AmphibRun 2018

Le swimrun continue de se développer et l’AmphibRun est le premier Swimrun aux Philippines. Cédric et Stéphanie nous livrent leur impressions exotiques à 11,100 km de la France métropolitaine.

Philippines 2018 2Cinq heures du matin, le crépuscule laisse sa place au premières lueurs rosés – orangés du soleil sur la plage de Laiya, petit coin tranquille tout au sud de Luzon l’île principale des Philippines. Départ au petit matin car dans ce pays et ses températures avoisinant 33°C toute l’année, les sportifs ont l’habitude de se lever tôt pour partir « à la fraîche » relative du petit matin !

C’est parti pour une belle journée ! Avec Stéph ma coéquipière de vie et de sport , on récupère nos dossards marqués du nom de notre équipe : “The French Frogs”, nom assez explicite pour une équipe française de swimrun.

Philippines 2018 36:00 c’est l’heure de notre départ, pour un parcours qui enchaîne 3km de piste, 2,2km de natation et 12km de Trail avec 950m de dénivelé positif. À 6:30 un autre départ sera donné pour le nageurs débutants avec 700m de natation et un gilet autoportant obligatoire. A noter le matériel obligatoire sur les 2 courses inclue pull-buoy, lunettes de natation, bonnet, sifflet, sac à eau 1 litre minimum. Par contre pas besoin de combinaison ici ! L’eau est à 27°C!

Philippines 2018 4Après un échauffement rapide sur les 3km de piste, je constate que Spiderman est venu spécialement pour participer à ce swimrun, tout arrive !

Place à la natation ! Le but du jeu est de faire 3x le triangle délimité par 2 barques de pêcheurs et une sortie d’eau sur la plage. À chaque sortie un “Ladyboy” déguisé en sirène des océans, nous donne un bracelet pour marquer notre passage. Simple et efficace.

Philippines 2018 6La course se poursuit par un très beau chemin côtier dans les rochers. On rattrape un couple très original qui devrait créer une 4ème catégorie en swimrun à lui seul: un chien et son maître ! Peut être un Jack Russell Terrier habillé lui aussi avec son dossard et tout foufou de courir et nager. Décidément cette course imaginée par les joyeux organisateurs de Be TrailReady est pleine de surprises !!!

Mais les choses sérieuses commencent, on passe un pont et les 800m de dénivelé positif au dessus de la mer en seulement 5km pour rejoindre le mont Daguldul sont devant nous. La chaleur commence à s’inviter, il ne faut pas hésiter à se mouiller à chaque passage de rivière pour ne pas risquer la surchauffe ! Pendant la montée nous rattrapons la première équipe. Au sommet le cadre est magnifique, la jungle a laissé place au vert pâturage, on voit la mer au loin. Des groupes de randonneurs en profitent pour faire des photos mais pas le temps de flâner, on a une place à conserver et les deux équipes derrière ne sont pas loin !

Philippines 2018 7On récupère vite le bracelet du “U turn” et la descente par le même chemin va se faire en mode Arrachage !!! De retour sur la côte on relâche un peu le rythme dans le sable, avec 8mn d’avance sur les second on a bien mérité une arrivée en mode “cool down” .

Ça y est, on y est ! On visait un podium catégorie mix et on termine 1er scratch ! Whaou quelle bonheur partagé en duo ce sport !

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La sirène nous remet une médaille ouvre bouteille 🍻 hihi, belle ambiance comme d’habitude avec les Philippins toujours joyeux et avenants. La remise des prix est assurée par le sponsors Merell, une paire de chaussure minimaliste  Et plouf retour dans l’eau chaude pour détendre la machine et se laisser flotter.

L’avantage aux Philippines c’est aussi l’après course: pour 350php/heure un délicieux massage nous attend au bord de la mer, de quoi s’endormir et déjà rêver à la prochaine course dans ces paysages sauvages dépaysants.Philippines 2018 11

Photo credit AmphibRun & Trim

Isles of Scilly Swimrun

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Silly Scillies et toute cette sorte de choses.

Analyse d’un succès en deux temps

La victoire (sur soi, je ne suis pas complètement mégalo), se juge à l’arrivée.

Contexte personnel : après avoir décidé de me donner des objectifs ambitieux désormais, pour ma première carte SNCF Senior Plus, mon abandon à Lanzarote, bien qu’assumé car imparable, donnait à cette course prévue 15 jours après, une coloration toute particulière. D’autant que j’avais prévu après le Graal de l’Ironman des objectifs de course à pieds (Championnats de France FFA de 10 km route quinze jours après l’Ötillô Scilly, et un trail de 70 km assez effrayant à Val d’Isère, quinze jours après Liévin (les France). Gestion de ce programme sous la houlette de José. Les courses Ötillö sont des courses par équipe, et vu dans quel état nous errions, Xavier et moi avions (en plaisantant), prévu de faire la course en mode « touriste ». Or, voilà t’il pas que des projets de long terme se greffent là dessus, et que l’ambiance du lieu et de la course nous prend. « No tourists here, Sir. Hold on !»

Contexte collectif : nous n’étions pas deux, mais quatre. Djedjiga et Elena sont maintenant les partenaires de nos swimruns, et leur présence nous oblige à envisager autre chose que de faire de la figuration. D’ailleurs Michael Lemmel (le bellâtre organisateur), insiste pour qu’on évite de faire le clown devant les caméras. Les autres participants sont pour la plupart des armoires à glace (du cercle polaire), et de solides Walkyries (du Walhalla). En tout cas ce sont eux que l’on reluque, vu qu’ils sont là pour ça. Il faut donc avoir l’air un peu intégré… Heureusement il y a de nombreux participants de notre niveau, et nous voilà dans le moule… Mais, du coup, comme on dit à Paris, il faut faire bonne figure. Bref, nous sommes dans la course et un peu sous la pression. La pression des drafts d’ale.

Jusqu’à l’avant veille de la course c’était la cata !

Préparation et objectif : préparation en piscine et dans le parc de Saint Cloud… Tout est dit. Mais, mais, mais ! Préparation très soignée d’un Ironman réputé difficile, entre les entraînements du club, parfaits, vraiment parfaits, et nos conseillers respectifs de l’ombre, bénis soient-ils. Donc forme excellente pour moi obligée, d’autant que je n’avais pas couru le « marathon » de Lanzarote. Donc il fallait que je courre ! Car il y a ces deux courses à venir. Et… Et aussi un chrono genre « c’est bien pour toi ! T’es content? » à la Jaco, qui me laissait supposer depuis Lanza que grâce à Greg j’ai fini par apprendre à nager. Donc : tout pour mettre la pression. Et s’il n’y avait que cela pour la faire monter !
la météo : jusqu’à l’avant veille de la course c’était la cata. Beau toute la semaine d’avant et celle d’après, et le choix entre tempête, pluie ou brouillard le dimanche. Perdus dans un chenal avec des courants réputés violents, et des creux de 90 cm annoncés, la mort rodait…

des paysages à pleurer de bonheur

Le lieu : le paradis. Pas le paradis volcanique genre Lanzarote, plutôt le genre micro climat où les plantes tropicales poussent comme du chiendent. Les algues aussi. Hélas. Un mode de vie simple préservé, permettant à de riches londoniens de se payer des semaines dans un petit cottage très très simple de plein pied entouré de fleurs pour 5000£ la semaine dans une simplicité assez minimaliste (la nouvelle tendance à la mode). Des habitants adorables et des paysages à pleurer de bonheur. Contrastes, contrastes. Ouais ouais ouais. Avec le mauvais temps, la tempête, au milieu d’une passe de 2000 mètre entre deux îles, je t’en foutrai moi, du paradis. Rien n’est donné sur cette planète. Donc pas si sereins, pas comme le vent du soir.
Le voyage : c’est une expédition. Avion genre jet privé agrandi pour Bristol, trajet en voiture « à vive allure », et, ça c’est cool, dernière partie du voyage en bateau (j’adore arriver dans une île en bateau). Et l’inverse au retour !

