BinômeInterview

Portrait de la Team Bananas Benjamin Soulie Agnès Rozenberg qualifiée pour l’ÖtillÖ

Agnès et Benjamin

Portrait de la team Bananas composée de Benjamin Soulie et Agnès Rozenberg issue du fameux club de l’ACBB. Avec une marque de 9h34 sur l’édition 2022, vous avez une idée de leur excellent niveau. Preuve que même en région parisienne les swimrunners savent s’adapter aux conditions rudes de l’archipel de Stockholm.

A] 📍Swimrun France: Bonjour. Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler de votre parcours sportif ?

Benjamin Soulie: Benjamin, j’ai 41 ans et je vis à Boulogne Billancourt avec mes 2 enfants et ma compagne qui participe à son 2eme Otillo cette année en équipe féminine. Je travaille dans le groupe Renault où je manage une équipe d’ingénieurs spécialisés dans les batteries des véhicules électriques.

Agnès Rozenberg: Agnès, mariée, 2 enfants. Je me suis mise sérieusement à la course à pied vers 30 ans pour calmer mon stresse : j’avais du mal à dormir après mes gardes de nuit, j’étais sage-femme hospitalière. Aujourd’hui, à 52 ans, je cours et je nage pour m’entraîner essentiellement, je suis passée en libérale (gestion du temps plus facile) mais je sais que j’ai acquis beaucoup de confiance en moi grâce à mon sport.

B] 📍SRF : Comment et quand avez-vous découvert le swimrun ?

BS: J’ai un passé de nageur depuis mon plus jeune âge et je me suis mis à la course à pied puis au triathlon assez tard en 2009. Après avoir enchainé les sprints et courtes distances je me suis essayé au format Half mais je n’étais pas vraiment passionné de longs entrainements à vélo sur route …

C’est lorsque j’ai découvert l’annonce d’un swimrun à Engadin en 2014 (sur onlinetri il me semble) que j’ai sauté sur l’occasion en proposant à Boris Tomaszewski , copain et partenaire d’entrainement et surtout dans le même état d’esprit ! Et à partir de là, le virus s’est diffusé 😉 . Nager/courir dans des lieux magiques, innover sur le materiel , s’entrainer et faire des courses à 2 , c’était passionnant .

AG: C’était en 2013 à l’anniversaire des 40ans d’un très bon copain de triathlon, Benoît (mon binôme de l’Amphiman 2016) que Ben et Boris, les BBrockets, nous annonçaient avec fierté leur inscription pour un swimrun à Engadin 2014. Ils m’ont fait rêver immédiatement,
cependant, cela me paraissait inatteignable à mon niveau.

C] 📍SRF : Quelle est votre expérience avec le circuit ÖtillÖ ?

BS: Cela fait désormais 9 ans que je pratique, avec au compteur 4 ÖtillÖ avec Boris dont moins de 9h en 2018, 1 Otillo avec ma compagne (2017 la pluie/les vagues), et bientôt 2 Otillo avec Agnès avec une belle 10ème place en 2022 ! J’ai participé aussi à des manches Otillo en équipes homme/mixte (Hvar, Malte, 1000 lakes, Scilly, Engadin), et bien sûr à de nombreuses courses françaises (Verdon, Embrun, Vassivières, Cote Vermeille, Gravity, Anjou, Hossegor, etc)

AG: Les BBrockets ont motivé plusieurs équipes de notre club de triathlon pour Engadin 2015. Bruno Etchepare sera mon binôme. Nous avons bien souffert et beaucoup ri : Bruno est excessivement drôle et particulièrement dans la douleur. J’avais ma combinaison de triathlon que je n’avais pas osé couper : j’ai eu tellement chaud mais j’ai adoré ! Puis, j’ai enchaîné beaucoup de swimrun, et de binômes, que j’épuisais par mon insuffisance en natation même si, malgré tout, nous arrivions toujours à monter sur le podium.

D] 📍SRF : Comment s’est formé votre binôme ?

BS: On s’entraine avec Agnes dans le même club ACBB Triathlon à Boulogne Billancourt. Agnes est une très bonne coureuse à pied et avait du mal à trouver binôme lui permettant de faire des podiums comme en trail ;). De mon côté je voulais réessayer en mixte et on s’est dit on va essayer ensemble. Et le binôme a très bien fonctionné puisque lors de notre première course sur le swimrun d’Embrun en 2019 puisqu’on a gagné et au scratch !

AG: Mon rêve était de faire la Suède, j’en parlais tout le temps. Je suis toujours obsédée par le temps qui passe trop vite et j’avais peur de louper ma chance. Il me fallait un binôme qui n’aurait pas peur de faire toutes les natations devant. Je n’aurais jamais imaginé d’avoir Ben en binôme, homme-poisson qui assure tout aussi bien en baskets. Son binôme fétiche, Boris, prenait une année sabbatique, nous avions un an pour nous qualifier. Sincèrement, je crois que nous n’étions pas du tout complémentaires bizarrement, il était juste touché par ma détermination sans faille. Notre 1ere course a été incroyable, c’était Embrun 2019, nous avons remonté toutes les équipes et finis 1ers, les Bananas étaient devenus crédibles.

