Valse à quatre mains au Swimrun Côte d’Azur

Ophélie et Julien Valette, organisateurs du Swimrun Sang pour Sang Vassivière  nous racontent leur participation au Swimrun Côte d’Azur. Ils ont accepté le challenge que nous leur avons proposé : écrire séparément leurs comptes rendus et nous confier leurs perceptions indépendantes des hauts et des bas de leur aventure commune. Voici leur jolie valse à quatre mains. Photos ©Akuna Matata

Ophélie
J’ai participé aujourd’hui, pour ma première fois en compétition au swimrun Côte d’Azur en équipe mixte accompagnée de mon mari Julien. Nous courons sous le nom d’équipe Team Sang pour Sang Sport, l’association dans laquelle nous sommes depuis 2 ans. Cette dernière organise des événements sportifs dans la région Rhône Alpes dont les bénéfices sont investis pour l’amélioration du quotidien des enfants et des jeunes adultes atteints du lymphome : trail blanc de nuit, trail de nuit, course sur route ou encore course VTT.

Nous sommes arrivés la veille de la compétition, ce qui je pense était idéal. Plutôt que de faire la route le matin et de sentir la fatigue sur la fin de l’épreuve, nous étions frais et disponibles pour entamer cette journée. Un petit déjeuner plus copieux que pour mes précédentes compétitions (10km, cross, trail court). Je suis les directives de julien : « il faut tenir les 23 bornes sans coup de mou, et la natation c’est plus « caloriphage » » .

Julien
30465488092_a8d4c35f63_zLe dimanche matin, nous nous levons à 6h45 c’est tôt mais moins tôt que les 4h de la semaine précédente pour la Gravity Race ! Nous mangeons tranquillement puis nous nous rendons sur le lieu de départ à moins d’un kilomètre de notre hôtel. Je sens Ophélie un peu stressée, ça fait plusieurs jours qu’elle me dit qu’elle n’a pas pu beaucoup s’entraîner ces 5 derniers jours. Afin de la rassurer et pour tester la corde élastique achetée une semaine plus tôt et jamais testée en condition réelle nous nous jetons à l’eau. La corde m’apporte autant de satisfaction que sur la Gravity Race, j’ai l’impression qu’avec ça on va bien assurer dans sur les parties aquatiques !

Ophélie
Je suis un peu stressée mais Julien me rassure, « c’est une course pour se faire plaisir et pour que tu découvres » . On n’a pas le même niveau mais on se connait bien et ça sera notre point fort sur la course.

Julien
Photo de binôme au départ, rapide briefing et hop tous au départ ! La première course à pied fait 850 mètres, c’est très court et nous savons que nous allons tous nous retrouver en même temps dans l’eau. Nous avions préalablement établi que nous ne nous attacherions pas sur la première natation. Cependant pour bien échauffer les épaules nous nous sommes mis d’accord sur le fait que je nagerai fort sur cette première natation puis que je l’attendrai avant de partir pour la seconde course à pied.

30283037790_c51feca05d_zOphélie
Le départ est donné et c’est parti pour 850m de course à pied. On fait partie des premiers binômes mixtes, ça me surprend mais je suis à l’aise. La première natation à l’horizon, on décide de ne pas s’attacher car nous sommes encore nombreux dans l’eau et il ne faudrait pas gêner tout le monde. C’est parti pour 5min de stress ! Avec pour seule expérience l’entraînement au swimrun tous les week-end depuis 4 mois en lac et aucun triathlon à mon actif, je rentre dans l’eau essoufflée. J’ai nagé en mer pour la première fois, pendant un mois, cet été dans des conditions très clémente. Je suis donc surprise par les vagues qui se cassent sur moi et les autres athlètes. Eux, ils arrivent à passer au-dessus, mais moi je n’arrive pas à poser ma nage… Je brasse jusqu’à la bouée pour retrouver mon souffle, et je me dis que Julien va m’attendre, chopper déjà froid, ça m’embête… J’essaye de pas me décourager mais ça double dans tous les sens. Le soutient de certains athlètes me remet d’aplomb, et une fois la bouée passée je pose enfin ma nage. Je vois Julien au loin déjà hors de l’eau j’essaye donc de garder un bon rythme. Je sors et on regrette de pas s’être attaché. Nous sommes à ce moment-là dans le bon dernier tiers des athlètes et je m’en veux terriblement pour Julien.

Julien
29948641853_74f6e3013e_zPremière natation je pars fort, je remonte beaucoup de monde et je sors en tête du deuxième pack, tout va bien les épaules sont bien chaudes et la corde complètement autour de ma taille n’a pas bougée. Je me poste donc à droite de la sortie d’eau comme convenu avec Ophé pour l’attendre. Je sais que je nage plus vite et sur ces 360m je dois lui mettre au moins 2/3 minutes. Sauf qu’au bout d’un moment je commence à m’inquiéter et j’espère qu’il ne lui est rien arrivé, certes il y a un peu de vague mais rien de bien méchant. Au bout de 5/6 minutes j’aperçois Ophé qui sort de l’eau, je ressens alors un mélange de soulagement et de déception. On était venu pour performer et là on se retrouve dans les 20 derniers binômes …

Ophélie
C’est parti pour le 2ème run ! On a un bon rythme et on remonte 3-4 binômes. On entame notre première transition mais on ne s’attache pas encore très rapidement, ça va venir 😉 . Julien me motive et la natation se passe hyper bien. J’essaye comme je peux de suivre le rythme pour ne pas trop le fatiguer mais ça bouge encore pas mal et mes mouvements de nage sont moins efficaces que lui. Je m’habitue à l’élastique, j’essaye au mieux d’anticiper les changements de direction et d’éviter les plaquettes des binômes que l’on dépasse. Nous en passons 7 d’après Julien. Je ne peux pas confirmer ce chiffre car je ne vois que le fond et les poissons !

Julien
30283046410_04fbfc6d22_zLa course à pied s’enchaîne bien, on reprend du monde, nous sautons pour la 3ème natation et là c’est le drame, les 2 élastiques avant de mes plaquettes sortent des trous, je passe une minute dans l’eau sans avoir pied à remettre ces ***** de deux élastiques. Pendant ce temps un groupe de 5 binômes que nous avions passé sur la natation précédente nous laisse sur place. Je suis furieux contre moi-même, par négligence je n’ai pas vérifié mon matos avant de me jeter dans la flotte. Je viens de faire perdre 1 min à mon équipe et tous les efforts fournis sur la nage précédente n’ont servis à rien … Je suis frustré, dégoutté alors je me venge sur l’eau et mes épaules en appuyant comme un malade sur les plaquettes nous arrivons à sortir de l’eau avant le groupe de 5 binômes.

Ophélie
Nous sautons attachés dans l’eau pour le 3ème swim mais un soucis technique nous ralenti. Les élastiques des 2 plaquettes de Julien se décrochent et il s’en rend compte malheureusement qu’une fois dans l’eau. Je le sens frustré, et moi impuissante, durant la minute que nous passons dans l’eau à les réparer, de plus nous sommes doublés par 2-3 binômes. Et c’est reparti ! Aiie, la saleté de méduse n’a pas loupé ma cuisse, ça non plus il n’y en a pas en lac ! Julien nage fort pour rattraper notre retard et moi je sens de plus en plus à l’aise dans l’eau malgré les bonnes vagues sur cette natation.

