Valse à quatre mains au Swimrun Côte d’Azur

Ophélie et Julien Valette, organisateurs du Swimrun Sang pour Sang Vassivière  nous racontent leur participation au Swimrun Côte d’Azur. Ils ont accepté le challenge que nous leur avons proposé : écrire séparément leurs comptes rendus et nous confier leurs perceptions indépendantes des hauts et des bas de leur aventure commune. Voici leur jolie valse à quatre mains. Photos ©Akuna Matata

Ophélie
J’ai participé aujourd’hui, pour ma première fois en compétition au swimrun Côte d’Azur en équipe mixte accompagnée de mon mari Julien. Nous courons sous le nom d’équipe Team Sang pour Sang Sport, l’association dans laquelle nous sommes depuis 2 ans. Cette dernière organise des événements sportifs dans la région Rhône Alpes dont les bénéfices sont investis pour l’amélioration du quotidien des enfants et des jeunes adultes atteints du lymphome : trail blanc de nuit, trail de nuit, course sur route ou encore course VTT.

Nous sommes arrivés la veille de la compétition, ce qui je pense était idéal. Plutôt que de faire la route le matin et de sentir la fatigue sur la fin de l’épreuve, nous étions frais et disponibles pour entamer cette journée. Un petit déjeuner plus copieux que pour mes précédentes compétitions (10km, cross, trail court). Je suis les directives de julien : « il faut tenir les 23 bornes sans coup de mou, et la natation c’est plus « caloriphage » » .

Julien
30465488092_a8d4c35f63_zLe dimanche matin, nous nous levons à 6h45 c’est tôt mais moins tôt que les 4h de la semaine précédente pour la Gravity Race ! Nous mangeons tranquillement puis nous nous rendons sur le lieu de départ à moins d’un kilomètre de notre hôtel. Je sens Ophélie un peu stressée, ça fait plusieurs jours qu’elle me dit qu’elle n’a pas pu beaucoup s’entraîner ces 5 derniers jours. Afin de la rassurer et pour tester la corde élastique achetée une semaine plus tôt et jamais testée en condition réelle nous nous jetons à l’eau. La corde m’apporte autant de satisfaction que sur la Gravity Race, j’ai l’impression qu’avec ça on va bien assurer dans sur les parties aquatiques !

Ophélie
Je suis un peu stressée mais Julien me rassure, « c’est une course pour se faire plaisir et pour que tu découvres » . On n’a pas le même niveau mais on se connait bien et ça sera notre point fort sur la course.

Julien
Photo de binôme au départ, rapide briefing et hop tous au départ ! La première course à pied fait 850 mètres, c’est très court et nous savons que nous allons tous nous retrouver en même temps dans l’eau. Nous avions préalablement établi que nous ne nous attacherions pas sur la première natation. Cependant pour bien échauffer les épaules nous nous sommes mis d’accord sur le fait que je nagerai fort sur cette première natation puis que je l’attendrai avant de partir pour la seconde course à pied.

30283037790_c51feca05d_zOphélie
Le départ est donné et c’est parti pour 850m de course à pied. On fait partie des premiers binômes mixtes, ça me surprend mais je suis à l’aise. La première natation à l’horizon, on décide de ne pas s’attacher car nous sommes encore nombreux dans l’eau et il ne faudrait pas gêner tout le monde. C’est parti pour 5min de stress ! Avec pour seule expérience l’entraînement au swimrun tous les week-end depuis 4 mois en lac et aucun triathlon à mon actif, je rentre dans l’eau essoufflée. J’ai nagé en mer pour la première fois, pendant un mois, cet été dans des conditions très clémente. Je suis donc surprise par les vagues qui se cassent sur moi et les autres athlètes. Eux, ils arrivent à passer au-dessus, mais moi je n’arrive pas à poser ma nage… Je brasse jusqu’à la bouée pour retrouver mon souffle, et je me dis que Julien va m’attendre, chopper déjà froid, ça m’embête… J’essaye de pas me décourager mais ça double dans tous les sens. Le soutient de certains athlètes me remet d’aplomb, et une fois la bouée passée je pose enfin ma nage. Je vois Julien au loin déjà hors de l’eau j’essaye donc de garder un bon rythme. Je sors et on regrette de pas s’être attaché. Nous sommes à ce moment-là dans le bon dernier tiers des athlètes et je m’en veux terriblement pour Julien.

