Swimrun Solina la première merit race OtillO Polonaise

Eric Visentin, frenchy expatrié en Pologne, nous raconte sa folle semaine de swimrun qui l’a vu enchainé les deux premiers swimrun longue distances créés cette année: Goswimrun à Wióry et le Swimrun Poland à Solina. Le récit de course de Goswimrun est paru ici.

Présentons Solina. C’est  aussi un grand lac de retenue, à la forme complexe, multiples méandres, péninsules, et iles. Sa digue est la plus grande de Pologne. Niché dans les premières ondulations des Bieszczady, fragment de la chaine des Carpates et montagnes les plus orientales en Pologne, frontalières avec l’Ukraine et la Slovaquie. La région, touristique mais relativement secrète, est magnifique, avec son folklore local haut en couleur et son architecture en bois. Les Bieszczady, à défaut d’être les plus hautes de Pologne, entretiennent une fascination au niveau national. Mystiques et sauvages, elles abritent ours, lynx, loups, et innombrables légendes de contrebandiers. Solina et son écrin bleu, apportent une touche aquatique un peu inattendue à ce décor de basse montagne fait de prairies, feuillues et résineuse.

Les jours suivants (NDLR, le Goswimrun à Wióry ), la fatigue se fait sentir, plus pesante que le reste du Dimanche. Inquiétude: je suis légèrement enroué, et la gorge pique. Rien de méchant pour l’instant, mais restons prudent. Aucun entrainement jusqu’au prochain swimrun (NDLR, swimrun poland à Solina comptant comme « merit race » pour l’ÖtillÖ), aucune prise de risque. Je profite de ces quelques jours pour méditer sur la question de la combi, qui sera indispensable.

Mes premières recherches s’orientent vers la combi Dare2Tri courte, mais la livraison avant le weekend n’est pas garantie, et sans certitude de choisir la taille adéquate. L’autre option consiste en une combi de swimrun intégrale, qui pourra me servir aussi en triathlon: celle que je possède actuellement ne me satisfait pas car trop petite. Le stand de la marque Head sera présent à Solina avec discount: je commande en ligne le modèle Swimrun Rough. Quelle efficacité aura cette combi en mode nage simple ? Je n’en ai encore aucune idée. Je vous le dirai le 23 septembre lors d’un petit triathlon.

Jacek, mon partenaire pour Swimrun Poland à Solina, a lui aussi fait comme Tomasz, en découpant une vielle combi de tri. Cette fois ci, les rôles sont inversés: autant c’est moi qui avais aidé Sam, autant une grosse galère arrive en perspective, car Jacek, c’est du lourd: il vient de se qualifier aux championnats de 1/2IM en Afrique du Sud en 4:32. Il est lui aussi sous les dix heures en IM, et la natation, c’est son point fort. La troupe présente à Wióry n’a d’ailleurs pas loupé de me chambrer le weekend précédent : « Eric, tu vas faire du ski nautique derrière Jacek ? »

J’ai néanmoins choisi de mettre tous les atouts de mon côté. Outre la combi, je me suis bricolé un système de rectangles découpés dans un vieux matelas de camping, et fixés aux lacets de mes chaussures, à l’image des plaquettes de flottaison de la marque NU. Et depuis Wióry et les entrainements précédents, mes épaules ont à force acquis une tonicité d’enfer. Il y a juste ce satané rhume, qui traine encore, et que tout le monde a par ailleurs attrapé à Wióry…

Jacek et moi partageons transport et hébergement avec deux autres participants de Wrocław, Paweł et Dominik, de l’équipe GTRAT. Nous avons loué un bungalow en bois à proximité du lac. Outre le matériel de sport, quelques bouteilles de liqueur font aussi partie des bagages… Un autre weekend phénoménal s’annonce. Et cette fois ci, il va faire grand soleil !

A cause des bouchons sur l’autoroute, nous arrivons plus tard que prévu sur le lieu de retrait des dossards, 10mn avant la fermeture. Plus stressant encore, je devais retirer la combinaison payée d’avance… Heureusement, les vendeurs de Head m’ont attendu. Nous achevons la soirée sur une pizza, en commentant mon achat certes un peu « aveugle »: n’aurais-je pas un peu trop chaud demain dans cette combi ? L’eau, comme pour Wióry, est au-dessus des normes saisonnières, avec 19°C.

