Stéphane et Jean Nicolas les vieux neptuniens sur le toit du monde – ROTW

Stéphane et Jean Nicolas ont vécu une aventure hors du commun dans le monde du swimrun en allant au « Roof of the world » swimrun, littéralement « le toit du monde ». Un swimrun situé à une altitude de près de 3900 m au Lac Karakul, Tadjikistan. Conditions extraordinaires évidemment, mais ce ROTW c’est aussi un voyage qui va bien au delà du sport. Si la géographie façonne la course, elle polie la culture et charpente les peuples, c’est aussi cela qui a fait briller des yeux de nos deux frenchies.

Swimrun France: Bonjour Stéphane et Jean-Nicolas dit les « vieux Neptuniens », tout d’abord pouvez vous nous faire une courte présentation ? Et surtout pourquoi les « vieux Neptuniens » ?

Jean-Nicolas Mehr : je fais de la natation depuis que j’ai 5 ans et de la compétition depuis que j’ai 10 ans. Mon père était militaire donc j’ai beaucoup voyagé en France et à l’étranger ce qui m’a fait découvrir d’autres sports, j’ai même joué au rugby à 7 à Mayotte. Après un diplôme d’ingénieur et un master en finance, je suis monté à Paris pour travailler. C’est pourquoi depuis 2010, je nage au Neptune Club de France et depuis 2011 je participe aux compétitions Masters. Le nom de notre équipe vient de là, en 2016 avec Stéphane nous avons participé à l’Otillo Engadin et il fallait trouver un nom d’équipe. Vieux pour masters et Neptuniens pour Neptune Club de France.

Stéphane Jay : Je suis nageur au Neptune Club de France depuis 7 saisons, au départ pour me perfectionner aux longues distances eau libre du triathlon mais j’ai vite été piqué au jeu des championnats Masters. J’ai pratiqué par ailleurs la CàP et le triathlon amateur pendant de  nombreuses années (semis et marathons, ironmans). J’ai découvert plus récemment le trail et l’ultratrail, un peu marre de l’asphalte et surtout goût prononcé de la nature sauvage et des nouveaux défis. J’ai deux Diagonales des fous à mon actif (2015,2016 et je prépare ma troisième édition en ce moment dans les Pyrénées, après les cîmes Tadjiques. Avec la natation Eau-Libre et le Trail quoi de plus logique que de pratiquer le Swimrun, nouvelle discipline à partager entre amis, et que nous pratiquons dans des endroits toujours superbes.

SRF : Vous avez participé à l’épopée du swimrun ROTW (Lac Karakul, Tadjikistan) qui a eu lieu entre le 24 et 29 juillet, quel est le dosage entre aventure, performance, inconscience qu’il faut pour s’y lancer ?

JNM : Épopée c’est le bon mot! Pour moi le dosage c’était 80% aventure, 20% performance et 0% inconscience. Ma principale motivation pour aller à Karakul était de couper complètement avec le quotidien, de sortir de ma zone de confort. Le swimrun n’a été qu’un prétexte pour l’aventure. Je n’avais jamais été aussi haut de ma vie donc pour moi la performance se situait là, voir si j’étais capable de m’adapter, de tester mes limites aussi. Je n’y suis pas allé pour battre des records mais pour prendre du plaisir. Je ne pense pas que l’on puisse parler d’inconscience, certes l’aventure est unique et sort des sentiers battus mais que ce soit d’un point de vue de la sécurité ou de la faisabilité de l’épreuve nous avions des garanties et Tony nous avait prévenu donc nous savions dans quoi nous nous lancions.

SJ : Aventure magnifique, inattendue, inouïe avec  0% inconscience, c’est évident. Après, il est vrai que l’Aventure à 100% a été composée de belles découvertes, de rencontres, de la préparation de notre swimrun jusqu’à l’épreuve.

SRF : Le coté logistique est déjà un entreprise en elle-même d’après votre récit, auriez vous des conseils à donner aux frenchies qui souhaitent s’y rendre ?