Julien
29948641853_74f6e3013e_zPremière natation je pars fort, je remonte beaucoup de monde et je sors en tête du deuxième pack, tout va bien les épaules sont bien chaudes et la corde complètement autour de ma taille n’a pas bougée. Je me poste donc à droite de la sortie d’eau comme convenu avec Ophé pour l’attendre. Je sais que je nage plus vite et sur ces 360m je dois lui mettre au moins 2/3 minutes. Sauf qu’au bout d’un moment je commence à m’inquiéter et j’espère qu’il ne lui est rien arrivé, certes il y a un peu de vague mais rien de bien méchant. Au bout de 5/6 minutes j’aperçois Ophé qui sort de l’eau, je ressens alors un mélange de soulagement et de déception. On était venu pour performer et là on se retrouve dans les 20 derniers binômes …

Ophélie
C’est parti pour le 2ème run ! On a un bon rythme et on remonte 3-4 binômes. On entame notre première transition mais on ne s’attache pas encore très rapidement, ça va venir 😉 . Julien me motive et la natation se passe hyper bien. J’essaye comme je peux de suivre le rythme pour ne pas trop le fatiguer mais ça bouge encore pas mal et mes mouvements de nage sont moins efficaces que lui. Je m’habitue à l’élastique, j’essaye au mieux d’anticiper les changements de direction et d’éviter les plaquettes des binômes que l’on dépasse. Nous en passons 7 d’après Julien. Je ne peux pas confirmer ce chiffre car je ne vois que le fond et les poissons !

Julien
30283046410_04fbfc6d22_zLa course à pied s’enchaîne bien, on reprend du monde, nous sautons pour la 3ème natation et là c’est le drame, les 2 élastiques avant de mes plaquettes sortent des trous, je passe une minute dans l’eau sans avoir pied à remettre ces ***** de deux élastiques. Pendant ce temps un groupe de 5 binômes que nous avions passé sur la natation précédente nous laisse sur place. Je suis furieux contre moi-même, par négligence je n’ai pas vérifié mon matos avant de me jeter dans la flotte. Je viens de faire perdre 1 min à mon équipe et tous les efforts fournis sur la nage précédente n’ont servis à rien … Je suis frustré, dégoutté alors je me venge sur l’eau et mes épaules en appuyant comme un malade sur les plaquettes nous arrivons à sortir de l’eau avant le groupe de 5 binômes.

Ophélie
Nous sautons attachés dans l’eau pour le 3ème swim mais un soucis technique nous ralenti. Les élastiques des 2 plaquettes de Julien se décrochent et il s’en rend compte malheureusement qu’une fois dans l’eau. Je le sens frustré, et moi impuissante, durant la minute que nous passons dans l’eau à les réparer, de plus nous sommes doublés par 2-3 binômes. Et c’est reparti ! Aiie, la saleté de méduse n’a pas loupé ma cuisse, ça non plus il n’y en a pas en lac ! Julien nage fort pour rattraper notre retard et moi je sens de plus en plus à l’aise dans l’eau malgré les bonnes vagues sur cette natation.

Julien
30546048916_44d14a4825_z
Jusqu’à la mi-course nous nous détachons systématiquement pour courir, nous courons sur le chemin des douaniers qui est rendu un petit peu glissant par la pluie. Rien de bien méchant nous venons tous les 2 d’investir dans des inov8 et les appuis sont excellents mais Ophélie à peur et n’arrive pas à se libérer … Cependant nos transitions sont de plus en plus fluides et sur chaque natation nous reprenons du monde.

Nous jouons à « attrape moi si tu peux » avec les binômes mixtes 68 et 02 constitués de Kate qui sortait d’Hawaii et de Nicolas avec qui nous avions beaucoup partagé la veille et le matin !

29948718733_1fbc826aa9_zOphélie
Arrivée au deuxième ravito solide, moi qui ne mange jamais sur les ravitos de trail ou course sur route, j’apprécie de pouvoir manger quelques bouts de bananes pour me re-sucrer. Les verres d’eau sont aussi les bienvenus car l’eau salé me sèche. On continue notre aventure ensemble de plus en plus coordonnés dans les transitions. On décide de ne plus se détacher car les quelques côtes sur le tracé me ralentissent. L’élastique ne fait pas tout, mais psychologiquement ça aide beaucoup.

