Compte-rendu de courseCourses

Swimrun Yaté : Cédric et Thomas, vainqueurs au cœur d’un décor de rêve

Le Parc Provincial de la Rivière Bleue offre un décor à couper le souffle aux participants du Swimrun Yaté. Niché au cœur de la Nouvelle-Calédonie, ce joyau naturel se distingue par ses paysages contrastés, mêlant les teintes vermillons des sentiers escarpés aux reflets turquoise du lac de Yaté. Les athlètes évoluent dans un écrin de verdure où la végétation luxuriante tranche avec les parois rocheuses rougeoyantes, modelées par les éléments. La forêt immergée et cette terre ocre, chargés d’histoire et de mystère, offre un terrain de jeu très technique hors du commun, poussant les swimrunners à repousser leurs limites face à la beauté sauvage des lieux. C’est dans ce cadre unique que Cédric Wane et Thomas Lubin ont dû faire preuve de détermination et d’endurance pour décrocher la victoire. ✍️ Cédric Wane prend sa plus belle plume pour nous offrir ci dessous un récit oscillant malicieusement entre stratégie de course, introspection et sincère émerveillement.

Les quelques jours précédant le Swimrun 42.2 km Yaté en Nouvelle-Calédonie ne représentaient, comme d’habitude, essentiellement qu’une succession de gestes et pensées qui pointaient vers la performance : sommeil, nutrition, massage, étirements, bain de glace, vérification du matériel, discussion sur divers scénarios de course etc; bref, en soi une énumération d’habitudes devenues naturelles et presque nonchalantes depuis longtemps et auxquelles notre attention y accorde désormais autant d’importance qu’à la petite pierre biseautée restée enchâssée sous la chaussure parce que apparemment la performance est une affaire normative et cartésienne où l’irrationnel et l’émotionnel sont à exclure car imprévisibles.

Avant-veille de la course

Mais l’avant-veille de la course, choix a priori irrationnel, je décide d’acheter une nouvelle paire de chaussures, pour ce swimrun de 42.2 km! Pari fou vous diriez, mais je venais de perdre 3 ongles à un simple semi-marathon 2 semaines plutôt et la perte des 8 ongles aux mondiaux ÖTILLÖ en Suède l’an passé m’avait marqué. Achat capricieux, irrationnel et émotionnel certes, mais que je ne regretterai pas, bien au contraire!
Veille de course, nouveau coup de coeur: Tomas Lu et moi décidons de partir passer la nuit au Camp des Kaori, site pittoresque au milieu des bénévoles du Swimrun pour éviter les 90min de route en venant de Nouméa à 3h du matin; le camp des Kaori étant à 15min du départ. Ne sachant pas dans quelles conditions nous allions passer la nuit, j’avais embarqué dans ma valise depuis Tahiti sac de couchage, tente et babioles pour bivouaquer etc.

L’envie de découvrir le Parc Provincial de la Rivière Bleue était irrésistible à nos yeux. Et une fois au Camp des Kaori, nous savions que nous avions pris la bonne décision… de somptueux Kaori rectilignes avait été plantés quelques dizaines d’années auparavant sur toute la zone du camp et si vous aviez l’impression qu’ils avaient été planté de manière aléatoire, il vous suffisait de faire 2 ou 3 pas dans une même direction pour vous apercevoir qu’ils s’alignaient tous sur la même ligne et qu’ainsi tous se cachaient derrière ceux qui vous étaient les plus proches; une impression de vision à géométrie variable qui donnait le tournis lorsque vous reliiez la base d’un Kaori pour finir à sa cime qui se confondait avec le ciel légèrement magenta à 18h, heure d’arrivée.

Ce camp comprenait une cabane qui abritait la cuisine (fours à cuisson, éviers, frigos, ustensiles de cuisine etc), une cabane pour toilettes et douches câblées au luxe d’eau chaude, une autre était un grand dortoir; une grande zone commune sans mur avec de grandes tables en bois pour le dîner faisait converger les bénévoles fraîchement arrivés; au centre du camp était tendu à 3 mètres du sol un filet horizontal qui donnait l’impression qu’il disparaissait avec la lumière du jour ambiante diminuant, et de léviter entre ciel et terre, rouge et ocre, omniprésente et frappante avec le contraste verdâtre de la végétation éparse; une couleur qui aura teinté nos chaussures de swimrun à jamais puisque plusieurs lavages n’y auront rien changé à leur couleur. Et le plus marquant n’était pas ce qu’on voyait de ce camp, mais plutôt son côté invisible que ressentaient certainement les plus sensibles d’entre nous: un silence non pas stérile mais très agréable, régénérant et reposant et surtout l’impression d’une sérénité ambiante invincible et protectrice; j’en oubliais même la compétition du lendemain lorsque je parcourrai du regard les limites du camp. Un seul mot me venait à l’esprit: Merci. Merci à l’univers pour ce spectacle invisible où le mystique devenait une nécessité pour la sensibilité.