Tombage amoureux des îles Scilly

La journée d’avant : on a bien mangé, il faut le dire. Les Anglois ont fait d’énormes progrès en cuisine. Et leurs bières sont toujours aussi bonnes que variées. L’hôtel est sympa et assez luxueux il faut le dire. Et ! Idée de génie de Xavier : louer une jolie petite barque de pêche pour le samedi. Entre émerveillements et coups de soleil, repérage des lieux aquatiques ! Ça aide ! Et tombage amoureux des îles Scilly. Ça aussi, il faut le dire et le redire : c’est sublime !

Tiens, elle est froide. Assez froide. Vraiment froide

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La course et ses deux parties : nous étions venus pour ça et il fallut partir. Même pas « demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne ! » Non les GO (gentils organisateurs), on tiré le coup de pistolet à 10 heures ! Les braves gens. 
Première course à pieds, et première natation, 2000 m de sainte Mary à Tresco. Tiens, elle est froide. Assez froide. Vraiment froide. Très très froide même pour Djé. Tiens il y a des algues. Beaucoup d’algues. Mais elles sont énormes. Mais elles s’emmêlent dans les plaquettes et le leash qui nous rend solidaires. Mais elles sont de plus en plus grosses. Mais c’est juste effrayant.

Qu’est ce que je fous là ?

Argggl. Première transition. Le sable est mou. Saloperie. Et deuxième natation, 1200 m Tresco Bryher. Elle est de plus en plus froide (température ressentie). Mais je suis à la ramasse. Mais faut que j’arrête le sport. Et la troisième CàP n’en parlons pas. Je suis trop vieux, je suis foutu. Qu’est ce que je fous là. Je suis un mytho. Une merde. Bref vous l’aurez compris je ne vais pas bien dans mes jambes, ni dans ma tête, ça va de pair. Passage de Bryher à Tresco, et là, erreur qui fut un coup de génie, genre Napoléon à Austerlitz (rapport au soleil et au froid, c’est subtil écoutez bien la suite), nous ne retirons pas le haut des combinaisons alors que la CàP est longue.

La température intérieure et le baromètre moral qui lui est lié, remontent !

D’ordinaire les piètres tacticiens font comme ça. Pas nous. Transpiration. Je prends conscience, là, juste en l’écrivant pour vous, chères lectrices et chers lecteurs, que cela nous a sauvés ! la température intérieure et le baromètre moral qui lui est lié, remontent ! Course gagnée ! 
Trois petites transitions natatoires plus loin nous voilà à St Martin. La forme est là ! Longue course à pieds sur single track, et là, le bonheur la joie alléluia gloire à Dieu au fond des Océans et au plus haut des Cieux, et toute cette sorte de choses : je cours ! Comme un lapin ! Comme un Padgel sur les drailles de ses montagnes (drailles => trail ! vous saisissez le lien étymologique ?).

Il y aura donc un après. Joie joie joie. Et ce paysage splendide ! À part la mer, on se croirait sur le plateau de Chaumienne, ou vers le Ranc Calliou ! C’est beau comme l’Ardèche et je suis heureux. Restent les 2500 m de traversée St Martin St Mary (priez pour nous). L’épouvantail. Eh ben franchi comme les harengs dans la Baltique ! Genre les poissons de l’Ötillö qui nous verront peut-être un jour nager avec application. Slow is fast and fast is slow comme ils disent. Ce qui aurait pu être notre tombeau est notre consécration. Dernière CàP un peu dure mais le Gü veille ! Loué soit-il. Et étant depuis St Martin avec nos Walkyries du sud, nous décidons de finir ensemble et cette CàP finale est une promenade de santé ! À bon train je précise non mais vous nous prenez pour quoi ? Nous finissons même à six Français mains dans les mains, enfin le truc à la gloire de l’éthique du swimrun !

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L’arrivée : je viens de vous la décrire, reportez vous aux deux dernières phrases.

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L’après course : je m’offre une Guinness, lentement tirée de son fût, et bue trop vite. Dommage. Cérémonie des vainqueurs, pour une fois que j’y vais, c’est sympa. Ah ce Mike, quelle prestance, quelle classe, quelle présence, quelle éthique. L’orateur aux pieds nus. Fish and chips au Mermaid. Bref, on a nos habitudes aux Scilly !
La suite : eh ben… Où va t’on pour la prochaine ? Hvar (avec un jota devant) ? Et… Plans sur la comète et toute cette sorte de chose. La suite au prochain numéro.

Marc Fortier Beaulieu

Swimrun Solina la première merit race OtillO Polonaise

Eric Visentin, frenchy expatrié en Pologne, nous raconte sa folle semaine de swimrun qui l’a vu enchainé les deux premiers swimrun longue distances créés cette année: Goswimrun à Wióry et le Swimrun Poland à Solina. Le récit de course de Goswimrun est paru ici.

Présentons Solina. C’est  aussi un grand lac de retenue, à la forme complexe, multiples méandres, péninsules, et iles. Sa digue est la plus grande de Pologne. Niché dans les premières ondulations des Bieszczady, fragment de la chaine des Carpates et montagnes les plus orientales en Pologne, frontalières avec l’Ukraine et la Slovaquie. La région, touristique mais relativement secrète, est magnifique, avec son folklore local haut en couleur et son architecture en bois. Les Bieszczady, à défaut d’être les plus hautes de Pologne, entretiennent une fascination au niveau national. Mystiques et sauvages, elles abritent ours, lynx, loups, et innombrables légendes de contrebandiers. Solina et son écrin bleu, apportent une touche aquatique un peu inattendue à ce décor de basse montagne fait de prairies, feuillues et résineuse.

Les jours suivants (NDLR, le Goswimrun à Wióry ), la fatigue se fait sentir, plus pesante que le reste du Dimanche. Inquiétude: je suis légèrement enroué, et la gorge pique. Rien de méchant pour l’instant, mais restons prudent. Aucun entrainement jusqu’au prochain swimrun (NDLR, swimrun poland à Solina comptant comme « merit race » pour l’ÖtillÖ), aucune prise de risque. Je profite de ces quelques jours pour méditer sur la question de la combi, qui sera indispensable.

