Première victoire 100% française à l’ ÖtillÖ 1000 Lakes 2019

« À ce moment-là, on s’est regardé et on s’est dit : « c’est tôt pour se livrer autant mais tant pis, ça passe ou ça casse, aucun regret ». On voulait vraiment avoir le sentiment d’avoir jouer le coup à fond ! La suite nous a donné raison pour notre plus grand plaisir (voir leur interview plus bas). » Matthieu Poullain & Hugo Tormento Team Head – Mat/Sudrunning(FRA) n’en reviennent toujours pas d’avoir damé le pion aux spécialistes de la discipline.

L’ÖTILLÖ Swimrun 1000 Lakes World Series course (Allemagne) est longue de 40km dont 8km de natation. La course est intense, rapide. Chaque portion de course à pied est sans relief à travers sentiers forestier sablonneux et sous les arbres majestueux de la région de Rheinsberg. Les 10 natations se font dans une eau limpide de lacs magnifiques à peine troublés par vents ou vagues. C’est la recette pour une course nerveuse, rapide où il faut toujours pousser la machine. La course est en ligne, elle part du comté de Wesenberg jusqu’au comté de Rheinsberg situé plus au sud.
Les températures de l’eau, clémentes, oscillent entre 16 et 17°C avec des conditions ensoleillées idéales dans l’air. Plusieurs équipes n’ont malheureusement pu passer les deux portes horaires, quelques unes ont dû abandonner. À l’avant les meilleurs se sont livrés une bataille acharnée, et l’issue de la course s’est décidée sur le tard, démontrant que le niveau a explosé cette année !

Series 1000 Lakes 2019

Le circuit ÖTILLÖ swimrun World Series promeut des courses en binôme. Chaque équipier s’appuie sur les forces de son partenaire pour repousser ses limites. L’expérience à deux est incomparable, ce qui explique l’engouement hyper rapide de ce sport actuellement. Près de 114 équipes représentant 21 nations sont venues se défier sur L’ÖTILLÖ Swimrun 1000 Lakes, 1ère manche qualificative pour les championnats du monde de 2020 en Suède. Un format sprint et expérience ont lieu la veille le samedi afin d’offrir une course plus accessible tout en conservant les mêmes ingrédients qui font le succès de la grande course.

Matthieu et Hugo ont remporté plus qu’une manche de coupe du monde à L’ÖTILLÖ 1000 Lakes le week dernier: première équipe 100% française à s’imposer sur le prestigieux circuit, nouveau record de l’épreuve et bien sûr une qualification pour les prochains championnats du monde. Peu après la remise des prix, ils se sont prêtés au jeu des photos et de l’interview, médailles au cou, en toute décontraction.

Swimrun France: Bonjour Hugo & Matthieu avant de parler de votre course, pouvez vous nous en dire un peu plus sur vous ?

Bonjour Jean Marie. Merci de nous accorder cette interview.

Matthieu Poulain : J’ai 27 ans et je suis kiné sur Montpellier. Je fais du triathlon depuis mes 8 ans. J’ai commencé le swimrun il y a tout juste un an avec celui de la Grande Motte en mixte avec ma compagne Eugénie Plane. Hvar 2019 a été ma première expérience sur le circuit Otillo avec Hugo, puis Eugénie et moi avons fini 1ère équipe mixte sur l’Otillo Scilly 2019. Cette course à 1000 Lakes était le deuxième swimrun que je réalisais avec Hugo mais nous nous partageons régulièrement des entrainements sur Montpellier.

Hugo Tormento : Je suis ancien nageur, j’ai quelques sélections en équipe de France jeune et sénior. J’ai 26 ans et je suis commercial pour Le Coq Sportif sur la région Occitanie (ce qui nous a entre autre permis de réaliser les pulls de la délégation France pour ÖtillÖ 2019). J’ai commencé le Swimrun avec mon frère Nicolas Tormento à Hvar en en 2018, l’année où j’ai également découvert la course à pied/le trail. J’ai rencontré Matthieu en tant que kiné suite à ma blessure au genou sur ÖtillÖ 2018 puis nous avons rapidement sympathisé. Matthieu est aujourd’hui non seulement mon partenaire sur certaines courses mais également mon kiné et mon coach pour la partie course à pied/vélo.

SRF: comment s’est passée votre course des 1000 Lakes ?

Series 1000 Lakes 2019

MP/HT : Cette journée fut parfaite en termes de conditions météo : l’eau était juste « fraîche » ce qui nous a permis de récupérer un peu en nageant et l’air à bonne température pour éviter l’hyperthermie.

