement ! Regardez la carte, enregistrez les distances, retenez où sont les ravitaillements… Réglez tous les détails au moins deux jours avant.

Le parcours est dur, très dur. Les forêts suédoises sont très différentes des nôtres, les rochers sont très spécifiques. Le top s’est d’avoir testé l’archipel de Stockholm avant. Si vous n’avez pas cette chance, et bien faites attention sur les îles rocheuses (il y en a quelques unes au début de l’épreuve et elles peuvent être délicates). Ce serait terrible de se blesser dans la première heure. Et puis les 19km d’Ornö sont horribles. Il y a du bitume, des lignes droites. Après 5, 6 ou 7h d’efforts, ça fait très mal. Donc durant l’élaboration de votre plan de course, prévoyez une réserve d’énergie pour Ornö. N’arrivez totalement cuits sur cette île.

Dernier conseil, mettez-vous dans l’eau froide très tôt dans la saison. En 2016, l’eau va être plus froide que lors des éditions précédentes. Ça pique vraiment et ça fait mal à la tête…

Effectivement, tout ceux et celles qui ont fait l’ÖtillÖ se souviennent d’Ornö ! Il y a-t-il quelque chose que tu voudrais rajouter?

NR : Je voudrais rajouter deux choses. Tout d’abord, je voudrais remercier mes deux sponsors. Ma propre entreprise Envol et mon équipementier et super conseiller swimrunshop.com basé au Danemark. Ils m’ont rendu ma préparation bien plus facile et sont toujours là pour me soutenir. Un grand merci à eux et je vous conseille de surfer sur leur page et de demander des conseils à Soren ! Ensuite, je tenais à dire que le swimrun est un sport fantastique de part son concept de découverte et de liberté. On est dans la nature, on va où on veut. On a seulement besoin de chaussures et d’un short puis on nage et on court. Plus besoin de faire des détours pour éviter un lac ou un bras de mer. Et enfin, c’est un sport qui se partage avec un/des partenaire. C’est fabuleux de pouvoir découvrir avec d’autres personnes. Alors certes faire des courses, et plus particulièrement la plus grande, ÖtillÖ, c’est fantastique mais le swimrun c’est avant-tout le plaisir de faire une aventure en nature avec des amis. Et c’est le message que les organisateurs d’ÖtillÖ essaient de transmettre à travers leurs courses.

Merci Nicolas, et bonne course avec le team Envol

Photos © Catarina Axelsson

Ötillö: liste ‘Mérite’

L’Ötillö a révélé la liste des participants sélectionnés au mérite, sur dossier. On note entre autres Faris Al-Sultan qui a gagné Ironman Hawaii en 2005 et (dans une autre équipe) Chris McCormack qui lui a gagné la même course deux fois (2007 et 2010). La participation de ces deux solides concurrents montre que le swimrun attire de plus en plus les spécialistes des sports d’endurance. Les natations devraient être rapides!

http://otilloswimrun.se/teams/