Mes premières recherches s’orientent vers la combi Dare2Tri courte, mais la livraison avant le weekend n’est pas garantie, et sans certitude de choisir la taille adéquate. L’autre option consiste en une combi de swimrun intégrale, qui pourra me servir aussi en triathlon: celle que je possède actuellement ne me satisfait pas car trop petite. Le stand de la marque Head sera présent à Solina avec discount: je commande en ligne le modèle Swimrun Rough. Quelle efficacité aura cette combi en mode nage simple ? Je n’en ai encore aucune idée. Je vous le dirai le 23 septembre lors d’un petit triathlon.

Jacek, mon partenaire pour Swimrun Poland à Solina, a lui aussi fait comme Tomasz, en découpant une vielle combi de tri. Cette fois ci, les rôles sont inversés: autant c’est moi qui avais aidé Sam, autant une grosse galère arrive en perspective, car Jacek, c’est du lourd: il vient de se qualifier aux championnats de 1/2IM en Afrique du Sud en 4:32. Il est lui aussi sous les dix heures en IM, et la natation, c’est son point fort. La troupe présente à Wióry n’a d’ailleurs pas loupé de me chambrer le weekend précédent : « Eric, tu vas faire du ski nautique derrière Jacek ? »

J’ai néanmoins choisi de mettre tous les atouts de mon côté. Outre la combi, je me suis bricolé un système de rectangles découpés dans un vieux matelas de camping, et fixés aux lacets de mes chaussures, à l’image des plaquettes de flottaison de la marque NU. Et depuis Wióry et les entrainements précédents, mes épaules ont à force acquis une tonicité d’enfer. Il y a juste ce satané rhume, qui traine encore, et que tout le monde a par ailleurs attrapé à Wióry…

Jacek et moi partageons transport et hébergement avec deux autres participants de Wrocław, Paweł et Dominik, de l’équipe GTRAT. Nous avons loué un bungalow en bois à proximité du lac. Outre le matériel de sport, quelques bouteilles de liqueur font aussi partie des bagages… Un autre weekend phénoménal s’annonce. Et cette fois ci, il va faire grand soleil !

A cause des bouchons sur l’autoroute, nous arrivons plus tard que prévu sur le lieu de retrait des dossards, 10mn avant la fermeture. Plus stressant encore, je devais retirer la combinaison payée d’avance… Heureusement, les vendeurs de Head m’ont attendu. Nous achevons la soirée sur une pizza, en commentant mon achat certes un peu « aveugle »: n’aurais-je pas un peu trop chaud demain dans cette combi ? L’eau, comme pour Wióry, est au-dessus des normes saisonnières, avec 19°C.

Nous faisons connaissance avec les organisateurs, Kacper et Gabriella. Ensemble, ils animent et dirigent un groupe de course à pied sur Cracovie, Runonline.pl. Ils organisent aussi, et avec un certain succès, des compétitions, dont une par étape en montagne nommée Triada, qui a lieu une fois en été et en hiver. Kacper est un excellent coureur, cela se devine de suite à son gabarit sec et tonique. Il est l’ingénieur technique et sportif de la course. Gabriella, bavarde, dynamique, aussi très charmante, est sans nul doute la tête de proue du projet. Convaincre le maire de Solina, vaincre toute la bureaucratie locale, inscrire l’épreuve dans le circuit « merit race » du championnat ÖtillÖ… le volet marketing et organisationnel lui doit beaucoup.

« Eric, b…, t’est prêt ? On y va, on arrache ! ».

Le départ est prévu à six heures du matin, l’heure du lever de soleil, toutes distances confondues, ce qui donne un parfum d’ultra-running à l’évènement. Outre la distance marathon, il y a la distance sprint, sur 25km, et une distance « first steps » de 10km. Toutes en binôme. Les chasubles, très jolis, sont fait de motifs bleus et blanc; les bonnets jaunes fluo semblent faits comme pour être assortis aux combinaisons. Le compte à rebours a lieu dans la pelouse de l’Hôtel Skalny à Polanczyk, site de l’épreuve. Le départ est donné et nous dévalons la rue principale, qui mène au lac. L’excitation du départ donne lieu à de nombreuses manœuvres telles que dépassements, positionnements, mais toute cette débauche tactique semble soudain superflue lorsque l’entrée dans l’eau se dessine, et que chacun prend son temps.

Jacek, lui est déjà pressé, il a déjà arrangé bonnet, lunettes, sangles, paddles, et se jette dans l’eau sans préambule : « Eric, b…, t’est prêt ? On y va, on arrache ! ». Nous avions fait déjà un entrainement au lac de Mietków il y a quelques semaines, qui n’avait pas été entièrement satisfaisant, car la sangle me gênait beaucoup. Le scénario se répète… Nous avançons en « flux tendu », Jacek, en traction devant, exactement de la même manière dont je tractais Sam il y a une semaine. Dans la précipitation, sans doute aussi à cause du sommeil, je réalise soudain que j’ai tout bonnement oublié de placer le pullbuoy entre les jambes… L’eau de montagne, claire, est translucide, et je vois Jacek devant même sous la surface, ce qui est un avantage. Nous achevons ce premier kilomètre de nage dans le gros du peloton.

« des vapeurs magiques émanent de la surface, baignée dans le soleil levant »

La séquence de course qui s’ensuit est déjà la plus redoutée, c’est celle qui nous fait monter au point culminant, le petit sommet de Jawor, 741m, soit trois cent au-dessus du lac. Nous montons en trottinant, trouvant déjà qu’il fait chaud dans ces combis… La descente s’ensuit, par des sentiers rendus extrêmement boueux à cause de la pluie les jours précédents. Court en jambes, je n’ai jamais été très fort dans les descentes en course à pied. Jacek passe devant, refaisant régulièrement ses chaussures: il a choisi de vielles baskets « ironman » à fermeture velcro… Les 4 portions de nage suivantes sont toutes très courtes, très proches les unes des autres, séparées par des intervalles de course à pieds sur la « plage »: entendez par là la pente pierreuse laissée par le niveau du lac un peu bas. Nous sommes plus en aval dans la retenue d’eau, là où cette dernière reçoit l’apport de quelques rivières. L’eau est sensiblement plus froide, et des vapeurs magiques émanent de la surface, baignée dans le soleil levant. L’un des moments les plus magiques de l’épreuve.