Julien
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Jusqu’à la mi-course nous nous détachons systématiquement pour courir, nous courons sur le chemin des douaniers qui est rendu un petit peu glissant par la pluie. Rien de bien méchant nous venons tous les 2 d’investir dans des inov8 et les appuis sont excellents mais Ophélie à peur et n’arrive pas à se libérer … Cependant nos transitions sont de plus en plus fluides et sur chaque natation nous reprenons du monde.

Nous jouons à « attrape moi si tu peux » avec les binômes mixtes 68 et 02 constitués de Kate qui sortait d’Hawaii et de Nicolas avec qui nous avions beaucoup partagé la veille et le matin !

29948718733_1fbc826aa9_zOphélie
Arrivée au deuxième ravito solide, moi qui ne mange jamais sur les ravitos de trail ou course sur route, j’apprécie de pouvoir manger quelques bouts de bananes pour me re-sucrer. Les verres d’eau sont aussi les bienvenus car l’eau salé me sèche. On continue notre aventure ensemble de plus en plus coordonnés dans les transitions. On décide de ne plus se détacher car les quelques côtes sur le tracé me ralentissent. L’élastique ne fait pas tout, mais psychologiquement ça aide beaucoup.

30465620512_41d4bf63b1_zJulien
Nous arrivons sur l’avant-dernière course à pied (4 200m) et un bénévole nous signale que 2 binômes mixtes se situent environ 45 secondes devant nous. Malheureusement nous ne les apercevrons jamais même dans de grandes lignes droites. Les 4 200m se finissent sans encombre, on a bien envoyé sur le course à pied je suis vraiment heureux de la tournure que prend la course surtout que nous attaquons la dernière natation notre point fort → 400m pour revenir sur les deux binômes mixtes dont on nous a parlé au début de la dernière course à pied, j’y crois ! Première bouée à prendre main gauche, et là nous nous retrouvons face à l’océan, des bonnes vagues j’adore et j’espère qu’Ophé ne va pas paniquer comme sur sa première nat malgré l’élastique. L’excitation laisse vite place à la fatigue musculaire, nous progressons difficilement et dépassons un binôme H/H (raté les mixtes se sont échappés :-P). Quel soulagement de toucher terre, j’ai les épaules en fusion de m’être battu dans les vagues avec la corde.

Ophélie
30494510411_0742f4cc9c_zL’avant dernière natation se passent toujours aussi bien, je suis enfin à l’aise et je pousse autant que je peux pour soulager Julien. On sort de l’eau pour entamer le 4200m de course à pied. Les jambes sont lourdes et Julien continue à me motiver. Le parcours casse un peu les jambes. Le ravito solide au milieu de la portion est un soulagement. Julien me dit : « Tu mangeras en marchant dans les escaliers, on ne perd pas de temps » ça fait beaucoup rire les bénévoles. Moi je m’y plie, je ne veux pas le décevoir et puis il ne reste qu’une portion de natation et une de course. Il faut tout donner maintenant.

On arrive à la dernière natation. Les vagues et le courant sont puissants. Je ne peux pas aider Julien, j’ai l’impression qu’on avance pas et l’élastique n’est pas tendu. On progresse comme on peut face aux éléments. Je relève souvent la tête pour corriger ma direction malgré la corde. On est parti trop serré sur le bord. Je me fais peur plusieurs fois dans le creux des vagues en touchant et tapant les rochers contre mon bassin mais pas de «bobo ». La sortie d’eau ne peut se faire sans l’aide des bénévoles, qui nous encourage pour la dernière portion de course.

Julien
30546132226_27f58a9e3f_zDernière course à pied il reste 1 500m je motive Ophélie et la tire autant que je peux mais dans la dernière ligne droite de 400m je ne vois aucun binôme, nous finissons donc pour l’honneur sur un très bon rythme puis marchons tranquillement sur le tapis bleu jusqu’à l’arche d’arrivée ! Le chrono affiche 3h20 pour un objectif préalablement fixé entre 3h30 et 4h malgré nos mésaventures du début de course, contrat rempli !

Ophélie
Je donne tout ce que je peux sur ce dernier kilomètre. Les jambes me piquent mais je veux finir en beauté. Julien fait le lièvre pour moi, m’encourage et je me dépasse. La finish line est là ! Le speaker annonce la team « sang pour sang sport » et le chrono affiche 3h20’30. On fait la photo finish pour immortaliser l’émotion partagée d’avoir fini ensemble cette épreuve.

Julien
En définitive j’ai pris beaucoup de plaisir dans l’eau et j’ai pu profiter du paysage sur les portions course à pied. Cette première expérience en binôme mixte s’est plutôt bien déroulée… L’année prochaine je vais m’aligner sur pas mal de swimrun mais plus en H que mixte c’est plus facile pour se repérer dans la course et je pense qu’en tant que compétiteur je prendrai encore plus de plaisir. De plus nous auront un niveau plus homogène avec mon binôme même s’il faudra surement qu’il me tire à pied  !

Ophélie
14915294_10211526185453442_1522212429617137679_nC’est un mélange d’émotion contradictoire qui m’envahis en cette fin d’épreuve. La reconnaissance infinie pour mon partenaire qui m’a poussé au sens propre comme au figuré tout au long de cette épreuve. Je regrette ma première natation et me promet de m’entraîner davantage en mer quand j’en aurai l’occasion. Une joie et une fierté d’avoir fini cette superbe épreuve dans des temps bien en dessous de mes objectifs. Malgré tout une impression que l’effort donné n’était pas tout à fait le mien, que la performance n’est pas la mienne. C’est là que le concept du swimrun prend tout son sens. Partager, se dépasser et performer là où seule l’exploit n’aurait pas été possible. Et tout ça, au milieu de paysages extraordinaires.

Merci Ophélie et Julien d’avoir joué le jeu et de nous avoir fait partager avec simplicité et sincérité votre vécu et sensations. Vous pouvez retrouver une vidéo de la course signée Akuna Matata

Swimrun Tahiti

tahiti-swimrun-carte-aitoPremier swimrun en Polynésie, le « Swimrun Tahiti » aura lieu le 20 Novembre 2016, il est encore temps de vous inscrire! Deux distances sont proposées, un ‘Aito’ (guerrier en tahitien) avec 8 km de course à pied et 1,8 de natation et un « découverte » avec 1 km de natation et 4 de course à pied. Partant de la pointe Vénus au nord de Papeete la course rejoint la plage de Lafayette (Arue) – Papava au sud. Détails d’inscription sur le site du Cercle des Nageurs de Polynésie. Fa’atoito !