Nous faisons connaissance avec les organisateurs, Kacper et Gabriella. Ensemble, ils animent et dirigent un groupe de course à pied sur Cracovie, Runonline.pl. Ils organisent aussi, et avec un certain succès, des compétitions, dont une par étape en montagne nommée Triada, qui a lieu une fois en été et en hiver. Kacper est un excellent coureur, cela se devine de suite à son gabarit sec et tonique. Il est l’ingénieur technique et sportif de la course. Gabriella, bavarde, dynamique, aussi très charmante, est sans nul doute la tête de proue du projet. Convaincre le maire de Solina, vaincre toute la bureaucratie locale, inscrire l’épreuve dans le circuit « merit race » du championnat ÖtillÖ… le volet marketing et organisationnel lui doit beaucoup.

« Eric, b…, t’est prêt ? On y va, on arrache ! ».

Le départ est prévu à six heures du matin, l’heure du lever de soleil, toutes distances confondues, ce qui donne un parfum d’ultra-running à l’évènement. Outre la distance marathon, il y a la distance sprint, sur 25km, et une distance « first steps » de 10km. Toutes en binôme. Les chasubles, très jolis, sont fait de motifs bleus et blanc; les bonnets jaunes fluo semblent faits comme pour être assortis aux combinaisons. Le compte à rebours a lieu dans la pelouse de l’Hôtel Skalny à Polanczyk, site de l’épreuve. Le départ est donné et nous dévalons la rue principale, qui mène au lac. L’excitation du départ donne lieu à de nombreuses manœuvres telles que dépassements, positionnements, mais toute cette débauche tactique semble soudain superflue lorsque l’entrée dans l’eau se dessine, et que chacun prend son temps.

Jacek, lui est déjà pressé, il a déjà arrangé bonnet, lunettes, sangles, paddles, et se jette dans l’eau sans préambule : « Eric, b…, t’est prêt ? On y va, on arrache ! ». Nous avions fait déjà un entrainement au lac de Mietków il y a quelques semaines, qui n’avait pas été entièrement satisfaisant, car la sangle me gênait beaucoup. Le scénario se répète… Nous avançons en « flux tendu », Jacek, en traction devant, exactement de la même manière dont je tractais Sam il y a une semaine. Dans la précipitation, sans doute aussi à cause du sommeil, je réalise soudain que j’ai tout bonnement oublié de placer le pullbuoy entre les jambes… L’eau de montagne, claire, est translucide, et je vois Jacek devant même sous la surface, ce qui est un avantage. Nous achevons ce premier kilomètre de nage dans le gros du peloton.

« des vapeurs magiques émanent de la surface, baignée dans le soleil levant »

La séquence de course qui s’ensuit est déjà la plus redoutée, c’est celle qui nous fait monter au point culminant, le petit sommet de Jawor, 741m, soit trois cent au-dessus du lac. Nous montons en trottinant, trouvant déjà qu’il fait chaud dans ces combis… La descente s’ensuit, par des sentiers rendus extrêmement boueux à cause de la pluie les jours précédents. Court en jambes, je n’ai jamais été très fort dans les descentes en course à pied. Jacek passe devant, refaisant régulièrement ses chaussures: il a choisi de vielles baskets « ironman » à fermeture velcro… Les 4 portions de nage suivantes sont toutes très courtes, très proches les unes des autres, séparées par des intervalles de course à pieds sur la « plage »: entendez par là la pente pierreuse laissée par le niveau du lac un peu bas. Nous sommes plus en aval dans la retenue d’eau, là où cette dernière reçoit l’apport de quelques rivières. L’eau est sensiblement plus froide, et des vapeurs magiques émanent de la surface, baignée dans le soleil levant. L’un des moments les plus magiques de l’épreuve.