JNM : la première chose est de contacter Tony, il connaît très bien la région et organise les voyages parfaitement. Ensuite il faut savoir que le voyage prend du temps pour arriver à 3900m à Karakul. Il y a deux possibilités : en 14j depuis Douchanbe ou en 4/5j depuis Bishkek. L’acclimatation est vraiment importante, pour ne pas être malade pendant une semaine une fois à Karakul. Nous avions pris Pegasus Airlines pour nos voyages en avion et ils ont de bons appareil même en vol intérieur (ma principale crainte était d’avoir un Antonov à hélices de l’aire soviétique pour les vols intérieurs). Un conseil aussi si vous avez le temps, apprenez quelques bases de Russe, ça facilitera énormément la communication sur place.

SJ : Le voyage est très facile malgré tout, sauf peut-être si vous n’êtes jamais sortis de nos frontières européennes. C’est un grand voyage, dans des paysages superbes, hors zone de confort comme le dit JN. Apprendre quelques rudiments de Russe s’avèrera utile dans ces régions qui s’ouvrent au tourisme.

SRF : Outre la barrière de la langue se greffe la délicate question de l’acclimatation à l’altitude en mode trail et natation, le lac Karakul culmine tout de même à 3600 m, qu’avez-vous constaté à votre niveau ? (maux tête, essoufflement, insomnie etc..) Des conseils à donner ?

JNM : (3900m en fait pour le lac et le village de Karakul). En ce qui concerne l’acclimatation, nous avions choisi de faire deux nuits à 3600m avant d’aller à Karakul. Je n’ai pas ressenti de maux particuliers à part un essoufflement rapide à l’effort au début. Cependant au bout de 24h, l’essoufflement était moins important et même si je n’avais pas les mêmes capacités respiratoires je pouvais courir sans gêne. En ce qui concerne la natation, je n’ai ressenti aucune gêne particulière surtout que nous n’avons jamais fait de sprints dans l’eau donc pas d’essoufflement. Au cours du voyage, on nous a conseillé de boire du thé vert pour aider contre les maux de l’altitude et même si je n’étais pas spécialement convaincu, je l’ai fait et tout s’est très bien passé.

SJ : J’ai déjà voyagé à de telles altitudes, principalement dans l’Altiplano. Pour atteindre 4000m, il est préférable de monter par paliers pour éviter le mal des montagnes. Chacun réagit très différemment, certain y échappe, d’autres ont des violents maux de têtes, parfois même dangereux. J’ai eu une migraine au réveil à Sari Tash à 3600m, rien à la passe à 4200 en montagne, des petits flottements parfois à Karakul. Le thé est excellent, principalement pour l’hydratation, il faut beaucoup boire en altitude. Pendant l’effort de la course, j’ai eu quelques difficultés à reprendre mon souffle pendant les transitions après avoir nagé encordé avec mon binôme, aucun souci pour la course et marche rapide pour escalader les obstacles en revanche.

SRF : Vous y êtes allé pour le swimrun bien sûr, mais le ROTW c’est plus qu’un SR, n’est ce pas ? (une anecdote sur vos actions avec l’école)

        JNM : Effectivement nous sommes partis pour faire un swimrun mais finalement ce n’était qu’une demi-journée au milieu des 6 jours passés à Karakul. Nous avons découvert sur place que les bénévoles de l’organisation avaient mis en place un programme d’aide à la population locale à l’école du village et que nous étions les bienvenus pour aider également. Ce qui me revient à l’esprit en premier c’est le samedi, le lendemain du swimrun. Les organisateurs avaient prévu de faire un riz pilaf pour tout le village, nous nous sommes alors retrouvé à couper les légumes et trier le riz et tous les villageois sont venus nous voir faire car visiblement ils ne s’attendaient pas à nous voir là. Ça a été un très beau moment de partage.

SJ : Autre anecdote, notre participation au cours d’anglais où les petits villageois nous ont « adoptés » et considérés immédiatement comme des élèves lambdas, en nous posant des questions. Puis, il y a eu l’atelier de confection des « chevaux de bois » avec des chaussettes, de la laine, du fil et des aiguilles, des manches de pelles et nous étions parés pour un match de polo-basket dans la cours de l’école. Les petits moments d’apprentissage de quelques petits tours de magie a aussi été un bel instant.

SRF : Pendant la course, d’après votre compte rendu on a l’impression que le chrono cède la place à l’expérience du moment présent, à l’entraide ?