1000 Lakes 2016, une édition pour guerriers

ÖTILLÖ 1000 Lakes - 2016. Foto: JakobEdholm.com
Eau a 10deg… © jakobedholm

La première édition du swimrun des 1000 Lakes a eu lieu Dimanche 23 Octobre. La dernière addition du circuit ÖtillÖ et manche qualificative pour le championnat du monde en Septembre se déroule au nord-est de l’Allemagne dans une région de forêts riche d’une multitude de lacs. La course part de Wessenberg et se dirige vers le sud en passant par 11 lacs et 10km de natation pour rejoindre Rheinsberg après un périple de 43km.

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© OtillO

La météo n’a pas été clément cette année et les 150 équipes de 21 pays ont dû affronter une température de 10deg C, tant dans l’eau que dans l’air. Une légère couverture nuageuse n’a pas permis au soleil de briller et très rapidement les concurrents ont éprouvé la morsure du froid. Voyant tôt dans la course l’état de certains concurrents les organisateurs ont pris la sage décision de supprimer une natation de 1500m. Malgré cela le froid bien présent a petit à petit fait des dégâts et certains coureurs ont été incapables de continuer. Pour les plus résistants des paysages automnaux les accueillaient dans la forêt et le profile roulant sur le sol sablonneux des sous-bois permettaient de couvrir les kilomètres à bonne allure. 66% des équipes ont réussi à rejoindre l’arrivée et tous et toutes peuvent être fièr(e)s d’avoir réussi à résister au froid et finir une épreuve qui a testé aussi bien les capacités physiques que mentales.

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© OtillO

La paire Suédoise Pontus Lindberg et George Bjälkemo ont maintenu une allure soutenue tout au long de la course, réussissant à rester en tête de la course pendant la plus grande partie de la journée pour gagner en 4:42:02. « Notre stratégie était de creuser le trou en course à pied. C’était difficile car nos jambes étaient contractées par le froid, mais nous y sommes arrivés ». La première équipe mixte composée de Jasmina Glad-Schreven et Thomas Schreven ont passé la journée en tête, se battant avec les meilleurs équipes hommes. Le couple Finlandaisa fini la course second au scratch à seulement cinq minutes des premiers ! Chez les femmes Diane Sadick et Fanny Danckwardt-Lilleström se sont imposées en 5:33:45.

Un contingent d’une trentaine de courageux Français et Françaises ont bravé le parcours et les éléments, montrant une fois de plus que la France est maintenant un membre à part entière de la grande famille du Swimrun.

Retrouvez la vidéo officielle de la première édition du swimrun 1000 Lakes en Allemagne. Pas mal de Français sur cette vidéo 😉

Gravity Race: du triathlon au swimrun

Mickael Barbé nous fait partager sa course avec Sylvain Collot. Triathlètes au Groupe Triathlon Vesoul Haute Saône (GTVHS) la Gravity Race constituait leur première incursion dans le monde du swimrun. Ils n’ont pas choisi la plus facile !

Février 2016, Une banale conversation entre triathlètes à propos « d’une course de dingue qui se passerait dans un pays nordique à enchaîner natation et Course à pied d’île en île » qui me met la puce à l’oreille, une petite recherche « swimrun » sur Google et c’est parti après quelques vidéos le choix n’en est même plus un, c’est une évidence : en 2016 je me lance sur un swimrun et il se fera sans hésitations avec Sylvain mon pote de triathlon depuis nos débuts il y a 4 ans.

gravity-race-300x300Les mois passent, on y pense toujours mais on ne s’inscrit pas tout de suite sur la course de fin de saison qui nous semble la plus intéressante pour nous : Annecy, son lac superbe, ses paysages magiques et sa GRAVITY RACE !

Mai/Juin, grosse déception le jour où on prend enfin le temps de s’inscrire : course complète ! Sans grands espoirs on s’inscrit sur liste d’attente (21eme sur cette liste, on n’y croit pas franchement). Deux semaines plus tard un mail de la part de la Gravy’team : c’est l’hécatombe parmi les inscrits, il y aura une place pour nous, on fonce !

Six kilomètres de natation tout habillé, 35 km à pied et 2100m de D+ ça nous fait pas vraiment peur, on est de haute Saône alors on se rend pas vraiment compte du dénivelé, ça viendra…

En parallèle de la saison de triathlon on commence à s’équiper pour du swimrun : chaussures de trail, pull buoy customisé pour tenir à la cuisse, ceintures, maillons de chaînes en plastique, mousquetons, corde élastique, ça sort d’un magasin de bricolage, tant mieux c’est pas cher et c’est franchement efficace !

Les premiers entraînements encordés sont laborieux …

Les premiers entraînements encordés sont laborieux, les kilomètres dans l’eau en plaquettes s’enchaînent (les épaules n’aiment pas) , on court en bonnet de bain, lunettes et chaussures trempées (les promeneurs nous regardent bizarrement…) au début sur du plat.

Août, moins de triathlons dans le coin donc on intensifie les rdv swimrun avec Sylvain et on se décide a aller faire un peu de dénivelé et là la claque : nos plus gros entraînements font 16/20km a pied mais au mieux même en faisant 2 fois toutes les grimpettes se trouvant sur notre chemin on se rend compte qu’on fait seulement 4 ou 500m de D+ au maximum… le verdict est là : on ne sera pas prêt pour la montagne annecienne ! Mais on n’imagine pas encore a quel point…

nageSeptembre, la météo est toujours de notre côté mais on anticipe l’arrivée de l’automne, on casse la tirelire et on s’équipe en combinaison spéciale Swimrun : Orca Core pour Sylvain (Sympa avec ses manches amovibles) et Orca RS1 pour moi (un peu plus confortable et super pratique avec ses deux zips avant/arrière). On teste tout ça, c’est concluant, vivement la course !

Octobre : les températures chutent brutalement, on voit les jours qui passent et on pleure, notre petit lac devient glacial, une dernière natation dedans 5jours avant la course nous fera craindre le pire pour le jour J avec des sensations horribles de mal de crane et l’impossibilité de courir après seulement 15 minutes passées dans une eau à 12/13 degrés… on flippe, on est définitivement pas prêts pour le froid, on espère que la taille du lac d’Annecy lui permettra de baisser moins vite en température.

Sylvain a un début d’angine mais il se connaît …

14 Octobre, ça y est presque, on termine consciencieusement nos dernières heures de boulot (avec la tête un peu ailleurs quand même), on « prête » les enfants aux grands parents pour le weekend, on embarque nos courageuses femmes qui nous suivent depuis le début un peu partout et c’est parti, un Vesoul/Thones avec une traversée laborieuse de la suisse nous permettra d’avoir juste le temps d’avaler un premier plat savoyard (l’un fera plus le « job » que l’autre côté assiette mais se rattrapera franchement après course) avant d’aller se coucher. Sylvain a un début d’angine mais il se connaît : demain pour la course ça ira, dimanche par contre il devrait en chier… je lui fais confiance.

