Nicolas Remires: retour sur l’ÖtillÖ

Bonjour Nicolas. Nous avons discuté avant l’ÖtillÖ qui s’est déroulé il y a quelques jours et tu as gentiment accepté de prendre le temps de répondre à nos question après la course. Pour commencer, comment était la météo ?

NR: La météo était idéale. Un bon vent de dos presque toute la journée. Pas trop chaud jusqu’à midi. Parfait pour battre le record.

Le peloton de tête. Nicolas et Pontus au premier plan ©OtillO
Le peloton de tête. Nicolas et Pontus au premier plan ©OtillO

Le départ de la course avait l’air assez rapide. Comment est-ce que cela s’est passé ?

NR: Le départ de la course ne fut pas si rapide que cela en fait. On s’est détaché avec Team Headswimming, Swedish Armed Forces and some Americans, mais l’allure était très contrôlée. Ce qui a permis à d’autres équipes de rester pas trop loin et même de revenir sur nous. Ce qui est dommage. C’est une longue course et personne ne voulait mettre une allure plus élevée.

Puis Swedish Armed Forces avaient planifié d’attaquer à la fin de la première longue course sur l’île de Runmaro, en forêt. On a perdu 50 mètres sur une inattention et on n’a jamais pu les récupérer. C’est dommage. Seuls Team Headswimming est restée au contact.

Ornö est souvent considéré comme un juge de paix dans la course et pour te citer tu disais que les 19km de course à pied étaient ‘horribles’. Tu confirmes?

NR: Ornö est horrible pour tout le monde. Même les vainqueurs ont souffert mais ils avaient assez d’avance. Il faut être entrainé spécifiquement pour cela, être habitué à courir un semi marathon avec un corps très fatigué. C’est la clé de la réussite sur ötillö.

C’est tout le charme de cette course et c’est sa particularité: comment courir vite ces 19km après 5h de course. J’étais prêt pour se défi mais malheureusement Pontus, mon coéquipier, n’avait pas les kilomètres de course dans les jambes!

Ce qui est très intéressant. C’est un grand champion qui court des Ironman en moins de 8h15. Mais après un mois de juin malade, il n’a pas couru jusqu’à 10 jours avant ötillö quand je l’ai contacté… Donc gros respect pour lui d’avoir accepté de relever le défi avec moi.

On a vu sur la retransmission en directe que vous étiez trois équipes au contact en quittant Ornö pour rejoindre le petit chapelet d’îles qui permettent de rejoindre Utö ou se trouve l’arrivée. C’est plutôt rare d’avoir des écarts aussi faibles à ce stade de la course.

NR: En quittant Ornö,  je me suis rendu compte qu’on n’avait pas creusé un écart assez conséquent avec nos poursuivants. Ces sont de meilleurs nageurs et ils nous ont repris dans l’eau. Ils étaient aussi cuits mais ils ont eu un peu plus de jus sur les trois îlots. Ils sont très techniques et si on ne peut pas courir à cause de la fatigue, on peut perdre énormément de temps.

Il va falloir s’attendre dans le futur à avoir plusieurs équipes en tête ensemble jusqu’à l’arrivée… Mentalement, il va falloir se préparer autrement,  être prêt à trouver une vitesse supérieure pour gagner.

Nicolas Remires & Pontus Lindberg
Nicolas Remires & Pontus Lindberg

Quel est ton programme pour le reste de la saison ?

NR: Mon programme est vide maintenant. J’ai passé toute l’année à m’entraîner pour ötillö. Une fin comme celle-là marque mentalement et il me faut quelques semaines de repos. Je vais profiter de ma famille, de mes clients et je vais planifier 2017.

Le bilan de 2016 est assez décevant en terme de résultats. Il y avait deux courses importantes: J’ai perdu à Utö en Mai. Une course qui me tient vraiment à coeur. Je n’ai pas gagné ÖtillÖ alors que j’avais tout misé là-dessus.

Mais j’ai beaucoup appris en 2016 et c’est très positif:

J’ai appris que le swimrun, ce n’est pas mettre deux coéquipier de gros niveau. S’il n’y a pas de connexions, l’équipe ne fera rien de bon.

J’ai appris que ma préparation était parfaite car j’étais vraiment fort à ÖtillÖ. Je sais que ça passait sous les 8h.

Et puis le plus important est le fait que j’ai rencontré des personnes fantastiques: Pontus Lindberg est devenu un super pote et un partenaire d’entraînement; je peux également compter sur le soutien du swimrunshop.com  pour le futur; le soutien de nombreuses personnes tout au long de cette année et lors de la course est aussi quelque chose qui m’a beaucoup marqué cette année.

 Merci Nicolas et bravo pour votre quatrième place avec un temps très rapide en 8:22; bonne récup et à bientôt sur de nouveaux swimruns.

Nicolas Remires du team Envol

Juste avant le départ du l’ÖtillÖ, nous avons rencontré Nicolas Remires le meilleur Français en swimrun.

Bonjour Nicolas. Peux-tu nous dire quel est ton background sportif?

NR: Mon passé de sportif est très varié. Beaucoup de sports d’endurance comme le triathlon (toutes distances) et le cyclisme, mais également beaucoup de courses à pied. J’ai passé beaucoup de temps à courir en montagne ou en foret, pour le plaisir ces dernières années.

L’ÖtillÖ est dans quelques jours. L’an dernier tu as fini sur le podium. Qu’avez-vous changé cette année?