D’un point de vue tactique, nous avions envisagé différentes options. Suite à nos diverses participations nous avions constaté que les équipes de têtes restent en retrait avant d’attaquer et que les « attaques » sont généralement sur terre plutôt que dans l’eau.

Après avoir longuement hésité, nous avons fini par prendre la décision le matin même de la course, dans le bus, d’attaquer sur la plus longue section natation et d’enchaîner sur une course à pied appuyée. Nos adversaires étant, sur le papier moins performants que nous dans l’eau et meilleurs à pied, nous souhaitions initialement créer un écart dans l’eau puis les contenir le plus longtemps possible à pied sans y laisser trop d’énergie.

Finalement, nous ne sommes pas parvenus à les lâcher dans l’eau mais le rythme soutenu que nous leur avons imposé les a fatigué pour le début de la course à pied. Nous avons alors profité de leur moment de faiblesse pour maintenir un tempo rapide et raccourcir nos arrêts aux ravitos afin d’augmenter progressivement l’écart.

À ce moment-là, on s’est regardé et on s’est dit : « c’est tôt pour se livrer autant mais tant pis, ça passe ou ça casse, aucun regret ». On voulait vraiment avoir le sentiment d’avoir jouer le coup à fond ! La suite nous a donné raison pour notre plus grand plaisir.

SRF: Quel a été votre « moment » lors de cette épreuve ?

Series 1000 Lakes 2019

MP : Pour ma part c’est la sortie d’eau du 1100 au ¾ de la course. Les crampes ont commencé à arriver peu avant la mi-course, pendant la longue natation de 1300m. Mon pull buoy glissait entre mes jambes, ce qui m’obligeait à le serrer et qui m’a tétanisé les adducteurs ainsi que les ischios jambiers.
À la sortie de cette natation de 1100m, les crampes étaient telles que je me suis réellement posé la question de savoir si j’allais pouvoir finir. Les 500 premiers mètres après la sortie d’eau ont été un calvaire, nous étions à la limite de l’arrêt. Heureusement, Hugo était là pour me relancer. Non seulement la corde a permis de me soulager mais dans ces moments-là, le fait de courir pour deux et pas seulement pour soi permet de dépasser ses limites.
Sinon j’ai vraiment apprécié le moment où nous avons relancé l’allure sur le début de la longue course à pied avec Hugo calé dans la foulée et l’écart qui commençait à se faire, c’était inattendu ! Le passage de la ligne fut également un soulagement car la fin de course a vraiment été un combat.

HT : Pour cette course je n’aurai pas un moment mais 3:
Le premier est celui où nous nous échappons à pied : alors qu’on jouait notre carte « ça passe ou ça casse » j’ai progressivement retrouvé ma foulée et j’ai commencé à croire en notre chance.
Le second est la natation après la portion à pied de 3,3km au 2/3 du parcours : Matthieu commence à souffrir et il crampe en sortant de l’eau. A ce moment-là, sans même se parler on s’est compris : j’ai sorti la corde, je l’ai attaché à pied et il m’a dit « maintenant, ramènes moi à l’arrivée ». Il restait 14km à parcourir ensemble et ne sachant pas où étaient nos poursuivants, le doute a commencé à s’installer.
Le dernier moment est la sortie d’eau de la dernière natation : je me retourne et je vois que les seconds n’ont toujours pas plongé, on était enfin sûr qu’on allait gagner !

MP/HT : Coté ambiance c’était vraiment super, il y avait du monde au niveau des sorties d’eau, des ravitaillements, à l’arrivée. Nous avons reçu beaucoup d’encouragements, cela nous a vraiment poussé ! A contrario sur certaines parties nous étions perdus dans ces immenses forêts, on retrouve vraiment l’esprit du swimrun sur cette course où on est alors livré à nous même au milieu de nulle part !
Pour conclure on peut dire que c’est vraiment une très belle course avec de super paysage et une organisation au top !

SRF : Quelle a été la réaction des suédois après votre victoire ?

MP/HT : Les Suédois ont été très fairplay, ils nous ont grandement félicité ainsi que Nicolas et Francesc du Team Envol. Ils nous ont confirmé que l’accélération en natation les avait mis dans le rouge pour la longue course à pied qui a suivi. Ils nous savaient bons nageurs mais ont été surpris par notre niveau à pied.

SRF : La domination des suédois est elle en péril face aux autre nations ?