L’heure du dîner

La tête dans les nuages et 18h30 me tirait du songe: c’était l’heure de dîner pour Thomas et moi. Je nous avais préparé en parts égales du quinoa et riz brun au beurre clarifié, thon blanc poêlé au Colombo et poivre noir, des patates douces oranges, une dose généreuse d’alfalfa, betterave rouge râpée, persil, courgettes et champignons sautés, le tout quadrillé d’une vinaigrette au miel, vinaigre balsamique, moutarde et huile d’olive. En dessert, des dattes que je fourrais dans du beurre de cacahuètes avec 2 carrés de chocolat noir. Des bénévoles s’attablaient en face de nous avec des sujets de conversations divers du quotidien.

Routine avant la course

19h30 signifiait dodo dans notre programme; direction notre petite canadienne en bois, une construction simple ressemblant à une maison où l’on a retiré les murs pour poser la toiture de bois en triangle à même le sol. A l’intérieur de cet espace de 3m par 2m, un matelas 3 places sans sommier au sol; le bonheur dans la simplicité ultime. 10 min de cohérence cardiaque respiratoire et le sommeil devait s’ensuivre… mais les innombrables moustiques gâchaient la nuit; je me claquais les oreilles à chaque fois qu’un y résonnait. Impossible de dormir pour moi. Minuit arrive à ma montre et la fatigue l’emporte sur mon karaté des moustiques. Je m’endormais en m’imaginant le lendemain la tête couverte de piqûres, mais peu importe.
4h sonne l’alarme.

Premiers mots échangés avec mon pote Thomas:
-Bien dormi bro ?!
-oui, super ! j’étais juste au 1ère loges d’un concerto à moustiques. Lui avait bouché ses oreilles avec ces petites mousses oranges distribuées en avion.
-Tu n’as pas entendu les moustiques? lui demandai-je. Non qu’il me disait et à quoi j’ai pensé dans un état mi-vaseux mi-éveillé la morve toujours au nez, “Que c’est beau l’ignorance!”; ça m’a mis de bonne humeur et en 30 secondes nous étions hors du lit en direction des cuisines pour le petit déjeuner déjà prévu à la lettre: miel et banane dans du beurre de cacahuètes, thé/infusion, pitaya et chocolat noir. Notre navette quittait le camp en direction du départ à 4h50 donc chaque minute cliquait méthodique. Check du matériel swimrun, on s’est gracieusement tartiné d’huile de ricin au niveau de la nuque, des aisselles, là où je pense… et là où le soleil ne brille pas. Il était déjà temps quitter le camp.

Le jour de la course

Une fois au départ, j’ai même pas le temps de sortir de la voiture qu’on annonce “départ dans 15min”. Ouppss! Dernier check matériel avec Thomas et il s’évapore dans le noir de l’aube pour son échauffement. Je me dis “no stress buddy, reste en respiration nasale ample et ça ira”. Je lace et relace 3 fois mes nouvelles chaussures (toutes blanches!) avec des triples noeuds pour finir tellement les lacets sont longs (ces triples noeuds défaits à l’arrivée m’auront donné raison) et me donnent l’impression d’être à un de ces défilés de mode décadents qui piétinnent le bon sens et le respect de soi.

5 min du départ et j’ai une épiphanie: “merde, nos ravitos !!!” Thomas et moi n’avions pas encore déposé nos 4 ravitos dans les 4 bacs destinés à cet effet sur le parcours. Je sprinte à la voiture pour récupérer nos 4 ravitos et voilà. J’ai les orteils sur la ligne départ, petite accolade de mon pote Thomas que je remarque déjà les épaules en sueur. Je lève les yeux aux ciel, petite pensée à ma grand-mère à qui je dis merci. Honorez vos aïeux et vos ancêtres et vous verrez, vous serez bénis; faites une place pour l’invisible même pendant une seconde.