Jacek et moi décidons de faire ces fragments non attachés, en restant proche. Je suis chaud, désormais dans mon rythme de croisière, j’envoie des bouillons dans l’eau avec mes paddles larges. Le pullbuoy est correctement calé, les carrés sur mes chaussures jouent parfaitement leur rôle, mes jambes flottent visiblement plus. La portance ce cette nouvelle combi semble aussi optimale. Je vais presque à l’allure de Jacek, doublant tous les concurrents partis juste avant nous. Mon coéquipier, qui semblait jusqu’à présent un peu exaspéré de ma lenteur en silence, commence à retrouver le sourire: « Ouah Eric ! T’as envoyé ! ». Cela me fait plaisir, même si Jacek a une fâcheuse tendance à ignorer la règle des 10m de séparation…

Une autre jolie portion de course, traversant village et pâturages, nous mène plus loin. Je commence à réaliser que le soleil tape, et qu’avec quatre ravitaillements sur toute la course, ce sera difficile. J’ai heureusement été prévoyant en prenant le départ avec une bouteille de trail vide, attachée à ma ceinture: je la remplis au buffet, et juste avant d’arriver aux nages suivantes, je l’ai presque bue en entier. Deux nouvelles petites portions arrivent: nous nageons vers une ile, « Wyspa Energetyk », et regagnons la berge principale. Il a beaucoup d’algues. Je termine la première en constatant que je me trainais un bouquet de trois mètres de long… Lors de la seconde, rebelote. Mais horreur et consternation en arrivant sur la berge: ma gourde a disparu ! T’inquiètes, dit Jacek, on arrive au prochain buffet…

Quelques collines franchies, et nous redescendons vers Polanczyk, où les touristes sont de plus en plus nombreux. Beaucoup nous encouragent, mais dans leur regard, nous lisons autant d’admiration que de points d’interrogation : « Dites-moi mon brave, c’est quel genre de course que vous faites ?! ». Nous regagnons le site de l’hôtel, point de la mi-course à 23km. Paweł et Dominik, qui ont fait la distance sprint, viennent juste d’arriver, et nous encouragent : « Eh ben les gars… encore une moitié comme ça… bon courage ! ». Du courage, il nous en faudra: cette seconde moitié comporte beaucoup moins de nage, et il commence à faire chaud. Ma combi longue me pèse un peu, et je commence à accuser le coup: Wióry la semaine dernière, je le sens encore dans les jambes, et mon rhume a un peu freiné ma récupération. A vrai dire, je ne suis pas inquiet sur mon tempo: je sais que je finirai l’épreuve. Je suis surtout inquiet pour l’eau. Il y a six kilomètres avant la prochaine portion de nage, 400m. Ensuite, et jusqu’au kilomètre de nage final, il y a presque un semi-marathon entier…

J’ai l’impression de courir comme un sapin de Noel

A l’issue de cette portion de course et des 400m dans l’eau, je décide que le moment est opportun pour me dévêtir le haut, je remets uniquement le chasuble. Mes manches pendent un peu, je fais un nœud. J’ai l’impression de courir comme un sapin de Noel. Mes forces baissent, je bois quelques gels. Toutes les montées, Jacek et moi les faisons désormais en marchant… Le buffet est là, et je bois jusqu’à satiété. Les 400m sont bienvenus pour me rafraichir un peu. La portion suivante fait presque 9km, essentiellement en descendant. Nous sommes en contrebas de la digue, en dessous de laquelle git un autre lac, étroit et tout petit, alimenté par les rejets d’eau du principal. L’eau de celui-ci est à 15°C, nous avions été avertis ! Beaucoup de binômes entrent avec précaution pour éviter un choc thermique. Je remets à la hâte le haut de la combi par-dessus le chasuble, et me jette dans l’eau avec Jacek. La fraicheur est une bonne motivation pour en finir vite ! Une fois de plus, la portion de nage est rapidement négociée, avec les félicitations de Jacek. S’ensuit une longue montée par des escaliers et sentiers abrupts, qui semble aussi jouer en notre faveur: les binômes dépassés sont distancés, et nous en rattrapons un nouveau: nous sommes désormais septièmes au classement général !

Les quelques équipes dépassées, comme irritées par notre opportunisme, semblent se regrouper comme pour s’entendre, et forment un peloton à notre poursuite. Le sentier parcourt une crête en dos d’ânes. Jacek les descend vite, ce qui m’oblige à forcer le tempo pour le rattraper. Cette portion est longue et usante. Les poursuivants semblent relégués de plus en plus loin. Nous constatons sur la droite que nous sommes à nouveau en surplomb du lac principal de Solina. Nous traversons une carrière de pierres, qui amorce la descente. Dernier ravitaillement. Je croyais que nous n’étions plus trop loin du lac, mais quelques kilomètres sur asphalte nous en séparent encore… le temps passe de plus en plus lentement. Jacek comme moi marchons désormais à chaque moindre ressaut. Nous parvenons néanmoins à rejoindre un nouveau binôme Suédois-Polonais avec qui nous bavardons brièvement.

Port-Solina arrive enfin, avec le kilomètre de nage final. Le vent contre souffle fort, il y a de la houle, cela ne va pas être facile. Je dois réenfiler ma combi, ce qui agace Jacek, qui vit visiblement la couse à fond. « Magne toi, ils arrivent tous ! ». En effet, les polono-suédois, et le binôme doublé dans la montée, ont anticipé la transition et sont déjà prêts à se jeter à l’eau… La bataille finale commence. De la bataille, à vrai dire, je n’en verrai pas grand-chose, à cause de la houle; c’est Jacek qui me la racontera par la suite, car il a eu le temps d’observer. Nous avons malheureusement été dépassés par ces deux équipes, mais en avons rattrapé une. Tout cela malgré les crampes qui ont soudainement tétanisé mes jambes à mi-parcours, au point que le bateau de police vienne à ma rencontre pour demander si tout allait. Arrivée sur la berge douloureuse, je suis incapable de courir. Jacek attache la sangle et me tracte. Nous trottinons toute la rue principale de Polanczyk qui nous ramène à l’arrivée. Sept heures trente de course ! Je n’ai pas vu le temps passer. Nous sommes septièmes au général, sixièmes dans la catégorie homme.

« Wióry et Solina actent la naissance du Swimrun en Pologne »

Paweł et Dominik nous attendent à l’arrivé, Kacper et Gabriella remettent les médailles et t-shirt finisher. Les médailles s’assemblent, tels des dominos, formant une poignée de mains qui s’entre-aident, idée originale. Le binôme qui arrive après nous n’est personne d’autre que Jędrek et son fidèle compère Rafał. Un peu avant nous, Marek et Dominka, Bartek, Joanna, tous ces gens qui ont testé l’édition zéro en 2016, cette grappe de passionnés, qui comme moi n’ont pas hésité à faire Wióry et Solina l’un après l’autre. La joie est lisible sur tous les visages, les photos de groupe s’enchainent. Plus qu’avoir fini une épreuve, le sentiment qui prédomine est d’avoir bâti quelque chose, d’avoir chacun posé une pierre à cet édifice inédit. Wióry et Solina actent la naissance du Swimrun en Pologne.