Jacek et moi décidons de faire ces fragments non attachés, en restant proche. Je suis chaud, désormais dans mon rythme de croisière, j’envoie des bouillons dans l’eau avec mes paddles larges. Le pullbuoy est correctement calé, les carrés sur mes chaussures jouent parfaitement leur rôle, mes jambes flottent visiblement plus. La portance ce cette nouvelle combi semble aussi optimale. Je vais presque à l’allure de Jacek, doublant tous les concurrents partis juste avant nous. Mon coéquipier, qui semblait jusqu’à présent un peu exaspéré de ma lenteur en silence, commence à retrouver le sourire: « Ouah Eric ! T’as envoyé ! ». Cela me fait plaisir, même si Jacek a une fâcheuse tendance à ignorer la règle des 10m de séparation…

Une autre jolie portion de course, traversant village et pâturages, nous mène plus loin. Je commence à réaliser que le soleil tape, et qu’avec quatre ravitaillements sur toute la course, ce sera difficile. J’ai heureusement été prévoyant en prenant le départ avec une bouteille de trail vide, attachée à ma ceinture: je la remplis au buffet, et juste avant d’arriver aux nages suivantes, je l’ai presque bue en entier. Deux nouvelles petites portions arrivent: nous nageons vers une ile, « Wyspa Energetyk », et regagnons la berge principale. Il a beaucoup d’algues. Je termine la première en constatant que je me trainais un bouquet de trois mètres de long… Lors de la seconde, rebelote. Mais horreur et consternation en arrivant sur la berge: ma gourde a disparu ! T’inquiètes, dit Jacek, on arrive au prochain buffet…

Quelques collines franchies, et nous redescendons vers Polanczyk, où les touristes sont de plus en plus nombreux. Beaucoup nous encouragent, mais dans leur regard, nous lisons autant d’admiration que de points d’interrogation : « Dites-moi mon brave, c’est quel genre de course que vous faites ?! ». Nous regagnons le site de l’hôtel, point de la mi-course à 23km. Paweł et Dominik, qui ont fait la distance sprint, viennent juste d’arriver, et nous encouragent : « Eh ben les gars… encore une moitié comme ça… bon courage ! ». Du courage, il nous en faudra: cette seconde moitié comporte beaucoup moins de nage, et il commence à faire chaud. Ma combi longue me pèse un peu, et je commence à accuser le coup: Wióry la semaine dernière, je le sens encore dans les jambes, et mon rhume a un peu freiné ma récupération. A vrai dire, je ne suis pas inquiet sur mon tempo: je sais que je finirai l’épreuve. Je suis surtout inquiet pour l’eau. Il y a six kilomètres avant la prochaine portion de nage, 400m. Ensuite, et jusqu’au kilomètre de nage final, il y a presque un semi-marathon entier…

J’ai l’impression de courir comme un sapin de Noel

A l’issue de cette portion de course et des 400m dans l’eau, je décide que le moment est opportun pour me dévêtir le haut, je remets uniquement le chasuble. Mes manches pendent un peu, je fais un nœud. J’ai l’impression de courir comme un sapin de Noel. Mes forces baissent, je bois quelques gels. Toutes les montées, Jacek et moi les faisons désormais en marchant… Le buffet est là, et je bois jusqu’à satiété. Les 400m sont bienvenus pour me rafraichir un peu. La portion suivante fait presque 9km, essentiellement en descendant. Nous sommes en contrebas de la digue, en dessous de laquelle git un autre lac, étroit et tout petit, alimenté par les rejets d’eau du principal. L’eau de celui-ci est à 15°C, nous avions été avertis ! Beaucoup de binômes entrent avec précaution pour éviter un choc thermique. Je remets à la hâte le haut de la combi par-dessus le chasuble, et me jette dans l’eau avec Jacek. La fraicheur est une bonne motivation pour en finir vite ! Une fois de plus, la portion de nage est rapidement négociée, avec les félicitations de Jacek. S’ensuit une longue montée par des escaliers et sentiers abrupts, qui semble aussi jouer en notre faveur: les binômes dépassés sont distancés, et nous en rattrapons un nouveau: nous sommes désormais septièmes au classement général !

Les quelques équipes dépassées, comme irritées par notre opportunisme, semblent se regrouper comme pour s’entendre, et forment un peloton à notre poursuite. Le sentier parcourt une crête en dos d’ânes. Jacek les descend vite, ce qui m’oblige à forcer le tempo pour le rattraper. Cette portion est longue et usante. Les poursuivants semblent relégués de plus en plus loin. Nous constatons sur la droite que nous sommes à nouveau en surplomb du lac principal de Solina. Nous traversons une carrière de pierres, qui amorce la descente. Dernier ravitaillement. Je croyais que nous n’étions plus trop loin du lac, mais quelques kilomètres sur asphalte nous en séparent encore… le temps passe de plus en plus lentement. Jacek comme moi marchons désormais à chaque moindre ressaut. Nous parvenons néanmoins à rejoindre un nouveau binôme Suédois-Polonais avec qui nous bavardons brièvement.