Le départ tant attendu

Top départ. Étonnamment ça n’est pas parti à bloc comme les ÖTILLÖ précédents à 20km/h, je me retrouve devant à une allure tranquille de 3min40/km. Thomas tente de me chuchoter “ne mène pas la 1ère natation, mets-toi dans des pieds”, auquel je hoche de la tête. 2km plus loin, 1ère natation et c’est le grand mystère, je suis quasiment le 1er dans l’eau mais je n’aperçois aucune bouée devant, je me retourne et je demande aux autres où l’on va mais les mecs m’ignorent et je me dit que j’allais juste suivre le 1er.

Naviguer à l’aveugle

Il est 5h45 du matin environ et le soleil s’est à peine levé mais des montagnes nous en séparent donc avec mes lunettes de natation un peu sombres, je nage sans voir où je me dirige. Je me contente de suivre le 1er nageur qui tire un peu à gauche de la rive; 2 min plus tard j’aperçois à droite un autre nageur plus rapide qui nous dépasse, je me dis que lui sait où aller donc j’abandonne les pieds du nageur à gauche pour celui de droite; je force un peu sur les bras et au bout d’une minute je me retrouve dans ses pieds. Le nageur directement derrière moi me touche souvent les pieds ce qui commence vraiment à m’agacer donc lors d’une respiration je me vrille vers l’arrière pour tenter d’apercevoir qui c’est… et c’est Thomas: l’agacement se transforme en un soulagement à peine agacé.

Au bout de 800m de natation, sortie sous un pont et 2ème course à pied, un binôme calédonien est à nos côtés, Jimmy et Jonathan; ils avaient terminés 2ème l’an passé. J’échange quelques mots avec Thomas qui me dit, “on reste avec eux pour l’instant, la course est longue”, auquel je hoche encore de la tête. Les 3 natations suivantes se ressemblent: je mène la natation, Thomas dans mes pieds et Jimmy et Jonathan sont à notre hauteur mais décalés de 2 mètres et nagent légèrement plus vite que moi, donc je me cale dans leurs pieds et je compte les bulles sous l’eau. Sur terre Thomas et moi sommes pour l’instant légèrement plus rapides et devons même attendre parfois Jimmy et Jonathan car nous ne voyons pas les rubalises indiquant le chemin à prendre.

Camaraderie sur le parcours

Ces 1ères 90min de courses s’apparentaient à une sortie amicale du dimanche entre 4 potes; je dois préciser que c’est Jimmy et Jonathan qui nous avaient conduit le matin du camp de Kaori au départ, donc il y avait comme un début d’amitié qui s’était tissée entre nous. En longeant les îlots à pieds, les calédoniens se montraient bienveillants à notre égard lors de passages délicats et Thomas et moi faisions la réciproque: le meneur indiquait d’énorme trous de 90 cm dans la roche rendus invisibles par des particules d’argile en suspensions dans l’eau et si vous n’y prêtiez pas attention, vous tombiez avec fracas d’une grande marche d’escalier que vous n’attendiez pas.

Mon genoux gauche a tapé une fois et Thomas s’est râpé le tendon d’achille droit comme ça. Et dans la végétation basse, on se faisait même les politesses de retenir les longues branches d’arbustes sur notre passage qui autrement aller fouetter le coureur suivant comme une porte battante non retenue. “Attention la tête”, “attention le trou” lorsqu’il fallait passer sous des troncs d’arbres ou enjamber des crevasses, meublaient la discussion avec eux.

Jonathan nous précisait que lorsqu’on longeait la route, il fallait courir dans l’énorme ornière par sécurité, je l’écoutais et le remerciais pour ses conseils. Nous arrivions au km 8 et au 1er ravito avec les 2 calédoniens; en moins de 45 secondes, Thomas et moi avions englouti nos gels respectifs et 250mL de d’eau miel citron avec électrolytes. Pour ma part, mon gel contenait ma 1ère dose de caféine depuis 3 semaines et j’attendais ses effets avec curiosité. Nous arrivons à la 1ère grande montée du parcours: un pétard d’environ 300 de dénivelé avec des passages à 20%, je dis à Thomas, “bro, je mets les gaz”. Thomas s’accroche et on creuse un écart.