14717129_2125428057683066_2530636875815321365_n15 Octobre, on y est, de mon côté le réveil est serein, bien mieux qu’avant un triathlon, moins de stress, pas d’objectif, avec toutes les inconnues je veux juste finir la course et prendre du plaisir. Sylvain s‘est planté, l’angine est bien présente mais le mental est bon, il est plus confiant que moi et me parle déjà depuis quelques jours d’un objectif de chrono et de classement, je n’y croit pas, il pense que je nous sous-estime, c’est souvent vrai mais cette fois ci je suis sûr de moi on n’est pas prêts…

Un petit saut en voiture et nous voilà parmi les premiers sur le site à 6h30, retrait des dossards, « 93 représenté !! » on rigole mais on a froid sous 9 degrés, pourtant on regrette les plans initiaux qui prévoyaient un départ de nuit pour la première natation et une première course à pied à la frontale, ça aurait rajouté un peu de piquant !

Je ne suis pas serein sur notre volume d’eau emporté avec nous : 250ml chacun dans une soft flasque glissée dans la combi, moi qui suis un gros buveur… mais bon pas le choix, nager avec un camelback avait été horrible pendant l’un de nos entraînements, tant pis il faudra courir plus vite pour reboire l’eau du lac plus régulièrement !!

Un dernier bisou aux copines qui nous traitent encore de « cinglés »

7h30 Briefing, un dernier bisou aux copines qui nous traitent encore de « cinglés » et on avance vers le lac dans un jour qui tarde a se lever vraiment, c’est nuageux mais la journée devrait être belle, parfaite pour un swimrun. Je regarde autour de moi, notre équipement pour des novices n’est pas ridicule mais on voit de tout : des doubles pullboy, des chaussures fixées sur une planche (pour ne pas les mouiller ??? sur le coup je ne suis pas convaincu !!) , petites plaquettes, grosses plaquettes, tuba, gants, cagoules, et même certains fous en simple trifonction…

14666102_2125434391015766_4337614580447262434_nJe compte prendre mon temps et partir derrière sur la première nat’ (800m) la journée promet d’être longue et je ne veux pas qu’on s’emmêle avec les autres vu qu’on nage attachés. Sylvain ne veut rien savoir et me pousse à avancer et à partir quasi en première ligne je lui fais ce plaisir. Un simple cri, la course est lancée !!

Premier soulagement, une fois la tête dans l’eau, pas de barre au niveau du crane comme lors de notre dernier entraînement à la maison, c’est frais mais ça devrait bien se passer tant qu’on n’est pas trop fatigués. Ça nage tranquille en prenant bien les extérieurs pour éviter les collisions et les coups de plaquettes/chaussures, on suit la masse parce que de toute façon on ne sait pas trop où aller, c’est assez mal indiqué avec des ballons de baudruche sur certaines bouées, c’est « champêtre » et ça nous plait. Ça passe vite, trop vite même, un coup d’œil à la Garmin a la sortie de l’eau : 9 minutes… il n’y avait pas 800m (je prie à ce moment pour qu’ils aient mesuré le dénivelé de la course comme ils ont mesuré la distance de cette natation).

On passe devant les filles, la copine de Sylvain lui crie quelque chose, je n’entends pas je suis en train de me transformer de nageur en coureur : je pivote le pull a l’extérieur de ma cuisse, plaquettes à la ceinture sur les mousquetons prévu à cet effet, un autre mousqueton pour les lunettes, les deux bonnets (oui ça caille je vous l’avais dit) glissés dans la combi, sylvain se détache et j’enroule la corde autour de ma taille, on est à peine à 50m de la plage que ça grimpe déjà…

tout le monde marche… ahah la journée va être très très longue !

29778653903_05f49fe573_z150m plus tard tout le monde marche… ahah la journée va être très très longue !

Sylvain est tout sourire, il me dit « dès que t’a repris ton souffle je te dis un truc »… curieux je me force à reprendre mon souffle et là il me lance «  on est sorti 18emes » … l’enfoiré il est resté sur ses objectifs de classement et avait demandé aux filles de compter les équipes a la sortie de l’eau. Il a vraiment bien fait de nous pousser à partir devant.

Premier km a pied : 300m de D+, on se met en mode rando rapide comme tout le monde mais la cardio est déjà bien haut, certains marchent plus vite que d’autres mais dans l’ensemble on tient notre rang… première descente 1km 200D- ça ne coure toujours pas pour nous mais on perd déjà pas mal de places, les purs traileurs sont autour de nous.
5a3a7848-875c-4d27-a605-4b4002477a48On attaque 4km de montée (650D+), au bout de 45minutes de course on a donc déjà avalé plus de dénivelé que lors de nos plus gros entraînements… on ne panique pas, ça monte plutôt bien, sylvain est juste derrière et en haut à 1200m d’altitude les jambes sont déjà bien chaudes mais la vue est magnifique, coups d’œil réguliers au lac qui a une couleur bleu/vert superbe, coup d’œil a Sylvain qui a une couleur rouge/orangée, haha tout baigne ça doit être sa combinaison fluo qui déteint !!

Ça glisse, c’est technique, ça chute un peu partout mais ça déconne bien

29778650863_ec6a3b92c5_zPremière grosse descente, ça se gâte ! Je savais Sylvain pas trop à l’aise en descente (ligaments croisés opérés il n’y a pas si longtemps, ça laisse des traces) mais je coure quand meme en espérant l’entraîner dans ma foulée. Au bout de quelques minutes je me retourne et il est déjà bien plus haut, pas mal d’équipes entre nous, un quart de seconde de frustration de les laisser passer alors qu’on était bien partis (oui à ce moment je me rends compte que je suis aussi rentré dans la course et que malgré tout j’aime les bonnes perf’, mais je balaye vite ces pensées, je ne suis pas là pour ça on doit déjà penser a aller au bout), je ralentis et je laisse sylvain revenir sur moi sans m’arrêter pour autant, il est dans mon dos, je me retourne, il grimace, c’est pas bon mais on n’en parle pas… On se fait passer de tous les côtés, ça glisse, c’est technique, ça chute un peu partout mais ça déconne bien, tant mieux c’est pour ça qu’on est venus !

aae01d18-f34f-48d8-8632-a353eb9652ebAprès 2h10 de course à pied (oui, oui, pour 11.5km, c’est pas une erreur de frappe) nous revoilà au bord de l’eau, les filles sont là ça fait du bien (le ravito au reblochon aussi d’ailleurs, les bouteilles d’eau sont fraîches et tant mieux on est vraiment à sec, on vide 1.5l à deux et on remplit nos misérables flasques), elles nous annoncent le classement : 72eme ; on grimace, c’est moche mais on s’équipe, s’attache et ça repart, la mise à l’eau se fait au même endroit qu’au départ de la course mais cette fois ci pas de boucle, on descend vers le sud du lac pour 730m de natation, l’eau fait du bien et ayant bien dégringolé au classement on est avec des équipes plus faibles en natation, ça sera la plus grosse satisfaction de cette course : on passe les binômes les uns après les autres et ça fait un bien fou ! Ces 730m me paraissent longs mais vu qu’on remonte du monde je ne m’en plains pas, les bras tournent bien, la corde n’est pas du tout tendue ça veut dire que sylvain est bien remotivé derrière moi, je le sent même régulièrement dans mes pieds, il envoie du lourd, je suis sensé être le moteur en natation alors j’en remet une couche et on reprends encore 2 équipes !