Le repas est offert, nous nous changeons, allons piquer un petit somme au bungalow, et revenons pour la cérémonie de remise des prix. S’ensuit une after-party, ou les bières, elles aussi offertes, s’accumulent aussi rapidement que les heures passées autour du lac de Solina. Les sujets de conversation ne manquent pas. La piste de danse est illuminée, mais curieusement peu de finishers dansent… Le lendemain matin, le déjeuner est lui aussi offert. A l’occasion, des photos de la course sont présentées par diaporama, ce sont celles présentes plus tard sur les réseaux sociaux. Je ne me souviens pas d’une épreuve proposant autant d’hospitalité aux compétiteurs. Nous terminons la journée par la visite du barrage, un lieu touristique, et une halte sur la route au centre historique de Tarnów.

Beaucoup d’épreuves sportives de masse, de manière générale, ont toujours lieu en Pologne. Il y a fort à parier que le swimrun suivra la tendance. Solina et Wióry auront lieu à nouveau, c’est une certitude, mais cette fois-ci a deux semaines d’intervalle (01/9/2018 et 15/09/218). Au moins une autre épreuve majeure viendra s’ajouter au printemps (28/5) à Stężyca, près de Gdańsk. Elle est déjà cochée sur mon calendrier! Sumin et Bydgoszcz, les deux épreuves en format mini qui ont eu lieu plus tôt, risquent de prendre du poil de la bête et présenter un parcours plus long et attrayant.

Ainsi se termine la « semaine swimrun », riche en émotions, enseignements, nouvelles connaissances et amitiés.  Rendez-vous en 2018 !

Eric Visentin

http://swimrunpoland.com/

Valse à quatre mains au Swimrun Côte d’Azur

Ophélie et Julien Valette, organisateurs du Swimrun Sang pour Sang Vassivière  nous racontent leur participation au Swimrun Côte d’Azur. Ils ont accepté le challenge que nous leur avons proposé : écrire séparément leurs comptes rendus et nous confier leurs perceptions indépendantes des hauts et des bas de leur aventure commune. Voici leur jolie valse à quatre mains. Photos ©Akuna Matata

Ophélie
J’ai participé aujourd’hui, pour ma première fois en compétition au swimrun Côte d’Azur en équipe mixte accompagnée de mon mari Julien. Nous courons sous le nom d’équipe Team Sang pour Sang Sport, l’association dans laquelle nous sommes depuis 2 ans. Cette dernière organise des événements sportifs dans la région Rhône Alpes dont les bénéfices sont investis pour l’amélioration du quotidien des enfants et des jeunes adultes atteints du lymphome : trail blanc de nuit, trail de nuit, course sur route ou encore course VTT.

Nous sommes arrivés la veille de la compétition, ce qui je pense était idéal. Plutôt que de faire la route le matin et de sentir la fatigue sur la fin de l’épreuve, nous étions frais et disponibles pour entamer cette journée. Un petit déjeuner plus copieux que pour mes précédentes compétitions (10km, cross, trail court). Je suis les directives de julien : « il faut tenir les 23 bornes sans coup de mou, et la natation c’est plus « caloriphage » » .

Julien
30465488092_a8d4c35f63_zLe dimanche matin, nous nous levons à 6h45 c’est tôt mais moins tôt que les 4h de la semaine précédente pour la Gravity Race ! Nous mangeons tranquillement puis nous nous rendons sur le lieu de départ à moins d’un kilomètre de notre hôtel. Je sens Ophélie un peu stressée, ça fait plusieurs jours qu’elle me dit qu’elle n’a pas pu beaucoup s’entraîner ces 5 derniers jours. Afin de la rassurer et pour tester la corde élastique achetée une semaine plus tôt et jamais testée en condition réelle nous nous jetons à l’eau. La corde m’apporte autant de satisfaction que sur la Gravity Race, j’ai l’impression qu’avec ça on va bien assurer dans sur les parties aquatiques !

Ophélie
Je suis un peu stressée mais Julien me rassure, « c’est une course pour se faire plaisir et pour que tu découvres » . On n’a pas le même niveau mais on se connait bien et ça sera notre point fort sur la course.

Julien
Photo de binôme au départ, rapide briefing et hop tous au départ ! La première course à pied fait 850 mètres, c’est très court et nous savons que nous allons tous nous retrouver en même temps dans l’eau. Nous avions préalablement établi que nous ne nous attacherions pas sur la première natation. Cependant pour bien échauffer les épaules nous nous sommes mis d’accord sur le fait que je nagerai fort sur cette première natation puis que je l’attendrai avant de partir pour la seconde course à pied.

30283037790_c51feca05d_zOphélie
Le départ est donné et c’est parti pour 850m de course à pied. On fait partie des premiers binômes mixtes, ça me surprend mais je suis à l’aise. La première natation à l’horizon, on décide de ne pas s’attacher car nous sommes encore nombreux dans l’eau et il ne faudrait pas gêner tout le monde. C’est parti pour 5min de stress ! Avec pour seule expérience l’entraînement au swimrun tous les week-end depuis 4 mois en lac et aucun triathlon à mon actif, je rentre dans l’eau essoufflée. J’ai nagé en mer pour la première fois, pendant un mois, cet été dans des conditions très clémente. Je suis donc surprise par les vagues qui se cassent sur moi et les autres athlètes. Eux, ils arrivent à passer au-dessus, mais moi je n’arrive pas à poser ma nage… Je brasse jusqu’à la bouée pour retrouver mon souffle, et je me dis que Julien va m’attendre, chopper déjà froid, ça m’embête… J’essaye de pas me décourager mais ça double dans tous les sens. Le soutient de certains athlètes me remet d’aplomb, et une fois la bouée passée je pose enfin ma nage. Je vois Julien au loin déjà hors de l’eau j’essaye donc de garder un bon rythme. Je sors et on regrette de pas s’être attaché. Nous sommes à ce moment-là dans le bon dernier tiers des athlètes et je m’en veux terriblement pour Julien.

Julien
29948641853_74f6e3013e_zPremière natation je pars fort, je remonte beaucoup de monde et je sors en tête du deuxième pack, tout va bien les épaules sont bien chaudes et la corde complètement autour de ma taille n’a pas bougée. Je me poste donc à droite de la sortie d’eau comme convenu avec Ophé pour l’attendre. Je sais que je nage plus vite et sur ces 360m je dois lui mettre au moins 2/3 minutes. Sauf qu’au bout d’un moment je commence à m’inquiéter et j’espère qu’il ne lui est rien arrivé, certes il y a un peu de vague mais rien de bien méchant. Au bout de 5/6 minutes j’aperçois Ophé qui sort de l’eau, je ressens alors un mélange de soulagement et de déception. On était venu pour performer et là on se retrouve dans les 20 derniers binômes …

Ophélie
C’est parti pour le 2ème run ! On a un bon rythme et on remonte 3-4 binômes. On entame notre première transition mais on ne s’attache pas encore très rapidement, ça va venir 😉 . Julien me motive et la natation se passe hyper bien. J’essaye comme je peux de suivre le rythme pour ne pas trop le fatiguer mais ça bouge encore pas mal et mes mouvements de nage sont moins efficaces que lui. Je m’habitue à l’élastique, j’essaye au mieux d’anticiper les changements de direction et d’éviter les plaquettes des binômes que l’on dépasse. Nous en passons 7 d’après Julien. Je ne peux pas confirmer ce chiffre car je ne vois que le fond et les poissons !

