J’irai swimrunner chez vous – Bendor Port d’Alon

Le sixième opus de #jiraiswimrunnerchezvous se déroule de nouveau en Provence-Alpes-Côte d’Azur fin octobre 2021. Cette fois ci, mes pérégrinations ont lieu dans le département au nom éponyme du fleuve côtier: le var. Je suis accueilli par Xavier Gaillard de la communauté des swimrunners de Toulon. Hyperactif sur le groupe Facebook, Xavier ne se contente pas de surfer sur ses racines toulonnaise. Il écume volontiers les côtes de Port d’Alon à la Presqu’île de Giens en passant par le lac de Serre-Ponçon (Verdon).

Xavier

« Attends, mais attends » me jette Xavier, c’est la phrase qu’il me répète à chaque fois que je laisse éclater mon onomatopée surprise « Wow! ». Laissant entendre qu’il me faut préserver mon potentiel de fracture de la rétine, Xavier s’amuse sans doute des étoiles qui font briller mes yeux en regard de la beauté fugace, rare de l’instant et du lieu. Là je n’attends plus, la jauge est au maximum. Je coule une bielle, non dans le cylindre mais dans cette grotte à l’abri des regards des plaisanciers ou des promeneurs. Seuls des pêcheurs croisés génétiquement avec des varappeurs pouvaient espérer atteindre ce joyau larvé.

Seuls des pêcheurs croisés génétiquement avec des varappeurs pouvaient espérer atteindre ce joyau larvé.

Je reste médusé, incrédule devant les couleurs qui valsent sous la lumière diffuse d’un ciel ombreux à ce moment. Enchâssé dans la falaise, ce spa naturel aux parois arc en ciel, communique avec la mer. Xavier, nonchalamment me désigne le siphon, obscur et intimidant, à explorer pour accéder à l’eau libre. Les mots de Thoreau résonnent dans mon esprit alors « Tu dois vivre dans le présent, te lancer au-devant de chaque vague, trouver ton éternité à chaque instant. »

Stop aux citations philosophiques un peu ténébreuses en début d’article, rembobinons la pellicule varoise…C’est de la corniche Bonaparte, jour de marché, que nous nous revêtons notre peau additionnelle de néoprène. La température de l’eau est clémente 20°C, la mer, aux doux plis dans l’anse de Renécros, réverbère un vert indigo. Le ciel lapis, se laisse petit à petit grignoter par un troupeau à haute altitude de sirus indisciplinés. En face, toute proche l’ile de Bendor, la plus petite des îles Ricard, attendra patiemment notre retour.

La haute turbidité de l’eau méditerranéenne est un filon en or bleu, un trésor pour la découverte d’un monde sous marin avec ses jeux de lumière, sa faune et sa végétation marine. Les bancs de poissons s’arment de précautions parmis les touffes de posidonies, tandis que les étoiles de mer arborent fièrement leur abonnement à Orange. Xavier, comme moi, a délaissé les plaquettes. Accessoire, certe utile pour gagner en vitesse de nage, cependant un peu moins pour mon épaule gauche en délicatesse depuis plusieurs semaines.

Mon acolyte, fend l’eau bien plus vite que moi. Sur terre, le bougre aussi va plus vite que moi qui suis en mode pointillé: pause photo – fractionné. L’excuse de ma prétendue lenteur de photographe ne vaut pas un kopek car il a pris aussi sa Gopro ! Le premier kilomètre longe la côte urbaine de Bandol sur un sentier littoral étroit et fort agréable. Cette bande de nature minimaliste préservée est très appréciable. Nous passons la pointe Encanet et la presqu’ile de Capelan avec une vigueur de jeunes loups aux dents longues.

À la sortie d’une natation, nous je sors dans une marina bordée…d’une barre d’immeuble digne des années 60 ! L’oeuvre de Jean Dubuisson l’architecte, réalisée entre 1969 et 1973, aux formes horizontales n’est plus qu’une incongruité, ou un musée, c’est selon. Mais diantre que j’adore ces lignes de fuites pures qui dénotent face aux courbes fractales de dame nature.

La résidence Athéna construite en 1969 par Jean Dubuisson

La plage des Engraviers marque l’écotone. Nous quittons sans regret l’habitat des humains. Xavier et moi lézardons désormais entre sentier littoral et trajectoires aquatiques. La jonction des deux mondes est assurée de main de maitre par Xavier à force de reconnaissances, d’exploration. On rentre un peu dans l’esprit du concepteur lorsque l’on parcourt une trace. Il y a une logique, il y a une part de risque, il y a une part de beauté, il y a un rythme. Je suis séduit par les choix de Xavier, je m’y sens bien.

Le sentier littoral varois diffère peu de mes sentiers de randonnée des calanques. Certes les roches sont plus carminées, et les falaises moins imposantes. Cependant la technicité des sorties d’eau, la découpe de la côte témoignent d’une âpreté à ne pas prendre à la légère. La galère ou sous marin, ce promontoire assez célèbre est notre pont d’envol. Combien d’autres en ont fait leur rocher fétiche, lieu de saut, de fêtes païennes, d’amourettes estivales ?

Aujourd’hui aller dans la nature, c’est injecter une puissante déconnexion instantanée dans notre univers moderne hanté par les notifications digitales

Le ciel se couvre tandis que les portions terre mer s’enchainent à merveille dans l’écrin de Port d’Alon. Nul besoin de mots, Xavier voit bien que je suis fasciné par le charme sous et sur terre. « Attends, mais attends » me répète t-il à l’envie. Je ne sais pas vraiment ce que je dois attendre. Tout est oeuvre d’art autour de moi: la courbure harmonieuse d’un tronc de pin se mariant avec les roches rouges, une mer devenue émeraude sous un ciel voilé. Les fonds marins demeurent visibles, à peine une dizaine de mètres je dirais, fourmillent de roches formant parfois de véritables petits canyons dans lesquels évoluent quelques poissons indolents. Je m’arrête souvent. Je suis à mille lieux d’une vie moderne parasitée d’informations invasives. Aujourd’hui aller dans la nature, c’est injecter une puissante déconnexion instantanée dans notre univers hanté par les notifications digitales, nudges à dopamines et déversoir à commentaires ad nauseam.

Xavier découvre une murène, lovée dans une anfractuosité. C’est la première fois que j’en vois une lors d’un swimrun. Il m’avoue que parfois il voit des dauphins du coté de l’ile de Bendor. J’en suis jaloux, mais l’effet waouh est toujours là, le « Attends, mais attends » aussi…

La sortie d’eau en falaise n’est pas facile, une trouée se détache de son flanc. Intrigué, je suis mon guide varois dans cet enchevêtrement de roches à la Dante. Là, git l’entrée d’une grotte semi immergée, un joyau que Xavier connait depuis l’enfance lorsqu’il désescaladait cette paroi verticale. Je doute que les jeunes parents de notre ère fassent suffisamment confiance dans leurs rejetons pour suivre les traces du Xavier minot de l’époque.

J’ai compris sur le coup que « Attends, mais attends » signifiait: Attends, mes À temps. Oui c’était juste À temps, ou le temps juste : « Tu dois vivre dans le présent, te lancer au-devant de chaque vague, trouver ton éternité à chaque instant. »

Merci Xavier.

épilogue: Le lendemain, Xavier m’invite avec Patrick à une sortie intense et joueuse à Portissol, Sanary au milieu des vagues. Du contemplatif au surfeur, la palette des swimruns varois m’est apparue très belle et étonnante. À votre tour d’explorer, à votre tour de jouer, de déconnecter, pour cela vous avez de bonnes adresses désormais.

IG👉: @xav.gaillard
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