On sort de l’eau avec plus de 1000m au compteur mais un sourire jusqu’aux oreilles, on est de nouveau dans la course !

30293759902_9a7bc69c9a_zC’est parti pour la deuxième course a pied (10.5km pour 600D+) mais ça débute par 3km de plat avec un ravito au bout, la montée est moins violente que la première mais justement, la première course a pied a déjà fait son petit effet, on monte au même rythme que les voisins mais on se tape déjà un peu dedans… il commence a faire plus chaud c’est vraiment sur cette portion que l’eau me manquera. Au sommet je suis déjà a sec mais encore une fois une vue époustouflante me fera vite oublier ce détail… il faut pourtant déjà redescendre et c’est une désagréable sensation de déjà vu qui se fait sentir : les équipes qu’on a repris dans l’eau nous repassent les unes après les autres, les douleurs se précisent pour Sylvain, face externe du genou à chaque fois qu’il tends et plie la jambe, c’est pas bon, des syndromes de l’essuie-glace j’en rééduque toute la semaine au cabinet et avec la distance qu’il nous reste à parcourir je crains le pire… On arrive tant bien que mal au lac en 1h30.
Nouveau ravito, avec du saucisson cette fois ci, faut pas déconner, ils nous prennent par les sentiments, on lui met une claque en bonne et due forme et on repart pour 1000m dans l’eau.

Même kiff que la précédente natation, on repasse les mêmes équipes, on commence a les reconnaître, on sourit ! Chacun son tour !!

29778651053_a3be89c611_zOn attaque une nouvelle course à pied (la dernière sur ce versant du lac) 5.6km pour 300D+ c’est de moins en moins pentu mais pourtant de plus en plus dur physiquement, on est a plus de 5h de course on est dans le dur et la descente est vraiment glissante… au dernier moment avant la course j’ai fait le pari de partir avec mes chaussures de route car mes chaussures de trail me blessaient un peu et je ne voulais pas traîner une douleur croissante toute la course, je l’aurais vraiment payé à cette endroit-là s’il avait fallu courir ! Heureusement pour moi en descente aujourd’hui nous, on marche ! Les mêmes équipes nous dépassent mais de plus en plus tard dans la descente on commence à penser à la dernonière natation, la plus longue (1700m) qui devrait nous permettre de remonter tout ce beau monde et même un peu plus.

Reblochon, saucisson, on est vraiment bien reçu à la Gravity’race !!

29783459154_4d306f6d24_zMais pour l’heure on arrive au lac, dernier ravito froid : reblochon, saucisson, coca on est vraiment bien reçu à la Gravity’race !! On nous accroche un ballon de baudruche au dossard pour éviter de se faire shooter par un bateau ou un jetski car c’est une traversée complète du lac qui nous attend. Petit plongeon d’un ponton à 2 mètres de l’eau, ça rafraîchi de plus en plus cette flotte quand même, et on est reparti pour notre chevauchée fantastique, un vrai jeu vidéo, on passe de groupe en groupe on dépasse des ballons par dizaine, je zigzag un peu mais pas le choix je sais même pas où est la sortie : elle est symbolisée par 4/5 ballons à 900m devant nous dans un renfoncement autant dire qu’avec un peu de buée dans les lunettes je n’y vois rien !!

On sort, ravito chaud mais on ne s’y arrête même pas, les filles sont de nouveau là mais sans idée de classement, les premiers sont passés depuis bien trop longtemps, je nous imagine au delà de la 80eme place… on verra bien.

Ça monte raide et ça marche toujours

f924ee9c-96fe-48ba-8bf4-d26b6195acbdDernière véritable course a pied 6km 200D+ qui attaque vraiment raide, on est seuls au monde, personne devant et on a du créer un vrai trou derrière nous pendant la natation, on fait donc attention à ne pas se tromper de parcours symbolisé par de la rubalise par-ci par-là avec la fatigue un loupé est vite arrivé ! Ça monte raide et ça marche toujours, au final on aura vraiment couru moins de 10km sur les 35km… dur dur ! La descente est technique au début, je paye ma glissade sur le cul avec réception sur les plaquettes (à plat heureusement !!), pas de bobo ça repars et ça devient de plus en plus roulant on se permet même une folie : on trottine ! Mais c’est irrémédiable : du bruit derrière nous et on retrouve les mêmes équipes qui nous dépassent, les mêmes gars, la même équipe mixte (la femme loin devant son équipier qui criait régulièrement « ça va Thierry ??? » mon pauvre Thierry fallait t’accrocher !!).

Et puis d’un coup une nouvelle équipe qui nous passe et nous gratifie au passage en me regardant d’un : « ah bah tiens ça doit être à toi la plaquette par terre la bas à 500m derrière nous… » !

30113300630_58872bbac9_zAhhhh j’ai la rage j’ai en effet plus qu’une plaque, moi qui misait beaucoup sur la dernière natation… je me retiens de leur faire remarquer qu’ils auraient pu avoir la gentillesse de la ramasser pour la rendre plus loin aux organisateurs mais bon ils ont dû passer vite à coté, avec la fatigue les bons réflexes ne sont pas toujours au rdv, on fait le pari avec Sylvain qu’une autre équipe plus sympa nous dépassera et nous rendra la plaquette donc on ne fait pas demi-tour, de toute façon on n’en peut plus, 1km de plus nous semble le bout du monde. On nous dépasse encore mais sans la plaquette…

Sylvain me voit dépité et me propose de me laisser ses plaques pour la nage, de toute façon il semble sec, je vais devoir tirer fort sur la corde… j’accepte car j’ai bien en tête le numéro de dossard de l’équipe qui a vu la plaque au sol sans la ramasser, c’est de bonne guerre on va essayer de mettre un point d’honneur de finir devant eux.

Une longue ligne droite, du plat, ça coure mais pas très vite on ne reprends personne… on arrive a l’eau et là c’est plus le même monde : autant l’autre rive était d’un calme plat autant de ce côté il y a une sacrée houle, je vais boire la tasse en essayant de m’orienter, mais elle a vraiment un bon gout cette eau donc ça me va !

30297394492_6716f097f0_zCette dernière natation est moins tranchante que les autres, on reprend du monde mais les écarts semblent fait, les équipes me paraissent de plus en plus loin à aller chercher et pourtant on passe petit à petit 3-4-6-8- 10 équipes, sûrement même plus car avec cette houle chacun essaye de prendre une trajectoire différente et j’aperçois parfois des bras loin sur notre droite alors que nous essayons de rester proche de la rive gauche. Là encore aucune indication, on est dans l’eau depuis plus de 30minutes et toujours aucun visuel sur une éventuelle sortie d’eau, les bras sont durs, les jambes totalement inertes, la corde de plus en plus tendue, le pauvre Sylvain avec une seule plaque doit avoir un bras en feu et plus aucune équipe à l’horizon a qui s’accrocher… 8minutes plus tard la délivrance, un ponton, des ballons et une dernière équipe en point de mire à aller chercher, j’accélère et on sort en même temps de l’eau, il reste 1km à parcourir à plat et avec du public ça fait du bien !
30414057685_09079749a5_zOn essaye de s’accrocher à ses deux gars qu’on avait pas vu de la course, c’est un signe, on a du remonter vraiment du monde dans cette dernière natation mais ils sont trop rapides, l’un semble à l’agonie mais son équipier le pousse bien plus fort que j’arrive à tirer un Sylvain toujours pendu au bout de ma corde les dents serrées, presque sur une jambe et avec une gorge dans un état que je n’ose pas imaginer (vous vous souvenez de l’angine… et bien elle est toujours là) !