Julien
30283046410_04fbfc6d22_zLa course à pied s’enchaîne bien, on reprend du monde, nous sautons pour la 3ème natation et là c’est le drame, les 2 élastiques avant de mes plaquettes sortent des trous, je passe une minute dans l’eau sans avoir pied à remettre ces ***** de deux élastiques. Pendant ce temps un groupe de 5 binômes que nous avions passé sur la natation précédente nous laisse sur place. Je suis furieux contre moi-même, par négligence je n’ai pas vérifié mon matos avant de me jeter dans la flotte. Je viens de faire perdre 1 min à mon équipe et tous les efforts fournis sur la nage précédente n’ont servis à rien … Je suis frustré, dégoutté alors je me venge sur l’eau et mes épaules en appuyant comme un malade sur les plaquettes nous arrivons à sortir de l’eau avant le groupe de 5 binômes.

Ophélie
Nous sautons attachés dans l’eau pour le 3ème swim mais un soucis technique nous ralenti. Les élastiques des 2 plaquettes de Julien se décrochent et il s’en rend compte malheureusement qu’une fois dans l’eau. Je le sens frustré, et moi impuissante, durant la minute que nous passons dans l’eau à les réparer, de plus nous sommes doublés par 2-3 binômes. Et c’est reparti ! Aiie, la saleté de méduse n’a pas loupé ma cuisse, ça non plus il n’y en a pas en lac ! Julien nage fort pour rattraper notre retard et moi je sens de plus en plus à l’aise dans l’eau malgré les bonnes vagues sur cette natation.

Julien
30546048916_44d14a4825_z
Jusqu’à la mi-course nous nous détachons systématiquement pour courir, nous courons sur le chemin des douaniers qui est rendu un petit peu glissant par la pluie. Rien de bien méchant nous venons tous les 2 d’investir dans des inov8 et les appuis sont excellents mais Ophélie à peur et n’arrive pas à se libérer … Cependant nos transitions sont de plus en plus fluides et sur chaque natation nous reprenons du monde.

Nous jouons à « attrape moi si tu peux » avec les binômes mixtes 68 et 02 constitués de Kate qui sortait d’Hawaii et de Nicolas avec qui nous avions beaucoup partagé la veille et le matin !

29948718733_1fbc826aa9_zOphélie
Arrivée au deuxième ravito solide, moi qui ne mange jamais sur les ravitos de trail ou course sur route, j’apprécie de pouvoir manger quelques bouts de bananes pour me re-sucrer. Les verres d’eau sont aussi les bienvenus car l’eau salé me sèche. On continue notre aventure ensemble de plus en plus coordonnés dans les transitions. On décide de ne plus se détacher car les quelques côtes sur le tracé me ralentissent. L’élastique ne fait pas tout, mais psychologiquement ça aide beaucoup.

30465620512_41d4bf63b1_zJulien
Nous arrivons sur l’avant-dernière course à pied (4 200m) et un bénévole nous signale que 2 binômes mixtes se situent environ 45 secondes devant nous. Malheureusement nous ne les apercevrons jamais même dans de grandes lignes droites. Les 4 200m se finissent sans encombre, on a bien envoyé sur le course à pied je suis vraiment heureux de la tournure que prend la course surtout que nous attaquons la dernière natation notre point fort → 400m pour revenir sur les deux binômes mixtes dont on nous a parlé au début de la dernière course à pied, j’y crois ! Première bouée à prendre main gauche, et là nous nous retrouvons face à l’océan, des bonnes vagues j’adore et j’espère qu’Ophé ne va pas paniquer comme sur sa première nat malgré l’élastique. L’excitation laisse vite place à la fatigue musculaire, nous progressons difficilement et dépassons un binôme H/H (raté les mixtes se sont échappés :-P). Quel soulagement de toucher terre, j’ai les épaules en fusion de m’être battu dans les vagues avec la corde.

Ophélie
30494510411_0742f4cc9c_zL’avant dernière natation se passent toujours aussi bien, je suis enfin à l’aise et je pousse autant que je peux pour soulager Julien. On sort de l’eau pour entamer le 4200m de course à pied. Les jambes sont lourdes et Julien continue à me motiver. Le parcours casse un peu les jambes. Le ravito solide au milieu de la portion est un soulagement. Julien me dit : « Tu mangeras en marchant dans les escaliers, on ne perd pas de temps » ça fait beaucoup rire les bénévoles. Moi je m’y plie, je ne veux pas le décevoir et puis il ne reste qu’une portion de natation et une de course. Il faut tout donner maintenant.

On arrive à la dernière natation. Les vagues et le courant sont puissants. Je ne peux pas aider Julien, j’ai l’impression qu’on avance pas et l’élastique n’est pas tendu. On progresse comme on peut face aux éléments. Je relève souvent la tête pour corriger ma direction malgré la corde. On est parti trop serré sur le bord. Je me fais peur plusieurs fois dans le creux des vagues en touchant et tapant les rochers contre mon bassin mais pas de «bobo ». La sortie d’eau ne peut se faire sans l’aide des bénévoles, qui nous encourage pour la dernière portion de course.

Julien
30546132226_27f58a9e3f_zDernière course à pied il reste 1 500m je motive Ophélie et la tire autant que je peux mais dans la dernière ligne droite de 400m je ne vois aucun binôme, nous finissons donc pour l’honneur sur un très bon rythme puis marchons tranquillement sur le tapis bleu jusqu’à l’arche d’arrivée ! Le chrono affiche 3h20 pour un objectif préalablement fixé entre 3h30 et 4h malgré nos mésaventures du début de course, contrat rempli !

Ophélie
Je donne tout ce que je peux sur ce dernier kilomètre. Les jambes me piquent mais je veux finir en beauté. Julien fait le lièvre pour moi, m’encourage et je me dépasse. La finish line est là ! Le speaker annonce la team « sang pour sang sport » et le chrono affiche 3h20’30. On fait la photo finish pour immortaliser l’émotion partagée d’avoir fini ensemble cette épreuve.

Julien
En définitive j’ai pris beaucoup de plaisir dans l’eau et j’ai pu profiter du paysage sur les portions course à pied. Cette première expérience en binôme mixte s’est plutôt bien déroulée… L’année prochaine je vais m’aligner sur pas mal de swimrun mais plus en H que mixte c’est plus facile pour se repérer dans la course et je pense qu’en tant que compétiteur je prendrai encore plus de plaisir. De plus nous auront un niveau plus homogène avec mon binôme même s’il faudra surement qu’il me tire à pied  !