JNM : La course a été très particulière pour plusieurs raisons. Nous avions décidé de rester les deux équipes ensemble car les suédois n’étaient pas très bons nageurs et nous avaient demandé de les aider sur les parties nagées en s’encordant avec eux. De plus Stéphane et moi ne connaissions pas le parcours donc nous devions rester avec eux. En effet le parcours avait été établi sur carte et nous l’avons adapté au fur et à mesure de la course en particulier sur l’île où personne n’avait pu se rendre avant la course. Il n’a jamais été question de chrono mais uniquement de profiter des paysages magnifiques ensemble.

SJ : C’est dans l’esprit de notre sport : l’aventure à deux d’abord, mais aussi avec les autres binômes. Ici, il s’agissait d’une première. Nous étions deux binômes. Chris a préparé cette course « sur plan » pendant deux ans, a pu effectuer deux demi-journées de reconnaissance avec Maja pour définir au mieux la plus part de la course, mais des zones d’ombre persistaient, notamment le passage sur la grande île. Nous avons mélangé nos équipes pour ne plus en faire qu’une ! Nous avons encordés nos binômes, les nageurs devant, nous avons courus après Maja qui maintenait un bon rythme, mais avons surtout savouré cette aventure humaine à 4, 4 nouveaux amis pour longtemps.

SRF : Quel est l’aspect de la course qui vous a le plus marqué ?

JNM : L’environnement dans lequel nous avons eu la chance d’évoluer. Sur les parties course à pied, le paysage lunaire avec uniquement de la roche, les chaînes montagneuses enneigées en arrière plan, les différents bleus de l’eau du lac. Tout était magnifique. Pour la course en elle même, ce qui m’a le plus impressionné ce sont les ascensions avec des pentes vierges de tout chemin et dans lesquelles il faut inventer son propre tracé. Ça ajoute une complexité technique à laquelle je ne suis pas habitué.

SJ : Tout est dit dans les quelques sensations partagées de JN. On ne sent plus l’eau froide, on respire bien, on est dans un cadre majestueux qui fait pousser des ailes, l’excitation de réaliser quelque chose d’unique est là, c’est en train d’avoir lieu et on le fait, on l’a fait.

SRF : Quel est l’aspect hors de la course qui vous a le plus marqué ?

JNM : Sans aucun doute le rapport avec la population locale et en particulier les enfants. Nous avons passé beaucoup de temps avec eux en jouant au football, faisant voler des ailes de kites, participé à des ateliers à l’école avec eux. Beaucoup de moments de partage avec énormément de sourires qui nous ont fait le plus grand bien.

SJ : La communauté de Karakul nous a accueillis les bras ouverts. Avec leur cœur. Nous avons sympathisé et joué avec beaucoup d’enfants. L’un deux, à qui j’avais donné des biscuits chocolatés pour le remercier de nous avoir aidés à remonter le matériel de Polly de la plage à la guesthouse, m’a interpellé le lendemain matin pour m’offrir une petite pomme. Enorme cadeau, il n’y a pas un arbre à cette altitude et les fruits sont une denrée rare. Echange, sourires et bonheur partagé.

SRF : Après une telle course, avez-vous pensé déjà à d’autres Swimruns aventure exotiques ?

JNM : à vrai dire non pas pour le moment. Du moins pas concrètement car c’est sûr que je ferai d’autres aventures exotiques swimrun mais ça reste un concept pour l’instant. Déjà je fini de digérer tout ce que nous avons vécu à Karakul et j’aurai tout l’hiver pour réfléchir à l’avenir.

SJ : Nous ferons d’autres aventures et relèverons d’autres défis, c’est certain. C’est dans les gènes Les Vieux Neptuniens. Pour battre ce record de Swimrun en altitude il reste un lac navigable plus haut que Karakul. En plaisantant avec Chris, notre aventurier inventeur, nous avons déjà évoqué ensemble un challenge sur les îles du lac Titicaca… Qui sait ? …

https://www.facebook.com/ROTWSwimrun/

Le récit très complet des vieux neptuniens est ci dessous

http://www.mehr.fr/lesvieuxneptuniens/CR_ROTW2017.html

 

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