30465620512_41d4bf63b1_zJulien
Nous arrivons sur l’avant-dernière course à pied (4 200m) et un bénévole nous signale que 2 binômes mixtes se situent environ 45 secondes devant nous. Malheureusement nous ne les apercevrons jamais même dans de grandes lignes droites. Les 4 200m se finissent sans encombre, on a bien envoyé sur le course à pied je suis vraiment heureux de la tournure que prend la course surtout que nous attaquons la dernière natation notre point fort → 400m pour revenir sur les deux binômes mixtes dont on nous a parlé au début de la dernière course à pied, j’y crois ! Première bouée à prendre main gauche, et là nous nous retrouvons face à l’océan, des bonnes vagues j’adore et j’espère qu’Ophé ne va pas paniquer comme sur sa première nat malgré l’élastique. L’excitation laisse vite place à la fatigue musculaire, nous progressons difficilement et dépassons un binôme H/H (raté les mixtes se sont échappés :-P). Quel soulagement de toucher terre, j’ai les épaules en fusion de m’être battu dans les vagues avec la corde.

Ophélie
30494510411_0742f4cc9c_zL’avant dernière natation se passent toujours aussi bien, je suis enfin à l’aise et je pousse autant que je peux pour soulager Julien. On sort de l’eau pour entamer le 4200m de course à pied. Les jambes sont lourdes et Julien continue à me motiver. Le parcours casse un peu les jambes. Le ravito solide au milieu de la portion est un soulagement. Julien me dit : « Tu mangeras en marchant dans les escaliers, on ne perd pas de temps » ça fait beaucoup rire les bénévoles. Moi je m’y plie, je ne veux pas le décevoir et puis il ne reste qu’une portion de natation et une de course. Il faut tout donner maintenant.

On arrive à la dernière natation. Les vagues et le courant sont puissants. Je ne peux pas aider Julien, j’ai l’impression qu’on avance pas et l’élastique n’est pas tendu. On progresse comme on peut face aux éléments. Je relève souvent la tête pour corriger ma direction malgré la corde. On est parti trop serré sur le bord. Je me fais peur plusieurs fois dans le creux des vagues en touchant et tapant les rochers contre mon bassin mais pas de «bobo ». La sortie d’eau ne peut se faire sans l’aide des bénévoles, qui nous encourage pour la dernière portion de course.

Julien
30546132226_27f58a9e3f_zDernière course à pied il reste 1 500m je motive Ophélie et la tire autant que je peux mais dans la dernière ligne droite de 400m je ne vois aucun binôme, nous finissons donc pour l’honneur sur un très bon rythme puis marchons tranquillement sur le tapis bleu jusqu’à l’arche d’arrivée ! Le chrono affiche 3h20 pour un objectif préalablement fixé entre 3h30 et 4h malgré nos mésaventures du début de course, contrat rempli !

Ophélie
Je donne tout ce que je peux sur ce dernier kilomètre. Les jambes me piquent mais je veux finir en beauté. Julien fait le lièvre pour moi, m’encourage et je me dépasse. La finish line est là ! Le speaker annonce la team « sang pour sang sport » et le chrono affiche 3h20’30. On fait la photo finish pour immortaliser l’émotion partagée d’avoir fini ensemble cette épreuve.

Julien
En définitive j’ai pris beaucoup de plaisir dans l’eau et j’ai pu profiter du paysage sur les portions course à pied. Cette première expérience en binôme mixte s’est plutôt bien déroulée… L’année prochaine je vais m’aligner sur pas mal de swimrun mais plus en H que mixte c’est plus facile pour se repérer dans la course et je pense qu’en tant que compétiteur je prendrai encore plus de plaisir. De plus nous auront un niveau plus homogène avec mon binôme même s’il faudra surement qu’il me tire à pied  !

Ophélie
14915294_10211526185453442_1522212429617137679_nC’est un mélange d’émotion contradictoire qui m’envahis en cette fin d’épreuve. La reconnaissance infinie pour mon partenaire qui m’a poussé au sens propre comme au figuré tout au long de cette épreuve. Je regrette ma première natation et me promet de m’entraîner davantage en mer quand j’en aurai l’occasion. Une joie et une fierté d’avoir fini cette superbe épreuve dans des temps bien en dessous de mes objectifs. Malgré tout une impression que l’effort donné n’était pas tout à fait le mien, que la performance n’est pas la mienne. C’est là que le concept du swimrun prend tout son sens. Partager, se dépasser et performer là où seule l’exploit n’aurait pas été possible. Et tout ça, au milieu de paysages extraordinaires.