Ils nous mettrons finalement presque 1minute sur ce dernier kilomètre.

1 minute qui nous aurait permis de passer sous les 8h de course.

Mais l’objectif n’était pas là et il est absolument rempli : du plaisir tout le long avec un coéquipier au mental de dingue, une super journée et puis pour l’anecdote, les non ramasseurs de plaquettes auront pris 25minutes dans l’eau sur la dernière portion, c’est toujours une satisfaction perso de plus  !!

Une vraie course d’exception qui était visiblement la première d’une longue série pour nous !

 

Gravity Race 2016

Emmanuel Charpentier nous fait partager sa course avec Yves Louis sur la Gravity Race à Annecy (5 km natation + 34,5 km course à pied avec 2100m+ de dénivelé).

Après 20 ans d’athlé (piste, cross) et 10 ans de triathlon (tout format), j’avais envie de courses plus authentiques et nature, en lien avec mon profile plutôt coureur nageur, j’ai donc décidé en 2015 de tenter l’aventure SR avec le Troll Enez Morbihan … ce fut le « coup de foudre ». D’où une nouvelle aventure en swimrun.

Rendez vous vendredi à Annecy avec Yves Louis, trailer expérimenté et triathlète depuis 2 ans (13h15 à Embrun en 2015) de Besançon. Il pleut, on a du mal à croire que le grand soleil est annoncé pour le lendemain. On va tester la natation encordés pour décider ou pas de le faire en course. Apres un petit essai, décision est prise de nager encordés. Mais on découvre aussi que l’eau n’est pas chaude (14 à 15°,  baisse de 5°  en 15 jours).

départ triathlon, à 300, en plaquettes, pull, chaussures …
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Samedi matin, briefing à 7h30, 300 swimrunners sont là à Veyrier du lac prêts à en découdre. Briefing très succinct juste pour expliquer la première natation, personne ne comprend rien mais c’est pas grâve(ity).
La particularité de cette course est de commencer par 800m de natation. Normalement, on commence par la course à pied pour étaler le peloton. Ce sera donc départ triathlon, à 300, en plaquettes, pull, chaussures … ça va saigner. Mauvais départ, coincé, je ne m’affole pas et je ne veux pas prendre de coup, donc je nage tranquille, je suis la masse. De toute façon, comme je ne sais pas où il faut aller… En fait le balisage aquatique est composé de 2 tout petit ballons (de fête d’anniversaire) posé sur 2 des nombreuses bouées permanentes de navigation. Je sors, je vois du monde devant, Yves est juste derrière (on n’est pas encordés pour la 1ere nat), et c’est parti pour la montée, ou plutôt la double montée, en 6 km on fait en dénivelé +350m -200 + 650m.

Je crois Yves derrière et je lui parle…

gravity-2016-sommetJ’impose l’allure, on double rapidement du monde, je vois qu’Yves suis, je le sais bon grimpeur donc RAS, j’essaie de ne pas y aller trop fort non plus car la course sera longue. Arrive la descente (les -200m), c’est casse g… très glissant, je ne prend aucun risque donc quelques équipes plus casse-cou nous repassent et Yves me lâche; mais on les reprend vite dans les +650. La fin est très technique, avec quelques passage où il faut s’aider des mains. De la haut, on a un beau point de vue sur le lac . On longe la ligne de crête, c’est technique, là aussi. Je crois Yves derrière et je lui parle… mais ce n’est pas lui qui me répond, je ne le vois plus. Je m’arrête dans une petite clairière où un spectateur est là, il m’annonce que l’on est douzième sauf que le nous, c’est moi. Deux équipes passent et Yves arrive. On commence la des-escalade puis une longue descente en forêt avec une bonne accroche, on se lâche.

Je demande à Yves de fermer ma combi derrière…

7a6f0388-6ee1-420c-8cd5-0aefdd6cbbf5Arrive le lac, ravito, on se prépare pour aller à l’eau. Je demande à Yves de fermer ma combi derrière. Il essaie plusieurs fois et me dis OK. Je l’encorde, je l’attend … faut mettre les lunettes, faut mettre les plaquettes … c’est long. Un conseil, si vous voulez faire plusieurs SR et courez après le temps, prenez une combi SR, à la fin de la course, les secondes perdues représentent des minutes.
Bref, on se met à l’eau … et j’ai comme une sensation de froid dans le dos. Je ne sais pas ce que Yves a fait mais ma combi est totalement ouverte, pas grave, va falloir nager 730 m comme cela. Problème encore une fois, mais vers où? Le balisage est toujours ces pauvres ballons jaunes de 20 cm à suivre, soleil de face, à 200m, difficile de les repérer. Donc je suis les swimrunners que je vois au loin. C’est la sortie et c’est reparti pour la cap, on est toujours encordés, c’est un des seuls passages de la course où on pourra bien courir. Je tracte Yves et je ne le sens pas super. Deuxième ravito et on entame une montée +400m en environ 4 km. Yves est dans le dur. Je me dis, la journée va être longue. Voilà enfin la descente, une bonne descente.

Sorti de l’eau et ça repart pour une bonne grimpette

gravity-2016-montee-en-souriantOn repart pour 1000m de nat, je sens que là aussi, je tract plus Yves. Sortie de l’eau et ça repart pour une bonne grimpette, + 300m en 3 km. Yves se sent mieux au fur est à mesure de la montée et on finit bien. Comme à chaque fois, on a repassé 3-4 équipes dans la montée. La descente commence, et c’est hyper glissant, hyper dangereux, je tombe, 1 équipe passe est les 2 binômes tombent, on passe une équipe à l’arrêt (1 des 2 équipes à être parties en trifonction !!! l’autre finira 2ème, fallait être courageux). Yves me lâche car il sait que le temps qu’il se prépare à la transition, je serais prêt en même temps que lui (je n’ouvre plus ma combi). Sans se parler, je me suis dis la même chose et donc je descend sans prendre de risque. Et on est effectivement prêts en même temps. Cette fois, on décide de ne pas s’encorder. On doit traverser la lac en largeur (870m), on nous fixe donc des ballons pour indiquer notre présence aux bateaux. Vous voyez la bâtisse blanche, la sortie est à droite … cool, ce sera la seule fois où je nagerais en sachant où aller.