La descente arrive et l’on se rappelle les conseils de Jimmy 10 min plus tôt: “hyper technique et très glissant, soyez prudents les amis”. Et effectivement, un sentier de 20cm de largeur, hyper étroit, parsemé de touffes d’herbes qui dissimulaient des lames de roches prêtes à vous faire tomber. Thomas et moi devions même marcher par moment tellement les passages étaient compliqués ! Parfois d’énormes rochers glissants me rappelaient de décaler mes plaquettes de natation de l’arrière dans mon dos à mes côtés car je devais m’asseoir sans les écraser. Thomas glissait beaucoup et moi aussi. Quelques frayeurs qui nous ralentissent avant la natation suivante où l’on compte désormais 10 min d’avance sur les calédoniens après ce run de 8km qu’on avait démarré à leurs côtés.

Les 3 heures et demies qui ont suivi ont été un long tête-à-tête entre Thomas et moi, ponctués par les 4 zones de ravito où d’autres personnes s’invitaient à cette conversation entre 2 potes qui avaient le regard baladeur et rêveur sur un paysage époustouflant lorsque nous prenions de la hauteur: on devinait l’étendue du lac Yaté qui coulait jusqu’à l’horizon découpé par quelques îlots solitaires. On se demandait souvent si l’autre allait bien. Thomas déroulait beaucoup mieux que moi sa foulée sur le plat et moi étais plus à l’aise dans les montées. Les natations étaient les seuls moments qui brisaient notre petite conversation à bâtons rompus. Le passage à mi-course au km 21 au milieu des 150 participants du swimrun 21km nous ayant fait une haie d’honneur, nous a donné quelques frissons avec leurs applaudissements et encouragements. Nous entamions la 2ème moitié du parcours avec plus d’euphorie qu’au départ.

La forêt noyée, un défi insolite

Seul passage délicat pour nous était l’avant dernière natation, longue de 1500m, dans la fameuse forêt noyée ! pour y parvenir, nous avions déjà à courir prêt de 2km avec de l’eau au-dessus des genoux; à se demander si nous n’étions pas hors parcours. Et puis tout à coup, plus de rubalise, aucun bénévole en vue, juste un sentier qui repart en montagne; pause de 30 sec à se poser des questions. Seule au loin à 600m, une tâche jaune ressemblant à un kayak et donc on crie plusieurs fois “hey hey, c’est par où le chemin ?”, aucune réponse. On décide de monter le sentier qui repart vers la montagne mais pas de rubalise en vue donc demi-tour. Au bout de 2 ou 3 min, nous décidons de nager vers cette tâche jaune qui s’avéra être une énorme bouée qui s’était dégonflée la nuit précédente.

Une fois à la bouée dégonflée, je retire mes lunettes mais les nombreux troncs qui percent le plan de l’eau où se reflétait parfaitement le ciel couvert me déroutent et me font presque halluciner dans ma confusion; je nage 15m un peu dans chaque direction et bingo, j’aperçois une minuscule tâche jaune à 300m qu’un tronc d’arbre intermédiaire cachait. Je préviens avec soulagement Thomas que nous étions sur le bon chemin. Nous nagions dans une zone qui la semaine passée n’avait que 20cm d’eau et le jour de la course, plus de 4 mètres d’eau.

Littéralement, nous nagions avec des arbres de moins de 4 mètres sous nos yeux, submergés sous l’eau et devions zigzaguer au milieu d’autres troncs d’arbres qui sortaient de la surface comme du sol: un moment insolite et inoubliable! Un moment d’autant plus mémorable que Thomas et moi commencions à peiner en natation. Mes bras m’abandonnaient lentement et je fermais les yeux sous l’eau pour tenter d’économiser de l’énergie. Je réalisais que nous nagions sur un site magique et cette pensée rendait la fatigue supportable voire agréable. Tout de même, je sentais l’hypoglycémie arriver et j’attendais avec impatience le dernier ravito juste à la sortie de ces 1500m de natation. Thomas, dans mes pieds, commençait à cramper des bras et me le fait savoir. Je lui dis qu’on y était presque. Nous savions que si nous finissions cette dernière natation en tête, la victoire nous était quasi assurée avec les 8km de trail restant, notre point fort.

Le dernier ravito se dessine au loin et quel bonheur ! Thomas se rue sur des abricots secs et moi sur des petits carrés de biscuit Nature Valley au miel, nous nous fixons l’un l’autre avec des yeux globuleux vitreux et stupéfaits presque en s’ignorant. Je suis désormais convaincu qu’à ce moment-là, l’un a eu pitié de l’autre en le voyant mais sans s’en rendre compte: immobiles, les bouches gonflées de biscuits et fruits secs, affamés et la tête ruisselante d’eau douce, notre raison d’être était uniquement calorique.