Merci Ophélie et Julien d’avoir joué le jeu et de nous avoir fait partager avec simplicité et sincérité votre vécu et sensations. Vous pouvez retrouver une vidéo de la course signée Akuna Matata

Hokey Cokey (Octobre 2015)

La Cornouaille est l’extrémité sud-ouest de l’Angleterre. Région isolée, sa côte est accidentée et sauvage. C’est  là que s’est déroulé en Octobre 2015 la première édition du « Hokey Cokey », un swimrun court de 12 km au total. La proportion de natation (4km) est importante, favorisant un peu les nageurs, mais malgré sa brièveté la course à pied ne doit pas être sous-estimée. Empruntant le fameux sentier côtier qui serpente de plages en falaises, ce ne sera pas une partie facile. Une autre caractéristique de cette course est d’être individuelle : pas d’équipe, c’est une première pour moi.

« les premiers 100 mètres sont avalés au sprint »

Hokey Cokey, départ dans la campagne
Départ au sprint dans la campagne Anglaise

Le départ est donné  dans un grand champ, et les premiers 100 mètres sont avalés au sprint pour passer une première barrière et rejoindre rapidement le sentier mono trace. Le premier peloton est trop rapide pour moi, et je me retrouve avec une poignée d’athlètes. La première section est la plus longue, 4km, et nous amène à l’extrémité Ouest de la course. Nous montons et descendons, zigzaguant en longeant la falaise, pour descendre vers le charmant petit port de Charlestown qui est en fait un musée maritime à ciel ouvert. Nous remontons à nouveau au sommet d’une falaise. Le rythme est élevé, personne ne veut lâcher un pouce. Pour un départ de swimrun, c’est plus intense que ce à quoi je suis habitué ! Nous plongeons enfin vers la plage de Porthpean et la première section de natation. Ma transition est lente ; absorbé  comme je l’étais dans la course je ne suis pas prêt et je perds quelques secondes si chèrement gagnées sur le sentier.

« pas le temps d’admirer les vieux gréements »

L’eau n’est pas trop froide (tout est relatif !), mais par contre il y a des vagues qui sont un peu désordonnées. Pas facile de trouver un bon tempo en longeant la côte sauvage. Cette natation de 1.2km me paraît longue, peut-être la conséquence du départ de course rapide. Un kayak nous indique de tourner à gauche et nous sommes de retour au port de Charlestown pour un petit ravito. Je n’ai pas le temps d’admirer les vieux gréements qui pourtant valent le détour (la visite touristique, c’est pour l’après-course !). Petite course sur une plage de sable ferme et quelques rochers, et nous retrouvons l’eau pour faire 1.7 km en mer qui doit nous amener à la ‘Carlyon beach’.

Hokey Cokey, fin de la première natation
Fin de la première natation

Je me mets à l’eau avec deux autres concurrents qui partent légèrement plus au large, alors que je reste très près du bord. Les vagues et le courant sont contre nous, et la progression est lente, mais je crois que c’est plus calme près des rochers, même si c’est plus impressionnant. Je nage en puissance dans les vagues et j’ai fini par trouver mon rythme. Je ne vois plus mes deux compagnons, donc mon choix de navigation a dû être le bon. Je commence à apprécier la course en longeant cette côte sauvage aux criques dentelées, et ces vagues fortes qui viennent se briser sur les rochers. Un dernier éperon rocheux cache la prochaine plage et il est donc difficile d’apprécier la distance qui reste à parcourir. Enfin je vois la plage au détour d’un rocher et je me retrouve rapidement sur la terre ferme.

« Le sable est fuyant, ne fournissant aucun appui stable ou solide »

hokey cokey
Une plage de 1km de long

Dans un swimrun, on a souvent envie de courir à la fin d’une longue natation, et vice versa. J’étais donc prêt à courir sur cette plage de ‘Carlyon beach’, longue d’un kilomètre. Après 100 mètres, j’avais déjà envie de retourner dans l’eau ! Le sable est fuyant, ne fournissant aucun appui stable ou solide. A chaque pas je m’enfonce et j’ai l’impression d’être à l’arrêt. Je me rapproche de la mer en espérant trouver du sable plus ferme. Peine perdue. Je remonte, c’est pareil. Rien à faire, je ne trouve aucun endroit propice à la course à pied. Je me retourne en pensant voir mes poursuivants sur mes talons, mais je ne vois personne. Je continue donc, le souffle court et à faible vitesse. Enfin le bout de la plage approche. Un petit raidillon  très raide m’amène au  sommet de la falaise pour tourner à droite vers l’extrémité Est du parcours. Les poumons et les cuisses brûlent, mais la vue au sommet récompense des efforts, et l’ensemble de la côte sauvage se révèle dans toute sa splendeur. Le sentier du littoral plonge de manière abrupte sur la toute petite plage ‘Spit beach’, pour la dernière section de natation.