Ophélie
14915294_10211526185453442_1522212429617137679_nC’est un mélange d’émotion contradictoire qui m’envahis en cette fin d’épreuve. La reconnaissance infinie pour mon partenaire qui m’a poussé au sens propre comme au figuré tout au long de cette épreuve. Je regrette ma première natation et me promet de m’entraîner davantage en mer quand j’en aurai l’occasion. Une joie et une fierté d’avoir fini cette superbe épreuve dans des temps bien en dessous de mes objectifs. Malgré tout une impression que l’effort donné n’était pas tout à fait le mien, que la performance n’est pas la mienne. C’est là que le concept du swimrun prend tout son sens. Partager, se dépasser et performer là où seule l’exploit n’aurait pas été possible. Et tout ça, au milieu de paysages extraordinaires.

Merci Ophélie et Julien d’avoir joué le jeu et de nous avoir fait partager avec simplicité et sincérité votre vécu et sensations. Vous pouvez retrouver une vidéo de la course signée Akuna Matata

Hokey Cokey (Octobre 2015)

La Cornouaille est l’extrémité sud-ouest de l’Angleterre. Région isolée, sa côte est accidentée et sauvage. C’est  là que s’est déroulé en Octobre 2015 la première édition du « Hokey Cokey », un swimrun court de 12 km au total. La proportion de natation (4km) est importante, favorisant un peu les nageurs, mais malgré sa brièveté la course à pied ne doit pas être sous-estimée. Empruntant le fameux sentier côtier qui serpente de plages en falaises, ce ne sera pas une partie facile. Une autre caractéristique de cette course est d’être individuelle : pas d’équipe, c’est une première pour moi.

« les premiers 100 mètres sont avalés au sprint »

Hokey Cokey, départ dans la campagne
Départ au sprint dans la campagne Anglaise

Le départ est donné  dans un grand champ, et les premiers 100 mètres sont avalés au sprint pour passer une première barrière et rejoindre rapidement le sentier mono trace. Le premier peloton est trop rapide pour moi, et je me retrouve avec une poignée d’athlètes. La première section est la plus longue, 4km, et nous amène à l’extrémité Ouest de la course. Nous montons et descendons, zigzaguant en longeant la falaise, pour descendre vers le charmant petit port de Charlestown qui est en fait un musée maritime à ciel ouvert. Nous remontons à nouveau au sommet d’une falaise. Le rythme est élevé, personne ne veut lâcher un pouce. Pour un départ de swimrun, c’est plus intense que ce à quoi je suis habitué ! Nous plongeons enfin vers la plage de Porthpean et la première section de natation. Ma transition est lente ; absorbé  comme je l’étais dans la course je ne suis pas prêt et je perds quelques secondes si chèrement gagnées sur le sentier.

« pas le temps d’admirer les vieux gréements »

L’eau n’est pas trop froide (tout est relatif !), mais par contre il y a des vagues qui sont un peu désordonnées. Pas facile de trouver un bon tempo en longeant la côte sauvage. Cette natation de 1.2km me paraît longue, peut-être la conséquence du départ de course rapide. Un kayak nous indique de tourner à gauche et nous sommes de retour au port de Charlestown pour un petit ravito. Je n’ai pas le temps d’admirer les vieux gréements qui pourtant valent le détour (la visite touristique, c’est pour l’après-course !). Petite course sur une plage de sable ferme et quelques rochers, et nous retrouvons l’eau pour faire 1.7 km en mer qui doit nous amener à la ‘Carlyon beach’.

Hokey Cokey, fin de la première natation
Fin de la première natation

Je me mets à l’eau avec deux autres concurrents qui partent légèrement plus au large, alors que je reste très près du bord. Les vagues et le courant sont contre nous, et la progression est lente, mais je crois que c’est plus calme près des rochers, même si c’est plus impressionnant. Je nage en puissance dans les vagues et j’ai fini par trouver mon rythme. Je ne vois plus mes deux compagnons, donc mon choix de navigation a dû être le bon. Je commence à apprécier la course en longeant cette côte sauvage aux criques dentelées, et ces vagues fortes qui viennent se briser sur les rochers. Un dernier éperon rocheux cache la prochaine plage et il est donc difficile d’apprécier la distance qui reste à parcourir. Enfin je vois la plage au détour d’un rocher et je me retrouve rapidement sur la terre ferme.

« Le sable est fuyant, ne fournissant aucun appui stable ou solide »

hokey cokey
Une plage de 1km de long

Dans un swimrun, on a souvent envie de courir à la fin d’une longue natation, et vice versa. J’étais donc prêt à courir sur cette plage de ‘Carlyon beach’, longue d’un kilomètre. Après 100 mètres, j’avais déjà envie de retourner dans l’eau ! Le sable est fuyant, ne fournissant aucun appui stable ou solide. A chaque pas je m’enfonce et j’ai l’impression d’être à l’arrêt. Je me rapproche de la mer en espérant trouver du sable plus ferme. Peine perdue. Je remonte, c’est pareil. Rien à faire, je ne trouve aucun endroit propice à la course à pied. Je me retourne en pensant voir mes poursuivants sur mes talons, mais je ne vois personne. Je continue donc, le souffle court et à faible vitesse. Enfin le bout de la plage approche. Un petit raidillon  très raide m’amène au  sommet de la falaise pour tourner à droite vers l’extrémité Est du parcours. Les poumons et les cuisses brûlent, mais la vue au sommet récompense des efforts, et l’ensemble de la côte sauvage se révèle dans toute sa splendeur. Le sentier du littoral plonge de manière abrupte sur la toute petite plage ‘Spit beach’, pour la dernière section de natation.

Enfin des vagues et du courant porteur ! Un vrai plaisir. Les vagues sont toujours là, mais on peut surfer pour arriver à nouveaux sur l’extrémité Est de ‘Carlyon beach’ et son petit raidillon. Au sommet je tourne cette fois-ci à gauche et suit le chemin qui traverse un joli golf. Le mélange entre golfeurs en polos et le swimrunner en combi néoprène est ‘intéressant’ 😉 ! Enfin, je sors du golf et replonge vers l’arrivée pour une dixième place dans un temps de 2h13.David Bartlett chez les hommes et Verna Lee chez les femmes ont gagné en 1h41 et 2h20 respectivement.

« Formule solo pour ce swimrun »

La formule solo de ce swimrun a des avantages et des inconvénients. L’organisation est plus facile puisqu’il n’y a pas besoin de trouver un partenaire avec ce que cela implique pour les entrainements ; la course est vraiment centrée sur soi-même. Par contre on perd le côté chaleureux des courses en équipes. La distance courte est un peu trompeuse en raison de la difficulté en natation et en course à pied. Par contre c’est accessible pour un plus large publique, peut-être avant de se lancer dans des courses de plus longue distance. L’organisation fournie par les ‘Mad Hatters‘ est simple mais efficace et tout est fait dans la bonne humeur. Un succès pour cette première édition qui devrait être reconduite l’année prochaine.

La course est basée autour de St Austell, la plus grande ville des Cornouailles. Assez isolée, il faut une voiture pour vraiment visiter cette jolie région. Elle vaut le détour si vous aimez la nature sauvage, les plages tranquilles, et pourquoi pas le surf qui est très pratiqué. Les vagues ne manquent pas !