MP/HT : La Suède reste la nation forte du swimrun mais avec le développement actuel de la pratique à travers l’Europe et notamment la France, de nouvelles têtes vont continuer à arriver et à contribuer à l’augmentation de la densité sur le circuit.
Néanmoins, les suédois ont encore une longueur d’avance sur certaines courses notamment sur ÖtillÖ WC ou ils connaissent parfaitement le terrain, ce qui est un facteur prépondérant à la performance sur cette course hors catégorie.
Mais plus les années passent et plus l’écart se réduit, ce qui rend les courses d’autant plus intéressantes !

SRF : Beaucoup de Swimrunners désirent se qualifier pour les championnats du monde l’an prochain, d’après votre expérience ici, quelles sont les qualités qu’il faut pour réussir ?

MP/HT : Le plus important reste la gestion de l’effort, il faut avoir une bonne connaissance de soi, de ses qualités mais aussi de ses faiblesses.
Selon nous, la natation a un impact important sur la performance en swimrun car on peut y laisser énormément d’énergie. Plus on passe de temps dans l’eau, plus on perd d’énergie, et cela a d’autant plus d’impact en cas de conditions froides.

SRF : Niveau équipement, voyez vous une différence entre pays ?

MP/HT : Difficile à dire, il n’y a pas vraiment de pays qui se démarque. En ce moment ce sont plutôt les marques qui essayent de se différencier en apportant chacune à leur tour des améliorations ou des variantes sur leur combinaison/matériel. De plus, chacun aura un feeling différent avec tel ou tel équipement en fonction de ses qualités. Par exemple certains auront besoin de plus de flottabilité alors que d’autres chercheront plus de légèreté et de souplesse pour courir.
On remarque néanmoins que Ark et Head sont les marques de combinaison que l’on retrouve le plus souvent sur le circuit.


SRF : Il y a d’autres épreuves du circuit OtillO que vous allez faire

MP/HT : Nous allons laisser retomber tranquillement l’euphorie de la course puis nous discuterons de la suite dans quelques jours.
Pour l’instant, nos prochaines échéances sont Cannes pour Matthieu et Eugénie et le Swimrun de Nouméa (Nouvelle Calédonie) pour Hugo.

SRF : Quels sont vos sponsors ?

MP : Pour ma part il y a mon club du Montpellier Triathlon avec qui je bénéficie d’excellentes conditions d’entrainement, et la marque Ark qui m’a équipé pour la 1ère fois sur cette course.

HT : De mon coté, le magasin Sud Running (Marseille) en partenariat avec Adidas Terrex m’accompagne pour la partie course à pied tandis que Head Swimming me supporte pour la partie natation et les compétitions de swimrun. Le Pôle France de Sauvetage de Montpellier de Raphaël Raymond me permet de bénéficier de sa structure et d’entraînements adaptés à ma discipline pour m’entrainer dans l’eau. Enfin, le cabinet de kinésithérapie Balkios de Montpellier (avec Matthieu et ses associés) m’accompagne pour les soins et la récupération.

Résultats Top 3 ÖTILLÖ Swimrun 1000 Lakes, 22 Septembre, 2019 (les deux premiers binômes de leur catégorie sont qualifiés pour les prochains championnats du monde qui auront lieu le 31 aout 2020 dans l’archipel de Stockholm)

Hommes

  1. Matthieu Poullain & Hugo Tormento Team Head – Mat/Sudrunning(FRA)
  2. Nicolas Remires (FRA) & Francesc De Lazuna Gimeno (ESP) Team Envol
  3. Fredrik Axegård & Alex Flores (SWE) Team ARK Swimrun Mixed

Mixtes

  1. Martin Flinta & Jonna Hedbys (SWE), Team Thule Crew / Head SR team
  2. Sofia Axelsson & Tony Svensson (SWE) Team Wonder woman & Aquaman
  3. Per Ahlin & Lisa Ring (SWE) – Team Rå/IK NocOut.se

Femmes

1.Fanny Kuhn & Desirée Andersson (SWE) Team Envol 


2.Anna Hellström & Jenny Ramstedt (SWE) Team Head Swimming

3. Linnéa Olausson & Cassandra Eliasson (SWE) Primalcoaching HEAD

Résultats complet : https://otilloswimrun.com/races/1000-lakes/results-2019/
Site: https://otilloswimrun.com/races/1000-lakes
Photos: https://www.flickr.com/photos/otillorace/albums/72157710896344431

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