E] 📍SRF : Comment avez-vous préparé votre qualification et votre participation aux championnats du monde de swimrun ?

BS: En 2022 on avait été qualifié grâce au direct slot obtenu avec une 3ème place à Malte. Cette année on souhaitait récidiver en tentant l’unique direct slot du swimrun Cote Vermeille mais on a eu la bonne surprise d’être sélectionné au ranking en début d’année.
Pour ma part je n’ai pas un énorme volume d’entrainement ( autour de 8h) au cours de l’année , contraintes famille/pro obligent. Par contre j’essaie de l’augmenter depuis juin/juillet avec les vacances d’été qui aident bien. Et on se cale en compléments des WE chocs, soit course comme l’ultra de Cote Vermeille mi Juin, soit de gros WE entrainements.

AG: Nous avons un plan d’entrainement course à pied (Càp) avec Ben, pris sur le net, que je suis consciencieusement (normalement), ça me rassure beaucoup. Il comprends 4 Càp, on rajoute 3 séances de natation et 1 à 2 séance de renforcement musculaire à la maison. Nous avons fait l’Ultra swimrun de Côte Vermeille où nous avons vraiment bien assuré car il est excessivement difficile, 7ème au scratch et 1ère équipe mixte. Ainsi, je partais vraiment confiante pour les championnat du monde. Malheureusement, je me suis blessée, une pré-fracture de fatigue et je croise les doigts maintenant car ma préparation est vraiment légère. Aujourd’hui, à 4 semaines d’Ötillö, je reprends en progressif la Càp : je suis encore moins sûre de moi…

F] 📍SRF : Quels sont vos plus beaux souvenirs et vos plus grosses galères en swimrun ?

BS: Je ne manque pas de beaux souvenirs ! Un des plus mémorables est la 1ere participation à Otillo en 2014 après la qualification obtenue lors de notre premier swimrun à Engadin avec Boris. C’était l’inconnu pour nous , peu/pas de feedback sur cette course, et franchir la ligne d’arrivée était un moment rempli d’émotions ! (on fait 10h et 13eme ).

Un très bon souvenir dans un autre contexte fut la victoire en mixte avec Agnès et au scratch sur le swimrun long de Embrun en 2019, on n’avait pas imaginé ça avant de prendre le départ…

Otillo 2017 dans les vagues et sous la pluie avec ma compagne Claire était une vrai épopée, on ne risque pas d’oublier ces moments où la nature est puissante et où on se retrouve (presque) seul dans l’archipel, on en parle souvent lol

En galère au niveau matériel, c’est plutôt ce 1er ÖtillÖ où on avait décidé de ne prendre qu’un camelback (par dessus de la combi) pour le ravitaillement en eau, qu’on se prêtait à tour de rôle … sauf qu’on a rapidement vu que ça freinait beaucoup trop le porteur en natation !!

AG: Notre qualification à Malte 2021 a été une des courses les plus intenses. Il nous fallait absolument le slot pour les championnats. Nous étions sous pression avec les binômes mixtes qui feront la 2ème et 4ème place, j’ai bien souffert mais nous voulions la place !
Souvenir incroyable à la Gravity Race 2020. Le noir au milieu du lac à 7h du mat’, nous devions suivre la lumière d’un canoë que je ne voyais pas, levé du soleil pendant cette 1ère natation, froid intense mais une confiance absolue dans mon binôme. Nous avons réussi à
nous rallonger de 30 minutes sur une erreur d’itinéraire, et pourtant, nous ferons que doubler et finir 1 ers . Conclusion, toujours y croire ! J’ai énormément de souvenirs forts de mes swimruns que je vis intensément, j’adore tellement !

G] 📍SRF : Quel type de relation en compétition votre binôme adopte-t-il le plus souvent ?

BS: Je tracte en natation et je fais l’orientation donc on est complètement dans la confiance. Et à pied on se connaît assez bien , je suis plutôt bien observateur pour identifier l’état de l’autre et adapter l’allure, et quand c’est moi qui suis dans le dur j’hésite pas à passer derrière (cf la montée de la Madeloc cette année 😉

On a l’esprit très compétitif , c’est toujours délicat de se faire dépasser en course mais on sait être patient sur les épreuves longues qui nous conviennent mieux.

AG: Nous parlons peu Ben et moi. Nous sommes tous les 2 très compétitifs, donc, on sait que chaque minute est importante. C’est lui qui relance et mène les transitions. Je le vois remettre son bonnet (perso, je ne le quitte pas souvent, c’est le plus simple), je ferme alors ma combi et ça va très vite la mise à l’eau mais tout aussi bien la sortie, à peine le temps de retirer mes lunettes que la course a repris, j’adore !

H] 📍SRF : Par rapport aux Suédoises qui dominent depuis toujours les championnats du monde de swimrun, pensez-vous que l’écart est en train de se réduire comme sur les coupes du monde ? Quels sont les points forts et les points faibles des équipes françaises par rapport aux équipes nordiques ?