NR: J’ai changé beaucoup de choses ! Malheureusement mon ami Julian Dent s’est concentré sur les championnats du Monde de Course d’Orientation et n’a pas pu nager cette année, donc j’ai du trouver un nouveau équipier. Ce n’était pas facile. Je me suis entraîné toute l’année avec Paul Krochak, mais finalement notre pauvre entente nous a séparée quelques semaines avant ÖtillÖ. Finalement, après avoir fait le tour de mes différentes options, j’ai décidé de courir ÖtillÖ avec un suédois, un triathlète professionnel qui a déjà couru ÖtillÖ en 2011, Pontus Lindberg. J’ai également changé la manière de m’entraîner.

Comment s’est passé votre préparation?

NR: Je me suis donc entraîné différemment. Le niveau est monté d’un cran et il ne fallait pas rater le wagon. On a vu des nageurs qui maintenant courent très bien, des trail runners qui commencent à nager fort… Donc pour moi qui suis entre les deux, il fallut progresser dans les deux disciplines.

En hiver, natation 5-6 fois par semaine, et 6-7 sorties course à pied par semaine. À partir de Juin, ce fut plus lourd avec 7-10 courses à pied par semaine et du travail très spécifique d’allure. La différence avec 2015 est que je me suis entraîné spécifiquement pour être prêt à courir à une allure élevée après 5-6h d’efforts.

Ma préparation s’est faite en Suède en hiver et printemps, puis en France durant l’été. À partir de mai, j’ai commencé à m’entraîner sur le parcours d’ÖtillÖ.

Quel est votre objectif et votre stratégie?

NR: L’objectif est de gagner. Depuis presque trois ans, je sais que je peux le faire et je m’entraîne pour. Cette année est l’année idéale car Pontus est très fort.

Dans les grandes lignes, la stratégie est de rester devant dès le début, de ne pas se laisser distancer. L’an dernier malheureusement, j’avais perdu du temps sur le 1er tiers. Cette année, il faudra être devant. Il y a plus d’équipes qui peuvent gagner. Puis après 5h d’effort, si tout va bien, on va faire jouer nos qualités d’endurance et résistance à la douleur. Jusqu’à la ligne d’arrivée, tout peut arriver. ÖtillÖ est un effort brutal et tout le monde peut avoir un mauvais moment, donc il faut rester devant et ne pas perdre la concentration. Après on connaît nos allures de course. Et on va essayer de s’y tenir.

Nicolas Remires et Pontus Lindberg prêts à en découdre © Catarina Axelsson
Nicolas Remires et Pontus Lindberg prêts à en découdre © Catarina Axelsson

As-tu un conseil pour les novices qui vont faire la course pour la première fois?

NR : Pour les athlètes qui découvrent ÖtillÖ pour la première fois, je leur conseille de bien discuter avec leur partenaire, d’avoir le plus d’éléments sous contrôle et de ne pas laisser la chance décider totalement ! Regardez la carte, enregistrez les distances, retenez où sont les ravitaillements… Réglez tous les détails au moins deux jours avant.

Le parcours est dur, très dur. Les forêts suédoises sont très différentes des nôtres, les rochers sont très spécifiques. Le top s’est d’avoir testé l’archipel de Stockholm avant. Si vous n’avez pas cette chance, et bien faites attention sur les îles rocheuses (il y en a quelques unes au début de l’épreuve et elles peuvent être délicates). Ce serait terrible de se blesser dans la première heure. Et puis les 19km d’Ornö sont horribles. Il y a du bitume, des lignes droites. Après 5, 6 ou 7h d’efforts, ça fait très mal. Donc durant l’élaboration de votre plan de course, prévoyez une réserve d’énergie pour Ornö. N’arrivez totalement cuits sur cette île.

Dernier conseil, mettez-vous dans l’eau froide très tôt dans la saison. En 2016, l’eau va être plus froide que lors des éditions précédentes. Ça pique vraiment et ça fait mal à la tête…

Effectivement, tout ceux et celles qui ont fait l’ÖtillÖ se souviennent d’Ornö ! Il y a-t-il quelque chose que tu voudrais rajouter?

NR : Je voudrais rajouter deux choses. Tout d’abord, je voudrais remercier mes deux sponsors. Ma propre entreprise Envol et mon équipementier et super conseiller swimrunshop.com basé au Danemark. Ils m’ont rendu ma préparation bien plus facile et sont toujours là pour me soutenir. Un grand merci à eux et je vous conseille de surfer sur leur page et de demander des conseils à Soren ! Ensuite, je tenais à dire que le swimrun est un sport fantastique de part son concept de découverte et de liberté. On est dans la nature, on va où on veut. On a seulement besoin de chaussures et d’un short puis on nage et on court. Plus besoin de faire des détours pour éviter un lac ou un bras de mer. Et enfin, c’est un sport qui se partage avec un/des partenaire. C’est fabuleux de pouvoir découvrir avec d’autres personnes. Alors certes faire des courses, et plus particulièrement la plus grande, ÖtillÖ, c’est fantastique mais le swimrun c’est avant-tout le plaisir de faire une aventure en nature avec des amis. Et c’est le message que les organisateurs d’ÖtillÖ essaient de transmettre à travers leurs courses.

Merci Nicolas, et bonne course avec le team Envol

Photos © Catarina Axelsson