Le ravitaillement salvateur

Nos regards hagards pour l’un l’autre se tournent vers les dames qui avaient dressé ce ravitaillement, que la faim nous avait faite ignorer jusque là, et je ne rappelle pas combien de merci la bouche pleine, débordante et postillonnante de miettes nous leur disions entre des coups de mâchoires mais c’était nos sauveuses sans le savoir. Sans ce ravito, nous aurions couru les derniers 8km écervelés et lobotomisés et notre longue conversation se serait arrêté à ce ravito pour laisser place à un long silence pénible où l’on aurait même pas eu assez de ressources mentales pour se demander comment va son pote.

Finalement nous repartions de ce ravito en claquant des ‘high five’ aux dames, les joues toujours bombés de nourritures. Thomas avait même dérobé à la volée une dizaine d’abricots secs pour les planquer à sa cuisse sous sa trifonction ! haha je suis témoin ! moi, pas mieux, je suis reparti la bouche gonflée de Nature Valley au miel incapable de prononcer un mot et pire, incapable de respirer par la bouche ! Évidemment, j’avais aussi les 2 mains remplies de Nature Valley. Manque de bol, une belle montée nous attendait dès le ravito quitté.

J’ai tenté de courir la monté en mâchant mes biscuits et en respirant mais impossible; rapidement, je recrachais malgré moi des morceaux de biscuits pour pouvoir respirer dans cette pente à presque 20%; je me consolais en me disant que j’avais encore 2 belles poignées de biscuits en main. Mais quelques minutes plus tard, je réalisais ma gourmandise et je larguais les biscuits restants. Je ne saurai vous dire si Thomas a englouti tous les abricots superflus embarqués… haha. Ce dernier run était presque agréable et oisif avec des passages en sous-bois à l’abri sous la canopée, nous sentions l’arrivée proche et jusqu’à présent, aucune crampe, juste quelques raideurs aux cuisses mais à peine.

Dans un panorama ressemblant à une peinture surréaliste aux couleurs pastel ocre et verte, je me retournais parfois le long de ces crêtes de montagnes pour voir si, 300m derrière sur la colline précédente, j’apercevais des silhouettes humaines; mais rien. Notre ami Teddy, spectateur, nous rejoignit dans la dernière descente à 2km de l’arrivée, et Thomas lui demande “on court à quelle allure là?” ce qui m’apporta la réponse à la question qui me taraudait depuis 5h du matin… à savoir s’il avait été piqué par les moustiques autant que moi: j’en avais désormais la ferme conviction et confirmation car à moins d’avoir perdu une case par commotion cérébrale due aux piqûres. En effet, on ne pose pas une telle question aussi saugrenue à 2km de l’arrivée, n’est-ce pas ?!

À mon sens, une question beaucoup plus raisonnable à ce stade de la course aurait été “Teddy, quel est le pourcentage de la pente actuellement ?” car Teddy avait répondu à Thomas 3min20/km mais dans une pente à 5%, c’est pas pareil que dans du 3% avec dévers, n’est-ce pas ?! Et au moment de sauter à l’eau pour la dernière natation de 100m menant à l’arrivée, je dit à Thomas, “On fait la course ?! gloire et postérité éternelle au 1er de nous 2 qui franchit la ligne d’arriver”. Il m’a rigolé au nez et a presque sauté à l’eau avant moi ! j’ai réellement tenté de le larguer sur ce 100m natation mais hélas, à gauche de l’arrivée était plantée une oriflamme Volvic vers laquelle j’étais convaincu que nous devions nager… Thomas lui visait tout droit l’arche d’arrivée. A vous de voir à qui il manquait une case…

Camille Lacourt avec Thomas et Cédric

Un grand merci à ma famille et mes sponsors sans qui ce voyage n’aurait pas pu se faire. Merci à Geraud Exil pour le superbe séjour à Nouméa !
Et enfin un grand bravo à l’organisation de ce Swimrun Yaté.New Caledonia particulièrement à Antoine Dahlia pour son travail de titan dans cet endroit sublime !

✍️Cédric Wane
IG: @cedricwane
📷 Swimrun Yaté / Robin Planchon / Eyefly
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