Port-Solina arrive enfin, avec le kilomètre de nage final. Le vent contre souffle fort, il y a de la houle, cela ne va pas être facile. Je dois réenfiler ma combi, ce qui agace Jacek, qui vit visiblement la couse à fond. « Magne toi, ils arrivent tous ! ». En effet, les polono-suédois, et le binôme doublé dans la montée, ont anticipé la transition et sont déjà prêts à se jeter à l’eau… La bataille finale commence. De la bataille, à vrai dire, je n’en verrai pas grand-chose, à cause de la houle; c’est Jacek qui me la racontera par la suite, car il a eu le temps d’observer. Nous avons malheureusement été dépassés par ces deux équipes, mais en avons rattrapé une. Tout cela malgré les crampes qui ont soudainement tétanisé mes jambes à mi-parcours, au point que le bateau de police vienne à ma rencontre pour demander si tout allait. Arrivée sur la berge douloureuse, je suis incapable de courir. Jacek attache la sangle et me tracte. Nous trottinons toute la rue principale de Polanczyk qui nous ramène à l’arrivée. Sept heures trente de course ! Je n’ai pas vu le temps passer. Nous sommes septièmes au général, sixièmes dans la catégorie homme.

« Wióry et Solina actent la naissance du Swimrun en Pologne »

Paweł et Dominik nous attendent à l’arrivé, Kacper et Gabriella remettent les médailles et t-shirt finisher. Les médailles s’assemblent, tels des dominos, formant une poignée de mains qui s’entre-aident, idée originale. Le binôme qui arrive après nous n’est personne d’autre que Jędrek et son fidèle compère Rafał. Un peu avant nous, Marek et Dominka, Bartek, Joanna, tous ces gens qui ont testé l’édition zéro en 2016, cette grappe de passionnés, qui comme moi n’ont pas hésité à faire Wióry et Solina l’un après l’autre. La joie est lisible sur tous les visages, les photos de groupe s’enchainent. Plus qu’avoir fini une épreuve, le sentiment qui prédomine est d’avoir bâti quelque chose, d’avoir chacun posé une pierre à cet édifice inédit. Wióry et Solina actent la naissance du Swimrun en Pologne.

Le repas est offert, nous nous changeons, allons piquer un petit somme au bungalow, et revenons pour la cérémonie de remise des prix. S’ensuit une after-party, ou les bières, elles aussi offertes, s’accumulent aussi rapidement que les heures passées autour du lac de Solina. Les sujets de conversation ne manquent pas. La piste de danse est illuminée, mais curieusement peu de finishers dansent… Le lendemain matin, le déjeuner est lui aussi offert. A l’occasion, des photos de la course sont présentées par diaporama, ce sont celles présentes plus tard sur les réseaux sociaux. Je ne me souviens pas d’une épreuve proposant autant d’hospitalité aux compétiteurs. Nous terminons la journée par la visite du barrage, un lieu touristique, et une halte sur la route au centre historique de Tarnów.

Beaucoup d’épreuves sportives de masse, de manière générale, ont toujours lieu en Pologne. Il y a fort à parier que le swimrun suivra la tendance. Solina et Wióry auront lieu à nouveau, c’est une certitude, mais cette fois-ci a deux semaines d’intervalle (01/9/2018 et 15/09/218). Au moins une autre épreuve majeure viendra s’ajouter au printemps (28/5) à Stężyca, près de Gdańsk. Elle est déjà cochée sur mon calendrier! Sumin et Bydgoszcz, les deux épreuves en format mini qui ont eu lieu plus tôt, risquent de prendre du poil de la bête et présenter un parcours plus long et attrayant.

Ainsi se termine la « semaine swimrun », riche en émotions, enseignements, nouvelles connaissances et amitiés.  Rendez-vous en 2018 !

Eric Visentin

http://swimrunpoland.com/

Pologne nouvelle nation de Swimrun ?

Ma « carrière » de sportif a bel et bien débuté dans mon pays d’expatriation. En Pologne depuis une décennie, je pratique le VTT, la course à pieds et le triathlon depuis quelques années; j’ai ma « life » et mes potes désormais ici, dans le microcosme sportif de la ville de Wrocław. Ma rencontre avec le Swimrun se fit sur Youtube au hasard de déambulations, regardant des vidéos de triathlon, début 2016, et ou le fil conducteur me mena par hasard a un swimrun Xterra du Danemark….

« Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?! »

Je « googlais » aussitôt et en appris davantage, tout en visionnant de nouvelles vidéos de swimruns, en Scandinavie et ailleurs…Le concept m’avait tapé dans l’œil. Je mis la main aussi sur ce qui était à l’époque le calendrier international, encore restreint, de ce type d’épreuve. Pologne ? Néant. France ? Quasi néant. Le plus proche ? Rheinsberg, au Nord de Berlin. Curiosité aidant, et cherchant un bon plan pour un long weekend de Juillet avec ma femme et mon fils, c’est ainsi que je pris part à mon premier swimrun l’an passé, sur distance sprint, de manière un peu « anticipée sur mon temps ». L’épreuve me plut énormément.

Cherchant toujours sue internet de manière de plus en plus ciblée, je découvrais que malgré la méconnaissance totale de ce sport en Pologne, un petit groupe de personnes y avait déjà participé comme moi, à l’étranger. Un groupe Facebook vit le jour, « Swimrun Polska« . Fin 2016, j’eus le privilège d’apprendre qu’un swimrun Polonais était en préparation à Solina, et que j’étais invité à une « édition zéro », expérimentale. A laquelle, hélas, je ne pus prendre part, ne l’apprenant que sur le tard, et aussi la distance…

2017 marqua la vraie éclosion de ce sport en Pologne, avec non moins de 4 épreuves, deux petites a Sumin et Bydgoszcz, et deux sur longue distance, à Wióry dans les monts Świętokrzyskie, l’autre étant l’épreuve reine promise à Solina. Ayant avant même sa première édition, acquis le statut de  » ÖtillÖ merit race », c’est à dire course qualificative pour le championnat près de Stockholm !

Malheureusement, pour des aléas calendaires malchanceux (saison de la pêche à Wióry au printemps), il s’avéra que ces deux épreuves avaient lieu presque au même moment, à 6 jours d’intervalle. Je me dis au départ que je ne pourrais tout faire à la fois et que puisqu’il faudrait choisir, ce serait Solina, car j’en rêvais, et qu’un coéquipier était déjà trouvé.  Je changeai mes plans lorsque Jędrek, organisateur du « Goswimrun » à Wióry et l’un des swimrunners Polonais les plus expérimentés (Rockman, Hvar, 1000 lakes) me proposa une invitation gratuite.

Deux swimruns sur longue distance à six jours d’intervalle… Cela sentait le défi, mais j’aime les défis ! Je me mis à la recherche d’un partenaire pour Wióry, et je le trouvai en la personne de Sam, un Belge francophone habitant à Nysa et pratiquant lui aussi le triathlon, rencontré il y a deux ans au hasard d’une course; on a depuis gardé contact et nous voyons régulièrement lors d’épreuves diverses. Ayant des niveaux similaires en course et nage, l’occasion était trop belle pour ne pas représenter la francophonie au premier swimrun Polonais, et mettre notre amitié à la rude épreuve de ce sport exigeant, et a vrai dire inconnu.

Jędrek, qui a été par le passé présentateur télé, désormais auteur d’un blog « Od grubasa do ultrasa » (« D’obese à ultra »), plusieurs triathlons extrêmes et courses trail à son actif, est un personnage haut en couleur et charismatique, qui fait connaissance avec tout le monde. Comme le monde est petit, il a fait connaissance avec le président de notre club de triathlon, le « Triathlon Mietków Team » (TMT), lui a parlé de son projet, et l’a convaincu de participer. Chose que j’avais moi-même tenté moi en vain auparavant : « Quoi ? Swimrun ? Kezako ? Tu sais, je ne suis pas fan des courses d’obstacles, survival races et tous ces trucs…  » Mieux encore il entraina dans son sillage, une dizaine d’autres participants de TMT ! Le ton était donné.

Ainsi, voilà Tomasz, Wojtek, Ernest, Marcin, Andrzej, Tomek, Dagmara, Alicia, Sam et moi sur la route de Wióry le Samedi 2 Septembre. Wióry est un lac artificiel dans la région des « Monts Świętokrzyskie », région vallonnée faites de montagnes anciennes et peu élevées, et très rurale. Kielce, ville d’origine de Jędrek, est la plus proche agglomération.