6488c87b-7fec-47c4-99e1-6ff55d4814d6On saute d’un ponton à 2-3m de haut, sympa, et c’est parti. Je nage mal, je m’en rend compte, Yves nage dans mes pieds. Au fur et à mesure, je glisse mieux jusqu’à 200m de la rive et là, je ne sens plus le bas de ma jambe gauche, cela me stresse et je nage n’importe comment. Yves revient à ma hauteur et on finit côte à côte. Un petit ravito avec du thé chaud, un petit mot avec des amis d’Yves qui sont venus nous encourager (c’est sympa) et on repart sur quelques mètres sur une piste cyclable (cela me convient bien) … mais non, on prend un chemin très pentu dans les fourrés avec une trace moins large que mes épaules … c’est c…., je râle. Après +200m en 2 km environ enfin le point haut arrive avec une jolie vue sur le lac, mais à ce moment, je m’en f… . De nouveau un passage piégeux, une équipe nous passe. Cela devient roulant, on les repasse. Yves est bien et imprime un bon rythme. Cela me convient bien. On arrive sur une partie goudronnée et je repasse devant jusqu’à la mise à l’eau qui nous semble loin.

L’équipe qui nous avait passé dans la dernière montée nous passe

gravity-boueeOn arrive à l’eau et là personne pour nous dire où aller, juste des spectateurs qui nous disent qu’ils faut aller à gauche. On sait que c’est la plus longue nat (1700m) et qu’ensuite c’est finit. Yves met là encore un temps fou à se préparer et on y va. Le fond descend lentement donc on en profite pour grappiller des mètres sans nager. Je pars devant, Yves dans mes pieds (de nouveau pas encordé). On est avec une équipe avec qui on aura jouer à se dépasser plusieurs fois dans la journée. L’équipe qui nous avait passé dans la dernière montée nous passe. Visiblement, le 1er est un bon nageur. Son binôme est encordé et a pris un tuba. Il a juste à suivre dans ses pieds. Je me dis, tient une bonne locomotive. Je profite de l’aspiration. Je pense que Yves aussi. On nage, on nage, on s’arrête … »il faut aller où », « j’en sais rien, je suppose qui faut suivre la rive jusqu’à ce que l’on trouve la sortie », et c’est reparti … Sauf que Yves est au loin, il n’a pas pris le bon wagon. À un moment, je commence à avoir froid et je perd les pieds du gars devant. Eh oui, fausse joie, moi qui avais réussi à ne pas avoir froid depuis le début, et ben j’y suis. Je crampe au mollet droit, j’ai mal aux quadriceps (je ne savais pas que les quadriceps servaient à nager !). Je fais des talons fesses en nageant pour évacuer la douleur (si vous n’avez jamais vu un nageur faire du talon fesse en plaquette pull boy, je vous laisse imaginer). Je sors enfin, j’ai pas chaud.
emmanuel-charpentierJ’attend Yves une bonne minute, c’est long en claquant des dents. Et c’est parti pour 1 km de cap jusqu’à la ligne d’arrivée. Une équipe revient sur nous, on ne va pas les laisser nous dépasser on accélère donc pour finir 23ème sur 150 en 7h07 (soit 5,5 km/h). Content de notre journée. Il ne reste plus qu’à se ravitailler et profiter du soleil sur la plage.
Les vainqueurs sont les suédois, vainqueur et recordman d’Ötillö 2016. Les seuls a avoir trouvé l’eau bonne.
Au final, un bon swimrun, avec des points forts et des points d’améliorations. A réserver par contre pour les swimrunners amateurs de trail en montagne technique, ce qui n’est pas mon cas. Je préfère Engadin où les descentes sont plus roulantes.

J’ai apprécié le bon état d’esprit des participants et des organisateurs dans cette course, et comme sur les autres swimrun que j’ai fait (Troll Enez, Cote de Vermeille, Engadin). Cela donne envie de recommencer. Mais il faut aussi signaler la difficulté de trouver des binômes car beaucoup hésitent à franchir le pas… Alors, allez-y, devenez swimrunner… C’est pour cela que je fais les récits de swimrun, pour que les copains (copines) de triathlon aient envie de tenter l’aventure

A noter qu’en 2017, l’équipe Gravity Race offrira une deuxième épreuve en France au lac du Salagou. 36 km plus roulant. Cela peut être sympa.

c7611eef-fc38-4fb7-99f8-f1c1189403c9Classement de la course:

Hommes: Daniel Hansson et Lelle Moberg , Swedish Armed Forces en 05:48:11

Mixtes: Clement Boissiere et Corinne de Parseval,  06:40:07, Team Swimrun Paris

Femmes: Hélene Moore et Solene Quinio en 08:08:04

 

Calendrier 2017

Hokey Cokey, départ dans la campagne

Beaucoup nous ont demandé un calendrier des courses pour 2017. Nous avons donc mis à jour notre liste des courses (et vous trouverez surement bientôt des copies ailleurs 😉 ). Beaucoup d’organisateurs n’ont pas encore annoncé les dates de leurs courses, mais nous leurs laissons le bénéfice du doute et supposons que leurs événements seront reconduits, en espérant que cela va vous aider à planifier votre saison 2017. Donc faites attention: certaines dates sont celles de 2016 !

Nous mettons la liste à jour régulièrement, et si vous connaissez une date ou une nouvelle course qui a été annoncée, n’hésitez pas à nous contacter.

Le nombre de course augmente, et pour l’instant Février est le seul mois de l’année sans swimrun. Quelque chose à revoir pour 2018 😉 !

De Loch en Loch 2016

Sébastien Riehl nous fait partager sa course avec Frank Vincent au Loch gu Loch 2016, le tout illustré par de superbes photos de leur ami Pascal Saingré. Une jolie aventure dans un bel esprit. Bravo!

Pour reconnaitre un écossais, il seuffit de trouver ceux qui sont en shorts alors que tout le monde est en doudoune ;) © Pascal Singré
Pour reconnaître un écossais, il suffit de trouver ceux qui sont en shorts alors que tout le monde est en doudoune 😉
© Pascal Singré

30 septembre 2016, 16h30. Il fait gris, frais et quelques gouttes de pluie rendent l’eau du Loch Ness encore plus étrange qu’à son habitude. C’est l’heure du briefing, 52 équipes sont inscrites pour la deuxième édition du Loch Gu Loch ; on y voit des baroudeurs dont on suppose qu’ils connaissent la discipline depuis la nuit des temps, des gaillards affûtés et taillé à la serpe, des filles et quelques regards de néophytes dans lesquels se lisent doute et inquiétude : les nôtres en font partie.

Frank et moi avons décidé de nous lancer un nouveau défi il y a un an. Nous avions commencé par un marathon, puis deux, puis dix, un triathlon, puis un half et enfin, un ironman. La logique voulait que nous nous ouvrions à de nouvelles sensations…

C’est donc bien au nord de l’Ecosse que nous nous retrouvons à écouter attentivement les consignes de courses. Quelques modifications de parcours, après que la pluie ait copieusement arrosé le paysage ces derniers jours, l’organisation mise sur la sécurité. Bonne nouvelle, le beau temps pourrait bien être de la partie le lendemain.