BS: L’écart avec les Suédois se réduit inévitablement, on le voit avec tous les podiums de Otillo 2022. C’est tout à fait normal avec le réservoir extraordinaire d’excellents sportifs en France (triathlete, nageur, traileur). L’hégémonie suédoise est terminée !

AG: A l’Ultra de Côte Vermeille, nous étions en course avec Hélène Wikmar et Evelina Järvinem, un binôme de suédoises étonnantes, elles discutaient sans interruption même dans la montée de la Madeloc alors que nous, nous étions en hypoxie, mode survie ! Néanmoins, la descente aura eu raison de notre patience, elles arriveront 7’ après nous.

I] 📍SRF : Quelle va être votre stratégie de course pour les championnats du monde ? (suggestion Quels sont vos objectifs et vos ambitions ? Comment allez-vous gérer les transitions, la nutrition, le matériel, la météo ?)

BS: Comme en 2022 on va miser sur la prudence sur les premières heures de course, assurer les parties techniques et ne pas s’enflammer. De toute façon on ne sait pas partir vite ;).

Avec quelques aléas de santé pendant la préparation, je serais satisfait si on boucle la course en 10h même si c’est plus que l’année passée. Cela dépendra aussi des conditions météo… Pour le reste, nutrition et matériel sont bien rodés et connaître le parcours va plutôt nous aider dans la gestion de l’effort.

AG: Nous prendrons le départ sans aucun doute et j’espère que ma cheville sera vaillante…Comme d’habitude, nous partirons tranquillement avec des barres dans les poches, notre flasque que nous remplirons le temps des ravitos et nous nous arrêterons sous le chapiteau de l’arrivée. J’ai peur de la pluie surtout, les cailloux mouillés…

J] 📍SRF : Quelle est la première chose que vous allez faire lorsque vous allez franchir la ligne d’arrivée ? Et la deuxième ?

BS: Un bon hug d’arrivée à son binôme et aller manger !
AG: J’arriverai grâce à mon binôme, donc, je le serrerai fort pour l’en remercier. La suite que j’aime beaucoup aussi, c’est refaire la course avec Ben et avec tous, mettre des mots sur ce que l’on a ressenti pendant cette journée incroyable.

K] 📍SRF : Stockholm est une très belle ville, avez-vous l’intention de rester un peu pour y faire du tourisme ?

BS: On n’a jamais le temps de visiter Stockholm, il faut dire que c’est un des pires moments de l’année avec la rentrée scolaire et le boulot qui reprend à fond !
AG: J’adorerai visiter Stockholm mais pas spécialement lors de ce WE, cette course mythique aura rempli ma tête et mon corps.

L] 📍SRF : Quels sont les partenaires qui vous soutiennent pour les championnats du monde ?

BS: Notre fan club nous soutient assidument 😉
AG: Pour moi, il n’y a que moi et mon binôme. Ma famille, mes amis respectent mes choix, comprennent ou pas, et écoutent souvent mes récits.

M] 📍SRF : Il y a-t-il une question que vous auriez aimé que je vous pose ? Si oui, quelle est-elle et quelle serait votre réponse ?
D’où vient le nom d’équipe Bananas team ?

BS: BenAgnes Benanas Bananas lol

🎯Questions indiscrètes :

👉Embrassades ou poignées de main polies à l’arrivée ?

BS: Plutôt hug !
AG: Je pourrais sauter sur mon binôme à chaque arrivée mais il est plus modéré que moi

👉Qui se rue la première vers la bière ÖtillÖ et le ravitaillement
BS: Pour la bière c’est moi ! pour les ravitos c’est moi qui pousse au re-départ !
AG: Ben sans aucun doute !
👉Qui fait le pipi de la peur le ou la 1er(e) ?
BS: Ex aequo je pense
AG: Aucune idée
👉Qui gueule le 1er ?
BS: Je gueule pas mais je relance souvent
AG: Aucun des 2
👉Qui se perd la premiere ?
BS: Je m’attribue la faute car la plupart du temps devant !
AG: Ce serait moi si j’étais devant, je me perds tout le temps !
👉Longe ou sans longe ?
BS: Longe obligatoire
AG: Indispensable pour moi mais, même pour des binômes plus équilibrés que nous, je pense qu’elle est très utile quoiqu’il en soit.
👉Le truc le plus fou que vous ayez fait en course ou à l’entraînement ?

BS: Swimrun d’Hogakusten dans le nord de la Suède où j’ai souvenir d’une longue montée abrupte avec des cordes en guise de points d’appui et autres échelles (type via ferrata) et aucune autre sécurité, le tout au dessus de l’eau !
AG: Faire mon week-end choc (soit 2X5H d’entrainement) sur un WE familial, donc un départ à 4h du matin le samedi
et le dimanche pour être là dès le début des festivités !

👉qui dit le premier « plus jamais ça »
AG: non, et j’imagine que ce serait de mauvais augure pour la suite

IG: @gillet.agnes @ben.shoez

✍️Questions Akuna
📷 crédit photos Benjamin Soulie / Agnès Gillet