Il a fait très chaud durant tout le mois d’Aout, et jusqu’à Vendredi il y avait canicule. Ce samedi, le ciel est bas, un vent frisquet souffle. Nous arrivons au site de l’épreuve, une rive herbeuse du lac à proximité de la digue; tentes et bannières bariolées sont sans ambiguïté, une épreuve outdoor a bien lieu ici ! Sam et moi retrouvons le reste de la troupe, et retirons notre paquet d’inscription, qui contient bonnet, badge électronique, et divers gadgets et pubs.

« Malgré tout, Sam et moi décidons de prendre le départ en simple tenue de triathlon »

Lors du briefing, nous apprenons une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que grâce à la canicule des jours précédents, l’eau est à 20’C, un niveau bien au-dessus des prévisions. La mauvaise, c’est qu’il va pleuvoir tout le Dimanche… Qu’importe, après tout le swimrun c’est fait pour être mouillé ! Nous faisons connaissances avec d’autres participants étrangers venus du « Varsovie International Triathlon Club », le WITC, respectivement un Allemand, une Danoise, un Japonais et un Russe.

Il y a un stand de location/achat de combis Dare2Tri. Je ne suis pas certain de vouloir en acheter une, n’ayant pas l’intention du moins à court terme de participer à des épreuves nordiques. 20’C, c’est pas la mort. J’ai pris une vieille combi courte de windsurfing, au cas où. Malgré tout, Sam et moi décidons de prendre le départ en simple tenue de triathlon. Avec un haut à manches longues en plus pour moi. Pied de nez amusant face à tous les Polonais de TMT qui, craintifs, ont tous choisi de louer ! Ou, comme Tomasz, raccourci une combi de nage usagée. Ce dernier a également enfilé des chaussettes de foot avec des mousses d’isolation pour tuyauterie. Le swimrun, c’est aussi les joies du bricolage en partant dans l’inconnu…

La soirée, dans un gite agrotouristique à proximité, est très festive et animée, comme on peut l’imaginer, regorgeant d’anecdotes sur le passé, mais aussi celles qui seront sans nul doute à venir dès le lendemain !

A 8h, le départ est donné, toutes distances confondues: il y a trois catégories: longues distance (33km dont 5.5 en nage sur 10 segments), une distance sprint d’environ la moitié; cette dernière est déclinée soit en binôme soit en solo, pour la découverte. Deux de nos équipes partent sur le mini, dont la féminine. Les bonnets sont respectivement jaunes, oranges et blancs. Les chasubles arborent le logo de Goswimrun sur fond orange.

Cette foule hétéroclite, première de la sorte en Pologne, dévale la route sous les acclamations, avant de se séparer déjà, suivant la distance, dans deux directions distinctes. Nous, les longues distances, nous dirigeons vers une colline ou le plus haut point de la course se situe déjà. Tous se plaignent déjà d’étouffer de chaleur dans la combi… Excepté Sam et moi…

La descente arrive, et apparaît le lac. Moment fatidique ! Tout le monde prend le temps d’entrer dans l’eau, non sans quelques appréhensions. Il y a un kilomètre entier devant. Mais les sensations sont bonnes, l’eau est tiède. Sam et moi commençons à nager, encordés, mais mon binôme, qui teste pour la première fois la nage en chaussures et plaquettes, rencontre quelques difficultés; je suis visiblement plus à l’aise que lui, et j’assure la navigation devant. Le drapeau blanc rive opposée arrive enfin ; cet épisode de nage a clairement joué en notre défaveur, beaucoup d’équipes nous sont passées devant, mais nous nous refaisons en course à pied. Autre désarroi, je constate que les poches dans mon dos ne sont pas le meilleur endroit pour stocker mes gels, qui se sont éparpillés partout dans ma tenue…

La course à pied de ce Goswimrun est hardcore. Non seulement vallonnée, elle nous fait passer dans des endroits boueux, broussailleux, rocailleux, au milieu des roseaux… fort heureusement le balisage est irréprochable. Nous en profitons pour parler un peu de la nage; Sam me dit que la sangle l’a un peu gêné. Lors des trois sections de nage suivantes, relativement courtes, nous décidons de ne pas nous attacher, en restant à la distance règlementaire. Sam me parait crispé, je lui dis d’allonger le mouvement; visiblement, ce n’est pas son style de crawl; nager en puissance avec les plaquettes ne semble pas à son avantage.