Il fait nuit, il fait froid …

Dams le ferry, encore le temps de blaguer ... pour se décontracter © Terry Gallager
Dams le ferry, encore le temps de blaguer … pour se décontracter © Terry Gallager

1er octobre 2016, 5h15. Il fait nuit, il fait froid mais l’absence de vent donne au Loch Ness l’aspect d’une mer d’huile … de vidange noire. Les concurrents embarquent à bord du « Jacobite Warrior » pour une heure et demie de croisière jusqu’au château d’Urquhart, départ officiel de ce swimrun.

L’ambiance est bon enfant, chacun vérifie ses affaires une dernière fois, la queue pour les toilettes est interminable mais les mines fatiguées par une nuit courte sont vite remplacées par des rires aux forts accents écossais.

Nous échangeons avec un couple du sud de l’Angleterre, ils ont décidé de partir avec un sac banane. L’expérience tend à prouver qu’il vaut mieux partir léger, plutôt que de s’encombrer inutilement d’un barda digne d’un légionnaire en opex pour 6 six mois en antarctique.

6h58. Nous débarquons au château, une belle ruine magnifiquement entretenue, au son de la cornemuse. Ça fait cliché, mais on apprécie. La photo de groupe sur le ponton de bois clôt les ultimes préparatifs. La mise à l’eau est rugueuse. Il fait 3°c, l’eau doit être à 11°c, ça pique un peu, la respiration est saccadée.

Départ au petit matin. Nessy dort encore ;) © John Whittaker
Départ au petit matin. Nessy dort encore 😉 © John Whittaker

7h37. Au son de la corne de brume, la petite centaine de participants se lance dans la première traversée du Loch Ness, alors que le soleil envoie ses premiers rais. L’eau est sombre, lugubre mais étonnamment claire, on croirait du thé. Je reste calé dans le sillage de Frank, qui prend le temps de profiter du paysage, nous n’avons pas le même niveau en natation… La sortie de l’eau est délicate, dans les galets instables, les muscles inférieurs crispés par le froid. Nous attaquons le premier segment de course, 9 kilomètres de montée où nous surplombons le Loch Ness, c’est splendide ! Frank reste dans mon sillage, nous n’avons pas le même niveau en course, il souffre dès que ça grimpe, avec sa carcasse d’ex-rugbyman. Nous reprenons l’une ou l’autre équipe, nous faisons rattraper par d’autres, toujours avec le sourire.

Après avoir slalomé entre les moutons, nous attaquons le deuxième loch, l’eau claire et le soleil matinal nous laissent distinguer un fond de galets peu profond, mais nous sommes déçus de ne pas voir le moindre poisson, ni la moindre trace de végétation. Le milieu semble hostile ! Moins d’un kilomètre plus tard, après avoir traversé un beau champ de fougères, nous replongeons pour une troisième fois dans une eau glacée, heureusement le segment est court.

La lande Écossaise et ses fameux pièges à chevilles…

Loch Tarff © Pascal Singré
Loch Tarff © Pascal Singré

Nous attaquons alors un premier morceau de bravoure : la lande et ses fameux pièges à chevilles… Des trous cachés par les bruyères, les lichens, les chardons, la tourbe et son incroyable faculté à faire éponge au cas où la région venait à manquer d’eau… Je m’étale une première fois, en même temps que la cheville de Frank tourne à trois reprises du mauvais côté. Le retour à un peu de bitume est une bénédiction. Nous en profitons pour nous alimenter.

La succession de faux-plats et la cheville douloureuse de Frank nous ralentissent, ma nage peu économe et un faux rythme m’ankylosent. Nous entrons dans le dur au tiers de la course. Nous n’avons que 6 minutes d’avance sur le cut-off à l’issue de la quatrième portion de nage, dans le Loch le plus froid, mais nous maintenons la cadence.

Le cinquième segment de natation aura sans doute des répercussions sur la suite de notre course, avec moins de 50 cm d’eau, nous marchons comme dans un mètre de poudreuse, les cuisses n’aiment pas. Nous sommes vraiment dans le dur et manquons une balise sur la courte portion de course qui suit, mais ne perdons guère plus de 200 mètres et plongeons pour la 6ème fois dans une eau toujours aussi sombre et glacée. J’ai l’impression de nager avec une enclume, je me traîne. Nous n’avons plus que 3 minutes d’avance sur le cut-off au moment d’attaquer la course la plus longue, 16 kilomètres qui commencent par du bitume, en plein soleil. Et il fait chaud, si si !

Le passage du pont de Whitebridge, avant les magnifiques chutes de Foyers, voit nos espoirs de finir dans les temps se réduire en peau de chagrin : le regard happé par la splendeur du paysage, Frank se prend un trou sournois, et y laisse définitivement sa cheville droite.

© Pascal Singré
© Pascal Singré

Nous entamons alors notre long chemin de croix, où malgré la fatigue et la douleur, nous ne pouvons manquer la splendeur des paysages qui s’offrent à nous. Nos oreilles de citadins ne sont pas habituées au silence qui règne en maître dans les terres du Nord. C’est beau mais c’est dur. C’est dur mais c’est beau. Et ça grimpe. Ça n’en finit pas de grimper, et une dernière équipe nous dépasse alors que nous apercevons enfin le Loch Tarff et ses îles en contrebas. Ils seront les derniers à avoir le droit de franchir la ligne d’arrivée dans les temps. Nous sommes contraints de nous arrêter là, pris par la patrouille bienveillante de l’organisation, pour 10 minutes. Mais la traversée du Loch Ness de nuit n’est pas envisageable.

Nous sommes déçus, mais pas abattus. D’ailleurs, nous n’avons pas abandonné et avons vécu une aventure fantastique entre amis. En effet, au moment du dernier pointage, nous étions rejoints par notre ami photographe, et finissions ensemble dans la joie et la bonne humeur, celle de trois amis qui se connaissent depuis bientôt trente ans.

Nous ne sommes pas finisseurs, mais nous avons tout donné. Fiers dans l’effort, et heureux d’avoir participé à un bel événement, très bien organisé par une équipe professionnelle et extrêmement sympathique.

Quelques leçons à retenir …

© Pascal Singré
© Pascal Singré

Nous avons aussi retenu un certain nombre de leçons, que nous vous proposons de partager :

  • Partez léger ! Mon premier marathon, je l’ai couru en collant avec une veste et un sac à eau, le dernier avec un ticket de métro en poche (pour le retour, hein!). Le swimrun, c’est pareil : prenez ce qui est indispensable : plaquettes, gels et le matos obligatoire, le reste vous rappellera son poids après 40 bornes.
  • Testez-vous sur des distances longues avant la course. Une chaussure qui ira bien pour 15km ne sera peut-être plus aussi confortable après 50km.
  • Évitez les chaussures en goretex, sinon vous courrez dans l’eau en permanence.
  • Votre meilleur ami n’est peut-être pas votre meilleur binôme. Je suis une enclume à la nage, lui c’est à la course. L’addition des points faibles est salée.
  • Soyez humbles. Ce n’est pas parce que vous êtes entraînés, que vous avez un passé d’Ironman que vous n’en baverez pas. C’est dur, et ça fait aussi partie du jeu.