Au fait, « Hockey Cockey » est une chanson folk Anglaise du 17ème siècle, maintenant adaptée et connue par tous les enfants Anglo-Saxons. Il y est question de plonger son bras ou son pied , le sortir, le remettre, faire un tour sur soi-même, recommencer, etc. Bonne devise pour un swimrun.

François-Xavier Li
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Loch gu loch, Octobre 2015

Départ au petit matin Photo © Loch gu loch
Départ au petit matin Photo © Loch gu loch

Le jour s’est à peine levé. L’air est frais, la cornemuse chante, et l’eau du Loch Ness est sombre, froide, mais calme. Pas de doute, nous sommes en Écosse pour la première édition du ‘Loch gu loch’ qui se traduit par de loch en loch, un nouveau swimrun dans les fameux Highlands (« hautes terres ») Écossaises. Nous nous mettons doucement à l’eau pour nous positionner entre les deux kayaks qui forment la ligne de départ. La corne de brume sonne la charge et c’est parti pour 7.4 km de natation et 47.4 km de course à pied. L’eau est glacée, ténébreuse.

«nous nous sommes rencontrés pour la première fois la veille»

L’eau est glacée, ténébreuse Photo © Loch gu loch
L’eau est glacée, ténébreuse
Photo © Loch gu loch

Je me retourne pour voir si Christophe me suit et je m’aperçois qu’un petit écart s’est creusé. Je ralentis un peu pour ajuster ma vitesse. Il faut dire que nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour nous entraîner ensemble. En fait, nous nous sommes rencontrés pour la première fois la veille ! Son partenaire pour cette course ne pouvait plus venir, et les organisateurs nous ont mis en contact. Deux rencontres virtuelles par Skype nous ont permis d’évaluer que nous étions probablement compatibles, lui allant plus rapide en course à pied et moi en natation.
La première section de natation fait 2km et la navigation est un peu difficile car il fait encore un peu sombre et la forêt ne fournit pas beaucoup de repères, mais nous arrivons enfin pour attaquer une portion toute en montée qui va nous amener sur le plateau surplombant la côte Est du Loch Ness. Nos prédictions sont confirmées quand Christophe s’envole et je suis obligé de lui demander de ralentir. Nous progressons sur ces 9 km quasiment tout en monté sur des chemins forestiers et sentiers en forêt épaisse, avant de passer aux chemins agricoles et aux routes longeant des fermes et leur champs attenant.

« aucun signe nous indiquant de partir à droite ou à gauche »

La progression difficile entre tourbières et bruyère en fleur Photo © Loch gu loch
La progression difficile entre tourbières et bruyère en fleur
Photo © Loch gu loch

Nous nous sommes réchauffés et le rythme est bon. Le Loch Duntelchaig nous accueille pour une et déjà une autre natation de 1.2 km nous attend. Juste de quoi nous rafraîchir ! A la sortie de l’eau nous trouvons notre premier ravito. Fruits secs, barres de céréales, tout ce qu’il faut. Nous repartons rapidement pour du hors-piste entre tourbières et bruyère en fleur. La progression est plus difficile, mais les paysages superbes. Les Lochs et les kilomètres s’enchaînent, variant le terrain, même si certaines portions de routes droites face au vent sont un peu lassantes. Un virage à droite nous envoi à nouveaux dans la forêt sur une route forestière roulante. Nous rattrapons doucement une autre équipe, mais à un embranchement nous ne voyons aucun signe nous indiquant de partir à droite ou à gauche. Jusqu’à présent nous avons suivi sans trop de difficulté les signes placés par l’organisation qui nous avait dit que si nous suivions une route évidente, il n’y aurait pas de signe, seulement lors des changements de direction. Nous ne nous étions donc pas inquiétés de ne rien voir depuis un moment.

« soudain au loin une cornemuse »

La cornemuse comme point de ralliement Photo © Loch gu loch
La cornemuse comme point de ralliement
Photo © Loch gu loch

Nous hésitons, et quatre autres équipes nous rejoignent. Il est temps de sortir la carte. Sur 5 équipes une seule a utilisé une pochette réellement étanche. Leçon à retenir… Nous estimons où nous sommes et nous voilà partis en groupe taillant notre route en pleine nature, la progression est difficile. Nous arrivons enfin au-dessus du Loch Tarff et son chapelet d’îlots. Nous hésitons encore un peu, et soudain au loin nous entendons une cornemuse. Là on comprend son utilité en Écosse !
Nous voilà repartis dans les tourbières et finalement nous rejoignons le chemin que nous avons raté. Environ 2 km rajoutés et une demi-heure de perdu. Petit ravito, une succession rapide d’îlots et de natations très courtes, et nous quittons ce dernier Loch d’altitude. Nous crapahutons pour enfin surplomber le Loch Ness. Les paysages sont sauvages et superbes. La descente est technique et je commence à être fatigué. Enfin nous rejoignons les rives sud-est du Loch Ness que nous traversons à nouveau pour une dernière natation de 1 km. La fin est proche. Finalement après 9h13 de course nous arrivons à l’abbaye de Fort Augustus.
Nous apprenons plus tard que le binôme de tête s’est perdu dans la descente finale, laissant le local de l’étape Graeme Stuart et la Hollandaise Bonnie van Wilgenburg gagner au scratch et en équipe mixte dans un temps remarquable de 7h34. Andre Hook et Burkhard Brosius gagnent en catégorie hommes, et Rosemary Byde et Isobel Joiner s’imposent en catégorie dames.

« Les lochs écossais gelés, révèlent une atmosphère des Highlands unique »

Johanna et Anders Wallensten, heureux de finir Photo © Loch gu loch
Johanna et Anders Wallensten, heureux de finir
Photo © Loch gu loch

La première édition du Loch gu loch 2015 a tenu ses promesses. Les lochs écossais gelés, noirs combinés aux paysages superbes révèlent une atmosphère des Highlands unique. Certains détails comme les cornemuses ou le ferry du matin qui nous a emmenés en groupe au départ sont sans équivalent. Plusieurs équipes se sont perdues, mais la majorité ont suivi le bon chemin ; il était donc possible de le faire, et peut-être nous aurions dû faire un peu plus attention. Certaines portions de route sont un petit peu longues et les organisateurs changeront probablement cet aspect. Le dernier kilomètre de natation peut faire la différence en cas d’arrivée serrée, et dans ce cas les nageurs peuvent avoir un avantage. A noter que l’édition 2016 change de date et aura lieu en Mai.

Logistique :

Le Loch Ness est situé au Sud d’Inverness, l’ancienne capitale des highlands. Deux options sont possibles. Atterrir à Inverness, ou aller directement à Edinburgh et louer une voiture pour faire les 250 km restant. Une bonne occasion de voir les paysages. Il vaut mieux loger au sud du lac, près de l’arrivée car les concurrents sont amenés le matin au départ qui se situe environ au milieu du loch Ness par ferry. Il règne une très bonne ambiance sur ce bateau, même si certains ont parfois le regard un peu tendu.
François-Xavier Li