La course à pied, qui nous fait traverser des champs, des haies, des ressauts impromptus, nous mène à l’extrémité Sud-Est du lac. Il y a là, lors du cinquième fragment de nage, un nouveau kilomètre à franchir. L’eau est plus froide, car nous sommes à l’embouchure de l’une des deux rivières qui alimentent le lac. Nous démarrons correctement, mais je sens Sam à la peine vers la mi-distance. Encordés, je passe devant, et essaie de faire traction. A la sortie du lac, je commençais à me dire que l’eau n’était quand même pas si chaude, et qu’en y sortant, sous la pluie, on a carrément froid. Sam me dit la même chose et nous commençons vite à courir pour nous réchauffer.

« You don’t look very OK, you know… »

Hélas, la sixième nage arrive rapidement; elle est moins longue mais pas courte non plus, avec 400m. Nouvel épisode laborieux. Nous sortons de l’eau un peu plus transis que le précédent. Horreur, la septième nage arrive immédiatement après, sans que nous ayons eu suffisamment de temps pour réchauffer le moteur… Episode sans aucun doute le plus difficile, et ou la solidarité du binôme en swimrun prend toute sa dimension. Sam ressort de l’eau complètement transi, grelottant. J’ai moi aussi un peu souffert du froid, mais pas autant que lui.

Le bénévole aiguillant les participants jette un œil désapprobateur : « You don’t look very OK, you know… » Il n’y a de toute manière pas grand-chose d’autre à faire : « Cours, Sam, cours, fais quelque chose, ne reste pas sans bouger ! » Nous repartons sur un trot saccadé, Sam ne dit aucun mot, la parole sans doute aussi tétanisée que les jambes.

Heureusement, la portion de course suivante est longue, ce qui nous permet de retrouver des couleurs. Sam me dit qu’il ne va pas renoncer. Je lui propose d’enfiler mon haut à manches longues, ce qu’il refuse. De vrais guerriers ces Belges ! Cette portion de course est en boucle, et nous croisons en sens opposé ceux qui sont après nous, dont Tomek et Ernest, qui se sont égarés une fois et perdu un peu de temps.

La neuvième nage est anecdotique, mais la toute dernière était redoutée, car elle alignait un nouveau kilomètre. « Tu vas y arriver Sam ? » « C’est la fin, je vais pas me dégonfler maintenant ! ». Le temps ne passe pas vite mais la sortie de l’eau rêvée arrive enfin. Plus proche de la retenue, heureusement, l’eau était moins froide. Nous courons les derniers kilomètres et rallions la ligne d’arrivée, sous les acclamations des supporters, et participants de la distance sprint, déjà chaudement rhabillés.

Sam et moi sommes dixièmes sur 13, ce n’est pas forcément un résultat de rêve, mais la satisfaction est là au vu des difficultés rencontrées. Tous sont stupéfaits de notre tour de force d’avoir fait la distance longue sans combi… Tomasz, qui a fini troisième avec Wojtek (très fort duo, chacun 10h sur IM !), me chambre un peu « Eric, alors, tu vas faire Solina la semaine prochaine aussi sans combi ? » La question est pertinente, car « Swimrun Poland », qui a lieu dans six jours, est dans une région encore davantage montagneuse…

Ainsi se termine Goswimrun, sur la cérémonie de clôture, fort sympathique. Avec les prix sont également distribués des bières locales, ainsi que des bouteilles d’un vignoble à proximité, chose suffisamment rare en Pologne pour être soulignée. De l’avis de tous, Jędrek a fait du travail de pro. Seule la météo n’a pas voulu !

Les jours suivants, la fatigue se fait sentir, plus pesante que le reste du Dimanche. Inquiétude: je suis légèrement enroué, et la gorge pique. Rien de méchant pour l’instant, mais restons prudent. Aucun entrainement jusqu’au prochain swimrun, aucune prise de risque. Je profite de ces quelques jours pour méditer sur la question de la combi, qui sera indispensable.

Eric Visentin

crédit photo : Piotr Dymus / Eric Visentin

La suite de l’aventure polonaise continue pour Eric avec le Swimrun de Solina une semaine après (récit à venir)

http://www.goswimrun.pl/