Enfin des vagues et du courant porteur ! Un vrai plaisir. Les vagues sont toujours là, mais on peut surfer pour arriver à nouveaux sur l’extrémité Est de ‘Carlyon beach’ et son petit raidillon. Au sommet je tourne cette fois-ci à gauche et suit le chemin qui traverse un joli golf. Le mélange entre golfeurs en polos et le swimrunner en combi néoprène est ‘intéressant’ 😉 ! Enfin, je sors du golf et replonge vers l’arrivée pour une dixième place dans un temps de 2h13.David Bartlett chez les hommes et Verna Lee chez les femmes ont gagné en 1h41 et 2h20 respectivement.

« Formule solo pour ce swimrun »

La formule solo de ce swimrun a des avantages et des inconvénients. L’organisation est plus facile puisqu’il n’y a pas besoin de trouver un partenaire avec ce que cela implique pour les entrainements ; la course est vraiment centrée sur soi-même. Par contre on perd le côté chaleureux des courses en équipes. La distance courte est un peu trompeuse en raison de la difficulté en natation et en course à pied. Par contre c’est accessible pour un plus large publique, peut-être avant de se lancer dans des courses de plus longue distance. L’organisation fournie par les ‘Mad Hatters‘ est simple mais efficace et tout est fait dans la bonne humeur. Un succès pour cette première édition qui devrait être reconduite l’année prochaine.

La course est basée autour de St Austell, la plus grande ville des Cornouailles. Assez isolée, il faut une voiture pour vraiment visiter cette jolie région. Elle vaut le détour si vous aimez la nature sauvage, les plages tranquilles, et pourquoi pas le surf qui est très pratiqué. Les vagues ne manquent pas !

Au fait, « Hockey Cockey » est une chanson folk Anglaise du 17ème siècle, maintenant adaptée et connue par tous les enfants Anglo-Saxons. Il y est question de plonger son bras ou son pied , le sortir, le remettre, faire un tour sur soi-même, recommencer, etc. Bonne devise pour un swimrun.

François-Xavier Li
IMG_0008

Loch gu loch, Octobre 2015

Départ au petit matin Photo © Loch gu loch
Départ au petit matin Photo © Loch gu loch

Le jour s’est à peine levé. L’air est frais, la cornemuse chante, et l’eau du Loch Ness est sombre, froide, mais calme. Pas de doute, nous sommes en Écosse pour la première édition du ‘Loch gu loch’ qui se traduit par de loch en loch, un nouveau swimrun dans les fameux Highlands (« hautes terres ») Écossaises. Nous nous mettons doucement à l’eau pour nous positionner entre les deux kayaks qui forment la ligne de départ. La corne de brume sonne la charge et c’est parti pour 7.4 km de natation et 47.4 km de course à pied. L’eau est glacée, ténébreuse.

«nous nous sommes rencontrés pour la première fois la veille»

L’eau est glacée, ténébreuse Photo © Loch gu loch
L’eau est glacée, ténébreuse
Photo © Loch gu loch

Je me retourne pour voir si Christophe me suit et je m’aperçois qu’un petit écart s’est creusé. Je ralentis un peu pour ajuster ma vitesse. Il faut dire que nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour nous entraîner ensemble. En fait, nous nous sommes rencontrés pour la première fois la veille ! Son partenaire pour cette course ne pouvait plus venir, et les organisateurs nous ont mis en contact. Deux rencontres virtuelles par Skype nous ont permis d’évaluer que nous étions probablement compatibles, lui allant plus rapide en course à pied et moi en natation.
La première section de natation fait 2km et la navigation est un peu difficile car il fait encore un peu sombre et la forêt ne fournit pas beaucoup de repères, mais nous arrivons enfin pour attaquer une portion toute en montée qui va nous amener sur le plateau surplombant la côte Est du Loch Ness. Nos prédictions sont confirmées quand Christophe s’envole et je suis obligé de lui demander de ralentir. Nous progressons sur ces 9 km quasiment tout en monté sur des chemins forestiers et sentiers en forêt épaisse, avant de passer aux chemins agricoles et aux routes longeant des fermes et leur champs attenant.

« aucun signe nous indiquant de partir à droite ou à gauche »

La progression difficile entre tourbières et bruyère en fleur Photo © Loch gu loch
La progression difficile entre tourbières et bruyère en fleur
Photo © Loch gu loch

Nous nous sommes réchauffés et le rythme est bon. Le Loch Duntelchaig nous accueille pour une et déjà une autre natation de 1.2 km nous attend. Juste de quoi nous rafraîchir ! A la sortie de l’eau nous trouvons notre premier ravito. Fruits secs, barres de céréales, tout ce qu’il faut. Nous repartons rapidement pour du hors-piste entre tourbières et bruyère en fleur. La progression est plus difficile, mais les paysages superbes. Les Lochs et les kilomètres s’enchaînent, variant le terrain, même si certaines portions de routes droites face au vent sont un peu lassantes. Un virage à droite nous envoi à nouveaux dans la forêt sur une route forestière roulante. Nous rattrapons doucement une autre équipe, mais à un embranchement nous ne voyons aucun signe nous indiquant de partir à droite ou à gauche. Jusqu’à présent nous avons suivi sans trop de difficulté les signes placés par l’organisation qui nous avait dit que si nous suivions une route évidente, il n’y aurait pas de signe, seulement lors des changements de direction. Nous ne nous étions donc pas inquiétés de ne rien voir depuis un moment.

« soudain au loin une cornemuse »

La cornemuse comme point de ralliement Photo © Loch gu loch
La cornemuse comme point de ralliement
Photo © Loch gu loch

Nous hésitons, et quatre autres équipes nous rejoignent. Il est temps de sortir la carte. Sur 5 équipes une seule a utilisé une pochette réellement étanche. Leçon à retenir… Nous estimons où nous sommes et nous voilà partis en groupe taillant notre route en pleine nature, la progression est difficile. Nous arrivons enfin au-dessus du Loch Tarff et son chapelet d’îlots. Nous hésitons encore un peu, et soudain au loin nous entendons une cornemuse. Là on comprend son utilité en Écosse !
Nous voilà repartis dans les tourbières et finalement nous rejoignons le chemin que nous avons raté. Environ 2 km rajoutés et une demi-heure de perdu. Petit ravito, une succession rapide d’îlots et de natations très courtes, et nous quittons ce dernier Loch d’altitude. Nous crapahutons pour enfin surplomber le Loch Ness. Les paysages sont sauvages et superbes. La descente est technique et je commence à être fatigué. Enfin nous rejoignons les rives sud-est du Loch Ness que nous traversons à nouveau pour une dernière natation de 1 km. La fin est proche. Finalement après 9h13 de course nous arrivons à l’abbaye de Fort Augustus.
Nous apprenons plus tard que le binôme de tête s’est perdu dans la descente finale, laissant le local de l’étape Graeme Stuart et la Hollandaise Bonnie van Wilgenburg gagner au scratch et en équipe mixte dans un temps remarquable de 7h34. Andre Hook et Burkhard Brosius gagnent en catégorie hommes, et Rosemary Byde et Isobel Joiner s’imposent en catégorie dames.

« Les lochs écossais gelés, révèlent une atmosphère des Highlands unique »

Johanna et Anders Wallensten, heureux de finir Photo © Loch gu loch
Johanna et Anders Wallensten, heureux de finir
Photo © Loch gu loch

La première édition du Loch gu loch 2015 a tenu ses promesses. Les lochs écossais gelés, noirs combinés aux paysages superbes révèlent une atmosphère des Highlands unique. Certains détails comme les cornemuses ou le ferry du matin qui nous a emmenés en groupe au départ sont sans équivalent. Plusieurs équipes se sont perdues, mais la majorité ont suivi le bon chemin ; il était donc possible de le faire, et peut-être nous aurions dû faire un peu plus attention. Certaines portions de route sont un petit peu longues et les organisateurs changeront probablement cet aspect. Le dernier kilomètre de natation peut faire la différence en cas d’arrivée serrée, et dans ce cas les nageurs peuvent avoir un avantage. A noter que l’édition 2016 change de date et aura lieu en Mai.

Logistique :

Le Loch Ness est situé au Sud d’Inverness, l’ancienne capitale des highlands. Deux options sont possibles. Atterrir à Inverness, ou aller directement à Edinburgh et louer une voiture pour faire les 250 km restant. Une bonne occasion de voir les paysages. Il vaut mieux loger au sud du lac, près de l’arrivée car les concurrents sont amenés le matin au départ qui se situe environ au milieu du loch Ness par ferry. Il règne une très bonne ambiance sur ce bateau, même si certains ont parfois le regard un peu tendu.
François-Xavier Li